Non, KWAMBANI n’a pas à remercier un dirigeant de faire son travail. Elle a le droit d’exiger des comptes ! Et après plus de dix ans au pouvoir, combi
Non, KWAMBANI n’a pas à remercier un dirigeant de faire son travail. Elle a le droit d’exiger des comptes !
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| ©Sur les traces de la culture comorienne |
Il est grand temps que nous cessions de confondre le devoir avec un exploit, et la responsabilité avec un cadeau. Pourquoi devrions-nous applaudir, remercier et presque dérouler le tapis rouge à un président parce qu’une route a été réhabilitée ? Une route ! Pas la découverte d’un vaccin contre toutes les maladies, ni la conquête de Mars !
Un président n’est pas un bienfaiteur. Un gouvernement n’est pas une association caritative. Ce sont des responsables publics, rémunérés avec l’argent du contribuable, mandatés pour servir le peuple et répondre à ses besoins. Construire une route, fournir de l’eau, garantir l’électricité, améliorer les soins de santé, l’éducation et les conditions de vie ne relève pas de la générosité : c’est leur mission.
Et après plus de dix ans au pouvoir, combien de besoins élémentaires des Comoriens restent-ils insatisfaits ? Combien de familles attendent encore de l’eau potable, de l’électricité régulière, des hôpitaux dignes de ce nom et des perspectives d’avenir pour leurs enfants ?
À un moment donné, il faut arrêter de prendre les citoyens pour un public venu applaudir chaque épisode d’un feuilleton politique sans fin. Le plus inquiétant, ce n’est pas seulement l’incapacité de certains dirigeants à répondre aux attentes populaires. C’est aussi cette complaisance excessive d’une partie de la population, cette facilité à transformer le minimum syndical en exploit national, et cette tendance à remercier ceux-là mêmes qui devraient rendre des comptes. À force de glorifier le strict minimum, nous finissons par banaliser l’inacceptable.
Et si, pour une fois, nous inversions les rôles ?
Au lieu que le peuple remercie le président pour une route refaite, pourquoi le président ne remercierait-il pas le peuple de continuer à payer ses impôts, à supporter les difficultés quotidiennes ? Car, franchement, refaire une route après des années de pouvoir et réclamer des applaudissements, c’est un peu comme un employé qui termine enfin une tâche pour laquelle il est payé et qui exige ensuite une médaille, une prime exceptionnelle et une cérémonie officielle ! Il ne manquerait plus qu’on lui organise une parade nationale avec fanfare et feux d’artifice.
Quant aux manipulations et aux mises en scène politiques, elles ont leurs limites. Une inauguration ne remplace pas un bilan. Une photographie devant un chantier ne remplace pas une politique publique. Et un discours bien préparé ne remplit ni les réservoirs d’eau ni les frigos des familles.
Les Comoriens ne doivent pas être des spectateurs reconnaissants de leur propre misère, mais des citoyens conscients de leurs droits.
Un dirigeant mérite d’être jugé sur l’ensemble de ses résultats, pas sur quelques réalisations exhibées pour faire oublier tout ce qui reste à faire. Le respect des institutions n’oblige personne à renoncer à son esprit critique, et la gratitude ne doit jamais devenir une obligation politique.
Après plus de dix ans de pouvoir, ce ne sont pas les citoyens qui devraient rougir de demander des comptes. Ce sont les dirigeants qui devraient avoir l’humilité de présenter leurs résultats, d’assumer leurs échecs et de répondre aux attentes du peuple. Un peuple digne ne remercie pas éternellement ses dirigeants pour le minimum. Il leur rappelle que le pouvoir est une responsabilité, que l’argent public n’est pas leur argent et que gouverner n’est pas un service rendu au peuple, mais un devoir envers lui.
Alors, de grâce, cessons de distribuer des couronnes pour des routes refaites. Nous avons besoin de dirigeants à la hauteur de nos aspirations, pas de citoyens transformés en fan-club du pouvoir. Le peuple paie, le dirigeant travaille, et le bilan parle. Le reste, c’est de la communication… parfois même de la comédie.
Mahafidh Eddine

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