La Nation en Deuil : Hommage au Médecin Colonel Naoufal Boina Adam

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La Nation en Deuil : Hommage au Médecin Colonel Naoufal Boina Adam. Avant d'être un haut gradé ou un grand commis de l'État, Naoufal était un homme an

La Nation en Deuil : Hommage au Médecin Colonel Naoufal Boina Adam


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La Nation en Deuil : Hommage au Médecin Colonel Naoufal Boina Adam

La disparition du Médecin Colonel Naoufal Boina Adam laisse un vide profond. Au-delà du respect institutionnel qu'il imposait, Naoufal était avant tout un membre cher de ma propre famille. Notre lien est profond et ancré dans le sang : son père, Boina Adam Hila, était le frère de Rissiliye Adam Hila, ma grand-mère paternelle. Boina Adam étant l'oncle de mon père Assoumani Moussa, Naoufal était donc mon oncle. Un lien familial renforcé plus tard par les alliances, puisqu'il était le fils de Mhaza Toiha et que mon épouse est la fille d'Abdou Toiha. C'est donc avec la proximité du sang et la connaissance intime de l'homme que je m'exprime aujourd'hui.

​Avant d'être un haut gradé ou un grand commis de l'État, Naoufal était un homme ancré dans une foi profonde et sincère. Il craignait Dieu et plaçait sa croyance au centre de sa vie. Il répétait sans cesse une règle morale immuable : il ne faut jamais lutter contre la chance d'autrui ni jalouser celui qui détient un honneur, car cet honneur lui a été accordé par Allah. Cette ligne de conduite guidait ses actes : la réussite des autres ne suscitait chez lui aucune amertume, seulement le respect du décret divin.

Cet attachement aux valeurs s'incarnait d'abord auprès des siens, à Hahaya, son village natal qu'il chérissait profondément. Naoufal était un homme profondément attaché aux valeurs fondamentales : il cultivait un amour sincère pour la fraternité, l'amitié véritable, le respect de la famille et le maintien des coutumes. Dès qu'une difficulté, une tension ou un drame survenaient dans la localité, le Colonel Naoufal ne se contentait pas d'appels téléphoniques depuis la capitale ou d'instructions données depuis son bureau. Il faisait immédiatement le déplacement. Il se présentait personnellement sur place, au milieu des habitants, pour faire face aux problèmes et leur trouver une solution concrète. Sa présence physique était à elle seule une garantie de résolution.

​Sur le plan institutionnel, son passage à la direction du Service de Santé Militaire restera un modèle de gestion humaine et structurelle. Naoufal a complètement transformé le quotidien des hommes et des femmes sous sa responsabilité : il a revalorisé le statut des travailleurs, augmenté leurs salaires et entrepris la rénovation complète des bâtiments. Conscient de la nécessité de moderniser la médecine militaire, il a envoyé plusieurs cadres se spécialiser dans des pays étrangers. Ces accomplissements témoignaient de sa stature intellectuelle hors du commun.

Doté d'un esprit d'une intelligence rare et d'une rigueur d'exception, Naoufal était une « tête bien faite », capable d'analyser, de comprendre et d'intervenir avec brio dans des domaines totalement éloignés de sa spécialité. Cet esprit brillant et indomptable s'était déjà révélé dans sa jeunesse : arrêté suite à une manifestation lycéenne où il réclamait ses droits par voie d'affichage, il avait passé son Baccalauréat depuis la prison, ne sortant que pour les épreuves. Malgré cela, il est devenu le tout premier étudiant de la région d'Hamanvou à obtenir le Bac Série C avec la mention Assez Bien.

​Sa vision du service public dépassait largement le cadre de l'armée. À son arrivée au Santé Militaire, la structure était exclusivement réservée aux forces armées. Il a pris la décision historique d'en ouvrir les portes à l'ensemble de la population civile, plaçant le bien-être et la santé des citoyens au cœur de son action. Face à la précarité qui touche tant de familles comoriennes, il a facilité le coût de la consultation des citoyens, si dans le privé le coût était de 10 000 francs Comoriens, au Santé Militaire le coût était de seulement 1500 à 2000 francs. Ce geste n'était pas un simple ajustement tarifaire : c'était une mesure de survie offerte directement aux plus modestes.

​C'est par ce type d'actions et de gestes répétés qu'il a gagné une considération immense, devenant l'un de ces fils de Hahaya dont la parole est écoutée et respectée de tous. Sur le plan des projets, il exigeait un soin méticuleux : chaque initiative devait être menée avec un niveau de détail précis pour fonctionner parfaitement selon les moyens disponibles. Après ses parcours de formation à l'étranger, en Russie et au Togo, il a pris à bras-le-corps le poste de santé de Hahaya pour le rénover intégralement et lui insuffler une nouvelle vie. Toujours soucieux de l'émancipation des siens, c'est également lui qui a émis le tout premier l'idée d'implanter une bibliothèque dans le village, convaincu que la culture est la base de tout développement.

​Son rayonnement ne s'arrêtait pas aux frontières de sa commune : à l'échelle régionale, il portait sur ses épaules les préoccupations de l'ensemble de la région. On venait lui exposer les blocages les plus complexes en sachant qu'il y apporterait une issue favorable. Cette dévotion au bien commun l'a animé jusqu'à son dernier jour. Le soir même de sa mort, il participait encore à un Bundjiliyo pour régler un conflit sévère opposant l'école de Mbambani et de Diboini, une crise majeure qui avait entraîné la fermeture de l’établissement. Il a lutté jusqu'au bout pour que les enfants retrouvent le chemin des classes. C'est en rentrant chez lui, au terme de cette ultime médiation pour la paix sociale, qu'il a rendu son dernier souffle.

​Tous ses collaborateurs et employés s'accordent sur une qualité qui le caractérisait au quotidien : une ponctualité exemplaire. Il figurait parmi les directeurs arrivés au travail à l'heure.

​Lorsqu'il a été nommé à la tête de l'hôpital de référence El-Maarouf, il a immédiatement impulsé une vaste campagne de sensibilisation pour réorganiser l'établissement en profondeur. Il a restructuré la gestion interne, revu la décoration et l'état des murs, tout en rehaussant les compétences et le savoir-faire du personnel médical. Naoufal exigeait un hôpital propre et digne, une quête de propreté et d'ordre qu'il avait héritée directement de son père.

​Au-delà des liens du sang, la perte subie aujourd'hui est d'ordre national : les Comores perdent l'un de leurs plus grands cerveaux, un homme d'État accompli. Aucun gouvernement successif n'a pu se passer de ses compétences. Il n'était pas sollicité par sympathie politique, mais parce que chaque pouvoir reconnaissait en lui un intellectuel brillant, une tête d'exception indispensable à la marche du pays. Dans l'ombre, il a érigé d'innombrables barrages secrets pour protéger la Nation des ingérences extérieures. Son intégrité totale et sa capacité à s'impliquer directement dans chaque crise lui valaient parfois le surnom de « demi-dieu » auprès de ceux qui l'observaient résoudre l'impossible.

​Certains chercheront peut-être à le critiquer, d'autres diront du mal de lui. Mais Naoufal était un être humain comme les autres, avec ses erreurs, ses défauts et ses limites. Personne n'est parfait sur cette terre. Cependant, face à l'histoire et devant Dieu, moi et tant d'autres tenons à témoigner avec force de tout ce qu'il a bâti, de la bonté de ses actes et du bien qu'il a laissé derrière lui. Conformément aux enseignements de notre religion, qui nous demande d'évoquer les vertus et les bonnes actions de nos défunts, c'est cet héritage de bienfaits que nous devons retenir et honorer.

Il laisse enfin à la jeunesse comorienne un exemple précieux : quand on se voit confier une parcelle de responsabilité, il faut y laisser une marque honorable. Il faut aborder le travail avec une intention pure, chercher à léguer quelque chose de bénéfique à la collectivité, et non chercher à accumuler de l'argent avant de disparaître. Il combattait le gaspillage et le désordre, répétant aux jeunes et à ses subordonnés qu'il faut montrer l'exemple et prouver, par des actes concrets, que notre passage a été utile.

​Le Médecin Colonel Naoufal Boina Adam aura servi sa foi, son village et sa patrie avec une grandeur inégalée. La Nation tout entière pleure aujourd'hui l'un de ses plus nobles enfants.

Dr Ali Athoumani Moussa

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