Déchets aux Comores : ne tuons pas le messager. Pour ma part, je ne vois rien de choquant dans cette vidéo. Le problème n’est pas celui qui filme les.
Déchets aux Comores : ne tuons pas le messager
La vidéo d’un influenceur azerbaïdjanais montrant les déchets qui jonchent certains espaces des Comores a déclenché une polémique ces derniers temps. Entre accusations de dénigrement et défense d’une réalité trop souvent passée sous silence, le débat mérite pourtant d’être déplacé. Plutôt que de condamner celui qui montre le problème, pourquoi ne pas nous interroger sur notre incapacité à le résoudre ?
Dans ses vidéos, Davud Akhundzada montre les beautés des Comores, mais aussi ses déchets. Les uns saluent un regard qui met en lumière un problème réel ; les autres dénoncent une opération de dénigrement, allant jusqu’à évoquer un mauvais timing à quelques mois des Jeux des îles de 2027.
Pour ma part, je ne vois rien de choquant dans cette vidéo. Le problème n’est pas celui qui filme les déchets. Le problème, ce sont les déchets. Pourquoi faudrait-il en vouloir au messager lorsqu’il montre ce que nous savons toutes et tous ?
Et puis, les Comores ne sont d’ailleurs pas une exception sur ces grandes questions. La gestion des déchets est devenue un défi mondial bien sûr à de degrés variés selon les modes de vie. Mais dans un petit État insulaire comme notre archipel potentiellement exposé depuis 2O12 aux pluies abondantes, aux inondations, à l’érosion et à la montée des eaux, elle constitue aussi une question urgente de santé publique et de protection de l’environnement.
Surtout, nos déchets ne sont plus ceux d’il y a quarante ans. Aujourd’hui, on à faire avec les plastiques, emballages, couches, huiles usagées... Notre mode de consommation a donc changé. Notre système de traitement doit alors changer avec lui.
C’est pourquoi il faut regarder de près les initiatives qui ont déjà tenté d’apporter des réponses et s’y impliquer pour qu’elles naissent. Il y a près de six ans, un projet régional de gestion des déchets d’Oichili est pensé pour plusieurs territoires voisins, en est l’exemple malheureux du fait qu’il n’a toujours pas vu le jour à cause de l’immobilisme politique dans le pays. Il prévoyait le tri à la source, la collecte de proximité, une mobilisation de la jeunesse, le traitement des biodéchets et une transformation en biogaz et en compost où tout était conçu pour faire de cette expérience un véritable laboratoire et donc un modèle reproductible.
L’ancien Consul de l’Union des Comores à Laâyoune, le Dr Said Omar Said Hassane en sait beaucoup plus car il y a joué un rôle central de facilitateur à la fois institutionnel et diplomatique. Ce grand frère à l’époque Secrétaire général de l’Association des Scientifiques et Ingénieurs Comoriens – 2SIC avait usé aussi de son réseau notamment de diplomate en participant à plusieurs évènements mondiaux sur le sujet et faire la promotion de ce projet, en y associant par exemple l’entreprise française Bee and Co.
Alors, plutôt que de chercher un coupable dans la vidéo d’un étranger, posons-nous les vraies questions : qu’est devenu ce projet ? Pourquoi les initiatives prometteuses peinent-elles à se généraliser ? Et surtout, quand allons-nous faire de la gestion des déchets une véritable priorité nationale et non une occasion de produire des ateliers dans les salons fins hôteliers ?
Les Jeux des îles de 2027 ne doivent pas nous pousser à cacher nos déchets. Ils devraient bien au contraire nous pousser à les traiter. Notre image ne sera pas sauvée en cachant nos problèmes. En revanche, elle le sera en les réglant. Ne tuons donc pas Davud Akhudzada, le messager. Attaquons-nous plutôt à nos vrais problèmes.
Abdoulatuf Bacar

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