Université des Comores : la crise de l’affluence révèle les limites d’un modèle à bout de souffle

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Université des Comores : la crise de l’affluence révèle les limites d’un modèle à bout de souffle. Cette augmentation, estimée à plus de 60 % des effe

Université des Comores : la crise de l’affluence révèle les limites d’un modèle à bout de souffle


Une rentrée sous le signe de l’urgence


Université des Comores : la crise de l’affluence révèle les limites d’un modèle à bout de souffle

L’Université des Comores s’apprête à faire face à l’une des plus graves crises de son histoire. Avec l’arrivée annoncée d’environ 8 000 nouveaux bacheliers à la rentrée universitaire 2026-2027, l’établissement se retrouve confronté à une pression sans précédent sur ses capacités d’accueil.

Cette augmentation, estimée à plus de 60 % des effectifs actuels, survient dans un contexte où les infrastructures pédagogiques, les services sociaux universitaires, les capacités d’hébergement, les effectifs enseignants et le personnel administratif sont déjà fortement sollicités. La saturation des amphithéâtres, des salles de cours et des services d’accompagnement risque ainsi de compromettre la qualité de la formation offerte aux étudiants.

Face à cette situation, les autorités semblent privilégier des solutions d’urgence consistant à mobiliser des bâtiments existants, notamment des foyers de jeunes et d’autres structures publiques situées dans les villes avoisinantes de l’Université. Bien que ces mesures puissent temporairement soulager la pression, elles ne constituent pas une réponse durable à un problème structurel qui s’est construit au fil des années.

Une crise annoncée mais insuffisamment anticipée


L’arrivée massive de nouveaux bacheliers n’était pourtant pas imprévisible. Depuis plusieurs années, la hausse des taux de réussite au baccalauréat et la pression démographique sur le système éducatif étaient connues. Cette pression est en outre renforcée par la pauvreté persistante, qui empêche de nombreuses familles d’envoyer leurs enfants poursuivre leurs études à l’étranger. Les projections disponibles permettaient donc d’anticiper une progression continue de la demande d’enseignement supérieur.

La véritable question n’est donc pas celle de la croissance du nombre d’étudiants, mais celle de la capacité institutionnelle à accompagner cette évolution.

Après plus de vingt ans de création, l’Université des Comores peine encore à disposer d’un plan de développement cohérent lui permettant d’adapter ses capacités aux besoins du pays. Les investissements dans les infrastructures universitaires sont restés limités et plusieurs opportunités de coopération internationale n’ont pas été pleinement valorisées. Certaines infrastructures offertes dans le cadre de partenariats bilatéraux demeurent sous-exploitées ou tardent à être intégrées dans le fonctionnement académique de l'institution.

Les causes profondes d’une fragilité institutionnelle


La crise actuelle est avant tout le reflet de contraintes structurelles qui limitent l’efficacité de l’Université.

▪ Une autonomie institutionnelle inachevée


L’Université demeure fortement dépendante des décisions des pouvoirs publics pour son organisation, ses recrutements et ses orientations stratégiques. Cette dépendance réduit sa capacité à planifier son développement sur le long terme et à mettre en œuvre des politiques adaptées aux réalités académiques.

Or, partout dans le monde, les universités les plus performantes bénéficient d’une autonomie administrative et scientifique suffisante pour définir leurs priorités et mobiliser leurs ressources.

▪ Une dépendance financière excessive


L’établissement reste principalement financé par l’État. Dans un contexte budgétaire contraint, cette dépendance limite considérablement les marges de manœuvre nécessaires à la construction de nouvelles infrastructures, au recrutement d’enseignants et à l’amélioration des conditions d’apprentissage.

L’absence d’activités génératrices de revenus, de valorisation de la recherche ou de prestations universitaires au service des administrations et des entreprises constitue également un frein à son développement.

▪ Une offre de formation peu diversifiée


Le modèle universitaire actuel reste largement centré sur les formations académiques classiques. Cette configuration conduit à une concentration excessive des étudiants dans les différentes UFRs alors même que le marché du travail national souffre d’un déficit important de techniciens, de cadres intermédiaires et de professionnels qualifiés.

Le manque de filières courtes professionnalisantes contribue à l'engorgement des structures universitaires tout en limitant les possibilités d'insertion rapide des jeunes diplômés.

▪ Un retard dans la transformation numérique


L'enseignement à distance demeure encore insuffisamment développé. Pourtant, les formations ouvertes et à distance(FOAD) représentent aujourd’hui un levier majeur pour répondre simultanément aux contraintes d’infrastructures, au manque d’enseignants et à l’augmentation rapide des effectifs.

Ce retard prive l’Université d’un outil stratégique qui pourrait contribuer à démocratiser l’accès à l’enseignement supérieur tout en réduisant les coûts d’expansion physique.

▪ Une menace pour la qualité de l’enseignement supérieur


Si aucune réforme significative n’est engagée, plusieurs risques sont à prévoir :
• dégradation des conditions d’enseignement ;
• augmentation des taux d’échec et d’abandon ;
• surcharge du personnel enseignant ;
• baisse de la qualité des formations ;
• affaiblissement de l'activité de recherche ;
• accroissement du chômage des diplômés faute d'adéquation entre les formations et les besoins de l'économie.

À terme, c’est la crédibilité même de l’enseignement supérieur comorien qui pourrait être affectée.

Quelles réponses politiques et institutionnelles ?


La crise actuelle doit être considérée comme une opportunité de transformation profonde de l’Université des Comores.

1. Élaborer un plan stratégique de développement à dix ans


Le gouvernement et l’Université devraient construire une vision partagée de l’enseignement supérieur à l’horizon 2035, intégrant les projections démographiques, les besoins du marché de l’emploi et les exigences de développement national.

2. Renforcer l’autonomie de gouvernance


Une plus grande autonomie administrative, financière et académique permettrait à l’Université de planifier son développement, de recruter selon ses besoins et d’accroître son efficacité de gestion.

3. Accélérer l’investissement dans les infrastructures


La construction de nouveaux campus, de résidences universitaires, de laboratoires de recherches , de bibliothèques, d’espaces numériques ouverts (ENO) doit devenir une priorité nationale. Les infrastructures offertes par les partenaires internationaux doivent être rapidement opérationnalisées.

4. Diversifier les sources de financement


L’Université devrait développer :
• des prestations de conseil et d’expertise ;
• des centres de recherche appliquée ;
• des partenariats avec le secteur privé ;
• de fermes intégrées de production
• des incubateurs d’entreprises ;
• des programmes de formation continue payants.

Ces activités pourraient générer des ressources complémentaires pour soutenir le développement institutionnel.

5. Développer massivement les formations professionnelles courtes


La création et le renforcement d’instituts universitaires de technologie et de filières professionnelles de deux à trois ans permettrait de répondre rapidement aux besoins du marché du travail tout en réduisant la pression sur les formations générales.

6. Faire du numérique une priorité nationale


La mise en place d’une véritable stratégie de formation ouverte et à distance devrait devenir un pilier central de la politique universitaire. Des plateformes numériques, associées à des centres régionaux d'apprentissage, permettraient d’accueillir davantage d’étudiants sans exiger des investissements immobiliers disproportionnés.

7. Construire des partenariats internationaux structurants


L’Université gagnerait à renforcer sa coopération avec les universités africaines, européennes, maghrébines et asiatiques pour développer la mobilité des enseignants et étudiants, moderniser les programmes et mobiliser des financements dédiés aux infrastructures et à la recherche.

Conclusion


L’afflux exceptionnel de nouveaux bacheliers ne constitue pas seulement un défi logistique ; il révèle les limites d’un modèle universitaire qui peine à s’adapter aux mutations démographiques et économiques du pays. Les solutions provisoires actuellement envisagées peuvent répondre à l’urgence de la rentrée, mais elles ne régleront pas les problèmes de fond.

Pour l’Université des Comores, l’enjeu dépasse désormais la simple gestion des effectifs. Il s’agit de repenser son modèle de gouvernance, son financement, ses offres de formation et son intégration dans les dynamiques de développement national. Sans cette transformation profonde et durable, les crises de capacité risquent de se répéter chaque année. Tout cela demande un effort politique et institutionnel et du sérieux,loin des slogans flatteurs et du populisme.

CHARAHABIL M.M
Professeur titulaire des Universités

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