Université des Comores : arrêtons de subir, commençons à choisir nos priorités. Beaucoup de personnes sont déjà intervenues sur cette situation. Mais.
Université des Comores : arrêtons de subir, commençons à choisir nos priorités
Près de 7 000 étudiants attendus à Mvouni contre environ 4 000 auparavant, avec des infrastructures qui risquent de ne plus suffire. Certains foyers de Mvouni et Mkazi pourraient même être sollicités temporairement pour servir de salles de cours.
Beaucoup de personnes sont déjà intervenues sur cette situation. Mais je pense qu’il est temps de dépasser une phrase que nous répétons depuis trop longtemps : « Le gouvernement n’a pas anticipé. »
Oui, nous savons qu’il n’a pas anticipé. Avec ce régime, nous sommes malheureusement bien vaccinés contre le scénario de la dernière minute : attendre que le problème arrive, constater l’urgence, puis chercher rapidement une solution.
Mais répéter cela ne nous emmène nulle part.
La vraie question est : qu’est-ce que nous pouvons faire maintenant pour nos enfants ?
L'État doit naturellement assumer sa responsabilité. Il ne peut pas demander éternellement à la population de compenser le manque d'infrastructures publiques. Mais nous, en tant que société, devons également nous interroger sur nos propres priorités.
Nous sommes capables de mobiliser énormément d'argent pour certaines cérémonies traditionnelles. Nous savons organiser des événements coûteux, parfois pour quelques jours seulement. Pourquoi ne pourrions-nous pas consacrer une petite partie de cette capacité financière à l'éducation de nos enfants ?
Il ne s'agit pas de combattre nos traditions. Il s'agit de les faire évoluer.
Pourquoi ne pas créer un Fonds comorien pour l'éducation, alimenté volontairement par les familles, la diaspora, les associations, les entreprises et tous ceux qui souhaitent contribuer ?
Ce fonds pourrait financer concrètement :
- la construction et l'équipement de salles de cours ;
- des ordinateurs et du matériel pédagogique ;
- des bibliothèques ;
- des bourses pour les étudiants les plus démunis ;
- des logements ou aides au logement ;
- et des projets permettant aux étudiants d'étudier dans de meilleures conditions.
Imaginons qu'à chaque grande cérémonie, une petite contribution volontaire soit consacrée à ce fonds. Un pourcentage symbolique de certaines dépenses pourrait permettre, année après année, de construire quelque chose de durable.
Car entre offrir davantage pour impressionner pendant une cérémonie et aider un jeune à terminer ses études, nous devons parfois avoir le courage de choisir.
Une tradition peut être magnifique. Mais un enfant qui obtient son diplôme grâce à notre solidarité peut devenir médecin, enseignant, ingénieur, chercheur ou entrepreneur et contribuer à son tour au développement du pays.
Voilà un investissement qui ne disparaît pas après quelques jours.
Et surtout, cette initiative ne doit pas servir d'excuse au gouvernement. La société peut accompagner, mais elle ne doit pas remplacer l'État. Le gouvernement doit continuer à construire, investir, recruter et planifier.
Mais si nous attendons uniquement que l'État règle tout, nous risquons encore de nous retrouver dans le même scénario l'année prochaine.
Alors, plutôt que de nous demander une fois de plus « pourquoi le gouvernement n'a-t-il pas anticipé ? », posons-nous une question plus utile :
« Qu'allons-nous faire, nous, pour que nos enfants puissent étudier sereinement ? »
Pula ya maendeleo, ce n'est pas seulement préserver ce que nos ancêtres nous ont transmis. C'est aussi avoir le courage de transmettre à nos enfants quelque chose de plus précieux encore : le savoir, l'éducation et les moyens de construire leur avenir.
Nos traditions doivent continuer à vivre. Mais nos enfants aussi doivent avoir les moyens de réussir.
ISMAEL De Charif

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