Une mesure en trompe-l'œil : la jeunesse comorienne mérite mieux que de la figuration Analyse d'opinion — Union des Comores La mesur...
Une mesure en trompe-l'œil : la jeunesse comorienne mérite mieux que de la figuration
Analyse d'opinion — Union des Comores
La mesure récente faisant office de nouvelle loi pour redynamiser l'économie et redonner espoir à la jeunesse comorienne est loin d'être le « chef-d'œuvre » vanté par les autorités. Tout semble calculé pour faire croire à cette jeunesse — hier simple faire-valoir des slogans de campagne de 2016 à qui l'on promettait des emplois pérennes — qu'elle n'a pas été oubliée.
Cependant, le timing ne trompe personne. À quelques mois du lancement du processus électoral en vue des échéances de 2029 — auxquelles Azali Assoumani ne devrait théoriquement plus se présenter —, les rumeurs persistent : le chef de l'État tenterait une énième modification arbitraire et risquée de la Constitution afin de léguer le pouvoir à son fils. Les précédents de 2018 et de 2024, couplés au mécontentement social grandissant, rendent ces craintes parfaitement fondées.
Face aux démonstrations de force contestataires dont les jeunes ont fait preuve à travers les trois îles en 2019, 2024, puis en 2026 (notamment lors des protestations contre la hausse des prix du carburant), le gouvernement cherche manifestement à canaliser cette dynamique populaire, voire à la neutraliser.
Dans un pays où le taux de chômage atteint des sommets à l'échelle mondiale, il serait d'une grande naïveté de croire à une réelle volonté politique de redressement. Les Comores comptent pourtant parmi leur population l'une des jeunesses les plus instruites, dynamiques et diplômées d'Afrique.
Est-il dès lors acceptable qu'un gouvernement cantonne ses diplômés à des métiers informels et précaires, tandis que la gestion des affaires publiques reste aux mains de cadres manquant de qualifications adéquates pour occuper les postes clés ?
La jeunesse comorienne mérite bien plus que des expédients. Au lieu de favoriser la création
d'entreprises pérennes avec l'argent du contribuable et les crédits contractés auprès des bailleurs, ou d'attirer des investisseurs, le régime privilégie la communication de façade et les dépenses somptuaires lors de déplacements officiels sans retombées concrètes pour le citoyen lambda.
Le chômage aux Comores en chiffres : où se situe le pays ?
Les statistiques officielles sur le chômage aux Comores doivent être lues avec prudence : le taux global reste relativement bas en apparence, mais il masque une réalité faite de sous-emploi massif et d'informalité généralisée, l'essentiel de la population active travaillant dans le secteur primaire ou dans des activités précaires non comptabilisées comme telles.
Ce contraste statistique est en réalité trompeur et illustre le cœur du problème dénoncé dans cet article : un taux de chômage comorien officiellement modéré ne traduit pas une économie dynamique, mais l'ampleur du sous-emploi et de l'informalité, une large part de la population — y compris des diplômés — étant absorbée par des activités précaires du secteur primaire ou informel plutôt que par des emplois stables et qualifiés.
À titre de comparaison, des pays comme l'Afrique du Sud ou le Nigeria affichent des taux de chômage bien plus élevés selon les définitions internationales, mais disposent en parallèle de systèmes de mesure et de protection sociale plus développés, ce qui rend la comparaison brute entre pays délicate. Le chômage des jeunes en Afrique subsaharienne dépasse pour sa part 12 %, avec une forte prévalence de l'emploi informel —une tendance dans laquelle s'inscrit pleinement la situation comorienne, où la jeunesse diplômée peine à trouver des débouchés à la hauteur de sa qualification.
Note méthodologique : les définitions du « chômage » varient fortement d'un pays à l'autre (inscription administrative, enquêtes emploi, seuils d'activité), ce qui limite la comparabilité directe des chiffres bruts entre les Comores et des pays comme l'Afrique du Sud ou le Nigeria. Le sous-emploi et l'informalité, non capturés par le taux de chômage strict, constituent des indicateurs complémentaires essentiels pour apprécier la réalité du marché du travail comorien.

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