Tout mon soutien à Madame la procureure de la République, victime, vraisemblablement, de misogynie. Pour illustrer cette misogynie ordinaire, un souve
Tout mon soutien à Madame la procureure de la République, victime, vraisemblablement, de misogynie
À la lumière des révélations d’Oubeidillah Mchangama, l'un des journalistes les mieux informés de la place, le courant ne passerait pas entre la procureure de la République de Moroni et la gendarmerie nationale. Au point que la magistrate préférerait, dans la plupart des cas, traiter avec la police nationale. D'ailleurs, les informations qui remontent de cette affaire n'écartent pas l'existence d'un biais misogyne de la part de la gendarmerie.
Que les choses soient claires : je ne porte pas cette magistrate dans mon cœur, pour m'avoir malmené et manqué de respect pendant mon audition par elle-même, dans le cadre de mon arrestation au mois de juin dernier. Mais quand on prétend défendre des causes, l'ego doit s'effacer. Raison pour laquelle je laisse le mien de côté, au nom des valeurs et des principes que je défends.
Pour illustrer cette misogynie ordinaire, un souvenir me revient. Un jour, j'accompagnais un ami d'Iconi. Il me racontait sa mésaventure lorsque son véhicule a été immobilisé par la gendarmerie pour défaut de papiers. Il a alors appelé sa cousine, qui se trouve être l'épouse d'une personnalité occupant de hautes fonctions dans le pays, de ces noms qui, à eux seuls, suffisent à faire plier le plus récalcitrant des militaires. Mon ami a passé le téléphone au gendarme.
La femme à l'autre bout du fil a demandé poliment, après s'être présentée, de libérer le véhicule de son cousin. Mais qu'à cela ne tienne. Bien qu'elle soit « la femme de », le gendarme a décliné la requête. La raison ? « Nous ne négocions pas avec des femmes. Demandez à votre mari de m'appeler ». Ici, ce n'est pas la rigueur de la loi qui s'est exprimée pour refuser un passe-droit, mais bien une misogynie décomplexée.
Autre exemple, s'il en faut encore: alors que j'étais en garde à vue, je devais être déféré au parquet le 10 juin. Si ma mémoire est bonne (j'avais perdu la notion du temps), je devais quitter les locaux de la gendarmerie à 10h pour être entendu par la procureure. Mais les choses ont traîné jusqu'en début d’après-midi. Une fois au pied du bureau de la procureure, après avoir perdu plusieurs minutes avant d'être reçu, j'ai entendu, depuis le minibus où je me trouvais, un gendarme lancer : « Ritso lemebeziwa hataa ni mdru mzade ». Il parlait, bien entendu, de la magistrate qui les faisait attendre.
Sous nos cocotiers, les exemples de ce genre sont légion, mais je préfère m'arrêter là et dire à la procureure qu'elle a tout mon soutien dans son bras de fer avec la gendarmerie. Dans notre pays, il n'est pas facile d'être femme et cheffe. Les propos rabaissants comme « mdru mzade mabele » ne manquent pas, chez nous les hommes, pour disqualifier les femmes. Ironie de l'histoire : nous réduisons les femmes à leurs mabele, en oubliant un peu trop vite que ce sont ces mabele qui nous ont nourris et permis d'être les hommes que nous sommes aujourd'hui.
C’est précisément parce que je suis un fervent défenseur des droits des femmes que je défends aussi ceux de celle qui m'a refusé le droit de m'asseoir pendant je ne sais combien d’heures d'audition, alors même que j'étais souffrant et qu'elle le voyait bien. Oui, je défendrai les droits de celle qui tenait des propos irrespectueux à mon égard et envers ma profession.
Je le fais tout simplement parce que les valeurs que je porte passent avant mes blessures personnelles. Courage à Madame la procureure. Ne lâchez rien. Imposez l'autorité que vous confèrent vos fonctions. Tous les hommes, qu'ils soient gendarmes ou civils, doivent apprendre à obéir à leurs supérieurs hiérarchiques, même lorsque ces supérieurs sont des femmes.
Toufé Maecha

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