Ntsundzuu, cœur ancien de Mbadjini. Un homme venu d’ailleurs, guidé par un appel que lui seul entendait. Il est venu mourir ici, comme si cette terre.
Ntsundzuu, cœur ancien de Mbadjini
Le rocher-jarre où veillent les ancêtres et où la terre se souvient.
Il se dresse là, Ntsundzuu, comme une jarre oubliée par les premiers jours du monde. Une jarre posée par les mains invisibles du temps, remplie non d’eau, mais de mémoire.
À ses pieds repose Simboussa, village ancien, village de veille et de transmission. Ce n’est pas un village posé au hasard des chemins : c’est une terre choisie par l’histoire. Car Simboussa abrite en son sein Kura rumwa-ezi, la cour royale de Mbadjini, cœur battant d’un royaume que les siècles n’ont pas effacé. Ici, la poussière garde l’empreinte des pas des guerriers, et le vent connaît encore les serments que les hommes ont prononcés.
Et au sommet de Ntsundzuu, la pierre elle-même porte la marque de cette royauté.
Les roches y dessinent des formes de couronnes, posées là comme une consécration silencieuse. Elles ne sont ni taillées par la main humaine, ni dressées par un pouvoir visible. Elles sont nées du patient dialogue entre la pierre et le temps. À l’aube, elles captent la lumière comme des insignes sacrés. Au crépuscule, elles deviennent des ombres graves, rappelant que certains trônes n’ont jamais été abandonnés.
Ainsi, Ntsundzuu ne domine pas Simboussa.
Il le couronne. Son flanc est vêtu de verdure, comme un ancien qui aurait choisi de porter la forêt comme manteau. Les racines y gravent des signes que seuls les initiés savent lire, et les lianes y suspendent des silences plus anciens que les villages eux-mêmes.
Car Ntsundzuu n’est pas un rocher.
Il est un gardien.
Il veille d’abord sur ndo pvwa shehi, la tombe du saint inconnu.
Un homme venu d’ailleurs, guidé par un appel que lui seul entendait. Il est venu mourir ici, comme si cette terre était sa destination ultime. Longtemps, les habitants sont venus déposer le nadhiri, offrande de reconnaissance pour les vœux exaucés, confiant à ce lieu leurs espoirs, leurs peines et leurs gratitudes. Et la pierre, fidèle, a tout conservé.
Il veille aussi sur Ngama-bembe, la grotte profonde, passage redouté entre le visible et l’invisible.
On dit qu’elle rejoint la mer, comme si la montagne refusait d’être séparée de son origine. C’est là que les femmes âgées déposent les ultimes traces des défunts, restituant à la terre ce qui lui appartient. La grotte est exigeante. Elle a éprouvé l’homme venu interroger son mystère, avant que le peuple ne le ramène à la lumière, lui donnant le nom de Kari Ngama, celui qui n’a pas été vaincu par ses ténèbres.
Et il veille enfin sur Kura rumwa-ezi, la cour royale que Simboussa abrite depuis des siècles.
C’est de là que partaient les guerriers de Mbadjini, portant avec eux la force des vivants et la bénédiction des invisibles. C’est là que, chaque année, les représentants des quarante-quatre villages se réunissaient pour le dalao, dans un même souffle de recueillement et d’appartenance, en communion avec les jin fondateurs. Simboussa n’était pas seulement un village : il était le lieu où un peuple se souvenait qu’il ne marchait jamais seul.
Et au-dessus de tout cela, Ntsundzuu demeure. Immobile, mais vivant.
Silencieux, mais couronné. Ancien, mais souverain. Il veille sur Simboussa. Il veille sur Mbadjini. Il veille sur la mémoire que le temps n’a pas emportée. Et tant que ses couronnes de pierre toucheront le ciel, le cœur ancien de Mbadjini continuera de battre.
Dini Nassur

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