Le prix de l'arrogance et le naufrage d'un régime. L'actualité mondiale nous le rappelle sans cesse : les plus grandes puissances et les dirigeants l
Le prix de l'arrogance et le naufrage d'un régime
L’histoire politique des Comores retiendra sans doute la date du 10 septembre 2022 comme le symbole tragique d’un rendez-vous manqué avec la raison. Ce jour-là, en recevant l’ancien gouverneur Mouigni Baraka, le président Azali Assoumani tenait entre ses mains les clés d'une véritable réconciliation nationale et les jalons d'une paix durable.
Mandaté par une opposition qui, après un vote interne, avait courageusement choisi la voie du « dialogue permanent » voulu par Azali, Mouigni Baraka ne se présentait pas en « traître » ou en « mendiant de pouvoir », comme certains ont pu l’en accuser injustement. À l’exception de voix lucides comme celle d’Ali Mhadji, la classe politique a tardé à comprendre qu’il s’agissait là d’une mission de salut public destinée à extraire la nation du naufrage.
L'actualité mondiale nous le rappelle sans cesse : les plus grandes puissances et les dirigeants les plus influents finissent toujours par admettre que la force a ses limites et que seul le dialogue permet de résoudre les conflits en profondeur et de restaurer durablement la paix sociale.
En acceptant l'invitation d'Azali, Mouigni Baraka s'inscrivait dans cette lignée de sagesse politique. Sa démarche n'était ni un signe de faiblesse, ni une quête de privilèges, mais une tentative sincère et visionnaire de stabiliser notre pays. Il a ainsi usé des seules armes légitimes : le dialogue, la diplomatie et le respect mutuel, cet héritage sacré que nous ont légué nos ancêtres et notre religion.
Face à la triple agonie — politique, sociale et économique — qui étranglait déjà notre pays à l’époque, le cahier de doléances soumis par le gouverneur Mouigni BARAKA était limpide : libération des prisonniers politiques, retour sécurisé des exilés, dissolution d'une assemblée unicolore devenue une chambre d'écho, et retour scrupuleux à l'ordre constitutionnel issu des accords de Fomboni.
Sur le plan de l'éthique, l'exigence de commissions anti-corruption et d'audits sur les sociétés d'État, y compris l’hôpital El-Maaroof, devait assainir les finances publiques. Enfin, sur le plan social, la fin du monopole sur le riz visait à briser les chaînes de l'urgence alimentaire.
Pourtant, avec une arrogance qui se retourne aujourd'hui contre lui, le colonel Azali n'a retenu qu'une seule mesure : la fin du monopole sur le riz. En sauvant le ventre mais en piétinant le droit, le régime a cru pouvoir acheter le silence du peuple au prix du grain. Si cette mesure a certes évité la famine immédiate, elle n'était qu'un anesthésiant destiné à occulter le démantèlement des aspirations démocratiques.
Aujourd'hui, en 2026, l'illusion s'est dissipée. Le peuple comorien ne demande plus seulement du riz; il réclame de la dignité, de la justice et le respect de sa Loi fondamentale. Il a compris la manœuvre du pouvoir qui consiste à diviser pour régner, en fustigeant tantôt le manque d’unité de l’opposition, tantôt son incapacité à mobiliser la rue, ou encore l'inertie d'une classe politique qu'il a lui-même entravée. Cette tentative du régime de rejeter sur ses détracteurs la responsabilité du chaos et des maux qui minent la société ne trompe désormais plus personne.
C’est un contresens politique majeur : le développement, l’emploi, la santé et l’éducation relèvent de la responsabilité régalienne. Seul le gouvernement, unique détenteur des leviers financiers, institutionnels et diplomatiques, est comptable de la gestion de la cité. C’est à lui, et non à l’opposition, qu’incombe l’obligation de transformer les promesses en solutions concrètes.
L'alerte rouge sur la présidence tournante est désormais lancée depuis l’île de Mohéli. Le 17 février 2026 représente bien plus qu'une simple échéance administrative : c'est le test ultime du pacte d'unité nationale. En ignorant les revendications légitimes de Mohéli, en s'obstinant à maintenir une assemblée unicolore et en ayant éventré l'autonomie des îles, le président Azali prend le risque de rompre définitivement le contrat social qui lie nos îles depuis 2001. Des femmes de Mohéli à l’ensemble de la classe politique, le moment est venu de dire "stop" aux manipulations du régime.
Cette date se profile comme le miroir déformant des accords de Fomboni, mais aussi comme le prix du refus d’accepter les doléances de Mouigni Baraka lors de la rencontre du 10 septembre 2022. Si le régime persiste à ignorer les cris d’alarme de la société civile et le courage des femmes Mohéliennes, le risque d’instabilité ne sera plus seulement un avertissement, mais un point de rupture définitif.
J’adresse cet appel à la communauté internationale : l'obstination d'un seul homme ne doit pas sacrifier l'avenir d'un peuple. L'histoire jugera sévèrement ceux qui ont vu les signes du naufrage et qui ont choisi de ne rien faire.
BACAR MMADI, Cadre du parti RDCE en France


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