Le naufrage de la Régie des Travaux Publics de Ngazidja : le prix amer de la centralisation

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Le naufrage de la Régie des Travaux Publics de Ngazidja : le prix amer de la centralisation. Pour mesurer l'ampleur du gâchis actuel, il faut regarder

Le naufrage de la Régie des Travaux Publics de Ngazidja : le prix amer de la centralisation


Le naufrage de la Régie des Travaux Publics de Ngazidja : le prix amer de la centralisation

En observant l'état actuel de notre pays, je fais un constat amer : la suppression de l’autonomie économique et financière de nos îles réduit à néant les piliers de notre développement. L’exemple le plus tragique de ce démantèlement est, à mes yeux, la Régie des recettes des Travaux Publics de Ngazidja (RTPN). Ce qui fut autrefois le poumon des infrastructures insulaires — chargée de l'entretien routier — n'est plus aujourd'hui qu'une coquille vide, symbole d'une faillite généralisée.

Je ne peux rester silencieux face à la détresse des employés de cet établissement qui cumulent désormais 15 mois d'arriérés de salaires. Comment peut-on exiger de la performance quand on condamne des pères et mères de famille à la précarité totale surtout en ce mois béni de Ramadan ? 

Pourtant, je me souviens d'une époque, pas si lointaine, où cet établissement était le fer de lance de notre économie locale.

Pour mesurer l'ampleur du gâchis actuel, il faut regarder ce qui a été accompli sous la gouvernance de Mouigni Baraka. À son arrivée, il avait hérité d'un site en déshérence que l'administration du président Abdoulwahab Abdallah avait transformé en simple camp de police de Ngazidja.

Sous l'impulsion d'une réelle autonomie de gestion, j'ai été témoin d'une véritable renaissance :

Une souveraineté financière retrouvée : Grâce à une Régie des recettes performante, sous le contrôle de l’Inspection des Finances et du Trésor public de Ngazidja, plus de 400 millions de KMF ont été investis sur fonds propres pour l’achat d’engins lourds.

Ce n'étaient pas des promesses, mais des faits : nous avons vu la réhabilitation des bâtiments des Travaux Publics et leur équipement, la reconstruction du Palais de Mrodjou, la rénovation de l’École de Tourisme, du Commissariat à la Production et de plusieurs bâtiments administratifs. À cette époque, bien que l'effectif fût cinq fois plus important qu'aujourd'hui, les salaires étaient payés régulièrement, avec des retards ne dépassant jamais deux mois.

C'est la preuve irréfutable que lorsqu'une île gère ses propres ressources, elle avance.

Aujourd'hui, le régime d'Azali Assoumani a tout centralisé. On nous a vendu cette concentration des pouvoirs comme une mesure d'économie. On a supprimé le Conseil de l’Île, les commissariats, le Conseil Économique et l’Inspection des Finances de Ngazidja — que j’ai eu l’honneur de diriger — sous prétexte qu’ils étaient "budgétivores". On a jeté des agents au chômage et réduit les structures insulaires à néant.

Mais une question se pose : où va l'argent économisé ? Le constat est accablant : tous les projets structurants de l'ère Mouigni Baraka sont à l'agonie. Qu’il s’agisse de la mutuelle de santé scolaire, de la distribution des fournitures ou de la rénovation des bâtiments publics, tout est à l'arrêt.

Dans de nombreuses localités, et plus particulièrement dans le nord de l'île de Ngazidja, le réseau routier secondaire n'est plus que l'ombre de lui-même. Les habitants décrivent la situation comme un « calvaire quotidien », avec des nids-de-poule profonds et des chaussées étroites qui rendent la circulation dangereuse, particulièrement durant la saison des pluies. Tandis que la dette intérieure et extérieure ne cesse de se creuser, la réponse semble évidente : l'argent des contribuables ne sert plus le développement, mais s'évapore dans le financement de cérémonies politiques coûteuses ou dans les poches des fidèles du parti CRC.

J'en veux pour preuve les propos révoltants de ce directeur de la RTPN qui, devant ses agents, osait affirmer que lorsqu'un grand notable (Mfomamdji) dépouille l'argent ou la viande de "Mzougouwa", la voix de la raison ne s'élève pas. C’est un festin de privilèges où le remboursement n’existe pas et où le jugement se tait devant le rang social. Est-ce là le pays que nous voulons bâtir avec de tels responsables ?

Force est de constater que le gouvernement d’Azali regorge de diplômés, mais manque cruellement d’intellectuels. Si ces derniers étaient aux commandes, ils sauraient que les Comores ne peuvent s'extraire des lois de l'économie mondiale : la centralisation est un frein, là où la décentralisation financière est un moteur de croissance.

Regardons ailleurs. L’Éthiopie et le Rwanda, malgré des trajectoires distinctes, ont compris que la prospérité naît de la base : en déléguant les budgets aux districts, ils stimulent l’agriculture et les PME rurales bien mieux que ne le ferait une administration centrale déconnectée. Plus proche de nous, Zanzibar illustre parfaitement cette autonomie réussie : en dehors de la défense et de la diplomatie, l’île contrôle souverainement ses finances et ses infrastructures.

Pourquoi ce qui fonctionne pour nos voisins serait-il impossible pour Ngazidja, Ndzouani et Mwali ? Confondre unité nationale et étouffement financier des îles est une erreur historique que nous payons aujourd'hui par l'immobilisme.

L'autonomie des îles, telle que consacrée par les Accords du 17 février 2001, n'était pas une menace pour l'unité nationale. Au contraire, c'était la condition de sa stabilité. L'esprit "décentripète" de 2001 (le pouvoir part des îles vers le centre) reconnaissait que l'Union ne peut être forte que si ses îles sont prospères. Or, les révisions constitutionnelles ultérieures ont imposé un mouvement inverse : une dynamique centripète renforçant la présidence de l'Union au détriment des Gouverneurs. Le résultat est sans appel : un développement freiné, une corruption systémique et une misère sociale accrue.

En transformant les structures insulaires en coquilles vides, on ne construit pas une nation, on organise son sous-développement. Vouloir tout gérer depuis le sommet, c'est condamner la base à l'immobilisme et à la ruine. Il est temps de rendre aux îles leur souveraineté budgétaire et leur capacité d'agir. C'est l'unique voie pour que les Travaux Publics, et tant d'autres institutions, ne soient plus les victimes collatérales d'une ambition politique démesurée.

Par BACAR Mmadi, Cadre du parti RDCE ( Section France)

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