Comores : De l'élite fondatrice à l'élite démissionnaire

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Comores : De l'élite fondatrice à l'élite démissionnaire. Lorsqu'elle est coupée des conditions matérielles d'existence du peuple, lorsqu'elle se dépl

Comores : De l'élite fondatrice à l'élite démissionnaire


Comores : De l'élite fondatrice à l'élite démissionnaire

Ce texte puise son inspiration dans la tombée du rideau des écrivains Comoriens spécialisés sur la culture Comorienne, et dont je tiens à saluer la réussite de l'événement. Organisé, loin du territoire national, dans le confort parisien. Un lever une fois encore sur la culture.

Mais ce rideau là pose une question fondamentale.

Car pendant que certains lèvent le rideau symboliquement dans les salons intellectuels, le rideau de la conscientisation populaire, lui est tombé depuis longtemps, sans fracas, dans l'indifférence générale de ceux là mêmes qui prétendent parler au nom du peuple.

La question centrale elle, est volontairement brutale :

Peut-on parler de culture quand le ventre est vide ?

La culture n'est ni un fétiche, ni une mise en scène identitaire destinée à flatter l'ego des élites.
Elle est dans son sens un instrument d'éveil, de dignité et de résistance.

Lorsqu'elle est coupée des conditions matérielles d'existence du peuple, lorsqu'elle se déploie sans lien avec la faim, l'humiliation ,la peur et l'injustice, elle devient un décor, voire une frime intellectuelle.

Notre indépendance est la preuve historique d'une élite qui a parfaitement compris son rôle. Notre indépendance n'aurait jamais été possible sans une élite engagée. Ils étaient peu nombreux.

À l'échelle du pays, on pouvait les compter sur les bouts des doigts de la main. Mais, ils ont assuré une fonction historique essentielle, en transformant une population dominée en peuple conscient..

Cette élite fondatrice n'a jamais parlé de culture pour la culture. Elle a politisé la culture. Elle a relié l'injustice quotidienne au système colonial. Elle a expliqué, formé, éveillé.

Elle a joué ce rôle que au même titre que vos semblables que vous prétendez être, ce que Gramsci appelait le rôle de l'intellectuel organique , enraciné dans la réalité et non flottant au dessus d'elle...

Franz Fanon, encore un de vos semblables, l'a démontré avec force :
Sans médiation intellectuelle, la souffrance populaire reste individuelle et muette .
Elle ne devient politique que lorsqu'elle est nommée et structurée.
Dans notre pays, cette médiation a existé, elle a produit l'indépendance.

Aujourd'hui, abondance d'écrivains et désert de conscience.
Le contraste avec la situation actuelle est saisissant.
Jamais les Comores n'ont compté autant des diplômés, d'écrivains, de chercheurs, de journalistes, et pourtant jamais la société n'a semblé aussi orpheline de guides civiques.
La réunion des écrivains à Paris en est illustration parfaite .
On y célèbre la culture pendant que le peuple survit.

On y parle d'identité pendant que les droits fondamentaux sont piétinés.
On y lève le rideau symbolique de la pensée, alors que le rideau réel, celui de la conscience populaire est tombé depuis des décennies.
Cette culture là est dépolitisée, aseptisée, désincarnée.
Elle ne dérange pas le pouvoir, elle ne nourrit pas le peuple, elle ne forme pas les masses, elle s'auto-contemple.

Dès lors, la question n'est plus simplement celle de la démission de l'élite, mais de sa mystification :
Faire croire à un engagement culturel, quand il s'agit en réalité d'un repli, confortable, souvent mondain, parfois narcissique.

Une élite qui regarde de haut et reproche au peuple de ne pas se lever, son inertie, son fatalisme.
Mais comment un peuple non formé, pourrait t-il être conscient de ses droits, des mécanismes de domination, des injustices structurelles, sans l'apport politique de ceux qui savent..
De loin, on analyse .
De loin, on écrit.
De loin, on juge.

L'élite de l'indépendance a servi un plateau, celui de la conscience nationale, de la dignité, et la possibilité d'un destin collectif.

L'élite actuelle ou celle qui se prétend telle fait pire qu'un refus de service, elle a renversé le plateau à terre, non pour le partager autrement, mais pour que personne ne mange ...
Ainsi, le peuple reste affamé matériellement et politiquement et l'élite se nourrit seule de symboles, de reconnaissance entre pairs et de mises en scènes culturelles.

Une culture coupée du peuple n'est pas une culture vivante, c'est un théâtre.
Une élite qui parle de culture sans parler de faim, de peur, d'injustice n'est pas une élite historique.

Un peuple ne se lève pas par instinct..
Il se lève quand on l'a aidé à comprendre pourquoi il est à genoux.
Le reste n'est que rideaux levés, pour salons fermés, pendant que la nation, elle, demeure dans l'obscurité.

Ne tomber pas encore le rideau
Retrousser vos manches.

Daoud Halifa

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