Derrière les discours officiels, le gouffre d'un déficit hors de contrôle que l'on dissimule aux Comoriens

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Loi de règlement : Derrière les discours officiels, le gouffre d'un déficit hors de contrôle que l'on dissimule aux Comoriens. Je pose la question crû

Loi de règlement : Derrière les discours officiels, le gouffre d'un déficit hors de contrôle que l'on dissimule aux Comoriens


Derrière les discours officiels, le gouffre d'un déficit hors de contrôle que l'on dissimule aux Comoriens

La Loi de Règlement est, pour moi, le seul véritable moment de vérité d'une nation : c’est l'instant où les masques tombent et où l’on vérifie si le gouvernement a tenu ses promesses ou s’il a simplement navigué à vue. Mon analyse de l’exécution budgétaire 2024 est sans appel : notre déficit se creuse, l’investissement s'asphyxie et notre dépendance extérieure devient structurelle. 

Je pose la question crûment : pourquoi notre État s’obstine-t-il à dépenser ce qu’il n’a pas ? En 2024, le budget affichait une ambition de 110,5 milliards de recettes face à 146 milliards de dépenses, laissant un trou béant de 35 milliards de francs comoriens. Mais le plus grave n'est pas ce chiffre, c'est l'usage qui en est fait. Ce déficit n’est pas le fruit d’investissements productifs (usines, infrastructures aéroportuaires, routes, agriculture) ; il est le résultat d'une explosion des dépenses de fonctionnement — au premier rang desquelles figurent les voyages présidentiels et les frais de mission — mais aussi d'une masse salariale mal maîtrisée et du coût exorbitant des élections de janvier 2024.

Pour maintenir ce train de vie et payer les salaires, j'observe que le gouvernement a sacrifié l'avenir en pratiquant la « sous-exécution » des investissements. En clair, on gèle la construction d'écoles et les projets énergétiques vitaux pour financer le quotidien de l’administration. On présente alors un déficit "maîtrisé" sur le papier, mais la réalité est celle d'une économie à l'arrêt.

Cette exécution 2024 met à nu deux failles que je considère comme des bombes à retardement. D'une part, notre dépendance fiscale à la consommation est totale : 75 % de nos recettes reposent sur des taxes douanières. Cela signifie que l’État ne survit que parce que les Comoriens consomment des produits importés, et non parce qu'ils produisent de la richesse. 

D'autre part, je constate avec inquiétude que notre secteur privé est asphyxié : les impôts sur les bénéfices ont chuté de 3,9 à 3,3 milliards KMF — soit une perte de 600 millions en un seul semestre. C'est la preuve irréfutable que nos entreprises suffoquent et que beaucoup mettent la clé sous la porte. Le gouvernement nous vend du rêve sur papier glacé, mais la réalité est brutale : les maquettes ne remplaceront jamais les chantiers. Quand l'investissement est sacrifié pour financer le train de vie de l'État, le développement s'arrête. Je demande des comptes : où sont passés les fonds initialement prévus pour nos infrastructures ?

Et le pire reste à venir, car le budget 2026 s’enferme dans cette même logique d’échec. Comment peut-on annoncer fièrement 129,2 milliards de recettes quand on avoue, dans le même souffle, que 36,2 % de cette somme dépend de l'aide extérieure ? C'est un aveu d'impuissance. Compter sur 46,8 milliards venant de l'étranger, c'est accepter que si l'aide "tousse", notre économie s'effondre. Un pays souverain devrait viser l'autonomie avec 80 % de ressources propres ; chez nous, l’aide n’est plus un bonus, c’est le moteur de l'avion. Sans elle, le château de cartes s'écroule.

Aux défenseurs du pouvoir qui s'empressent de menacer ou d'insulter toute voix dissidente, je rappelle que la force d’un État ne réside pas dans sa capacité à faire taire les critiques, mais dans sa capacité à produire des résultats concrets pour son peuple. Les insultes ne rempliront jamais les caisses de l’État. La compétence technique et l’intégrité sont les seules défenses valables d’un régime.

Je considère ma critique budgétaire comme un acte patriotique, car mon seul but est de m’assurer que chaque franc comorien serve le bien commun. Un budget dépendant à 36 % de l’extérieur est un signal d'alarme rouge vif, pas une victoire à célébrer. 

BACAR MMADI, Cadre du parti RDCE en France

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