Azali, père fondateur ou père-préparateur ? Le père semble bien décidé à s’inscrire dans la durée et pas seul. A ses côtés, le fils omniprésent! Tantô
Azali, père fondateur ou père-préparateur ?
"Un jour mon fils, tout sera à toi"- Mufasa dans le roi lion
Alors que le peuple comorien aspire à plus de justice, de développement et de démocratie, il se retrouve aujourd’hui pris en otage par une gouvernance à deux têtes. Le pays est tranquillement géré par un duo père-fils, comme si l’Etat était une boutique familiale.
On a connu les coups d’Etat, les mercenaires et les présidences express. Oui, dépuis l’indépendance en 1975, l’Union des Comores a connu plusieurs coups d’Etat ou tentatives de renversement. D’Ali Soilih, réformateur socialiste assassiné à 40 ans, à Ahmed Abadallah, restauré au pouvoir par les mercenaires français de Bob Denard, avant de le tuer, à son tour, en 1989. L’archipel a souvent été un laboratoire d’instabilité politique ! Mais là on innove avec une République génétiquement modifiée où le pouvoir se transmet par le sang, pas par les urnes.
Le père semble bien décidé à s’inscrire dans la durée et pas seul. A ses côtés, le fils omniprésent! Tantôt Conseiller Privé, tantôt ambassadeur officieux, tantôt ministre sans portefeuille mais avec beaucoup d’influence. Et aujourd’hui, Secrétaire général du gouvernement avec tous les pouvoirs dignes d’un Premier Ministre, si ça n’est pas plus.
Une montée en puissance savamment orchestrée, avec l’enthousiasme modéré d’une population lucide, qui a vu bien des régimes défiler. L’idée est simple et consiste à faire passer la gouvernance d’une génération à l’autre, sans passer par le vote. Un peu comme une entreprise familiale, mais avec un drapeau, un hymne, une armée et les impôts des citoyens comme trésorerie. En d’autres mots, on garde le pouvoir dans la famille, mais on vous sourit pendant qu’on le fait.
A défaut de putschs spectaculaires, nous voilà désormais face à un autre type de capture de pouvoir. Ce duo familial, devenu l’axe central de toutes les décisions politiques, économiques et même sécuritaires du pays, incarne une dérive dangereuse, à savoir, la privatisation de l’Etat. Là où la Constitution prévoit la séparation des pouvoirs, la complémentarité entre les institutions et la représentativité du peuple, nous assistons à une mise en scène bien orchestrée d’un pouvoir bicéphale fondé non pas sur le mérite ou la légitimité populaire, mais sur les liens du sang.
Or, l’histoire nous enseigne qu’aucune nation ne prospère durablement sous un pouvoir concentré, fut-il exercé par deux esprits prétendument brillants. Dans un pays qui se veut démocratique, la concentration du pouvoir entre les mains de deux individus est non seulement une anomalie, mais un danger pour l’équilibre institutionnel et le respect de la volonté populaire.
L’Union des Comores n’est pas une monarchie et encore moins un bien familial. Le peuple comorien mérite une gouvernance fondée sur la compétence, la transparence et la justice.
Dans cet environnement tendu, certains partisans du pouvoir adoptent un rôle ambigu. Souvent animés par le souci de ne pas s’exposer, ou par la volonté de préserver leurs avantages, ils publient des textes moralisateurs où l’ironie sert de bouclier.
Séduisants sur la forme, ces écrits visent surtout à délégitimer les critiques souvent constructives, je dis bien les critiques (ce qui n’a rien à voir avec les diffamations et autres insultes personnelles), en les présentant comme irrésponsables ou excessives. Sous couvert de sagesse et de hauteur intellectuelle, ils contribuent à normaliser les dérives du pouvoir et donnent à celui-ci un vernis de respectabilité.
Said Omar Badaoui
Ancien diplomate (Bruxelles,Paris)

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