Un symbole de notre faillite. Anchya est née et élevée à Maoré. Elle en possède la culture, parle parfaitement le shimasiwa et devrait y être enterrée
Un symbole de notre faillite
Je parie que la député, Estelle Youssouffa, quittera Maore probablement à la fin de son mandat pour poursuivre son aventure ailleurs. Cette métisse [elle a des origines françaises par sa mère, de Ngazidja puis de Maore par son père] a-t-elle de véritables attaches sur l'île ?... En tout état de cause, elle a su surfer sur la vague du mécontentement général, disant alors ce que les néo-Sorroda voulaient entendre pour se faire élire. À savoir que la promesse d’un mieux-vivre sans les "Comoriens" ne se réalise pas du fait de l’invasion de ces derniers précisément. Ils n'ont qu'à rentrer dans "leurs îles" pour "bouffer leur indépendance de m..." et le bonheur reviendra à Maore.
Les promesses électorales, on le sait, n’engagent que ceux qui les écoutent. Les électeurs se rendent compte un peu tardivement qu'ils ont été floués et que la député défendait en réalité des intérêts définis à Paris.
Bien plus inquiétant est le cas de Mme Bamana, elle-même fille d'un ancien député comorien avant de se muer à Soroda, feu Younoussa Bamana.
Anchya est née et élevée à Maoré. Elle en possède la culture, parle parfaitement le shimasiwa et devrait y être enterrée aux côtés de ses ancêtres le jour - que j'espere lointain -de son grand départ. Son père, bien que partisan du maintien de l'administration française, ne s'est jamais coupé de son milieu humain comorien et ne s'est jamais pris pour un "Gaulois'.
Il y a donc quelque chose de tragique, pour elle comme pour nous tous - Comoriens d’ici et de là-bas -, qu’elle soit la première et seule députée RN d’outre-mer. C'est un symbole fort de la faillite de son île donc de la faillite de l'archipel.
Qu'elle tutoie, Marine Le Pen, chef de file de la xénophobie contre les Noirs et les musulmans en France, qu'elle se sente obligée de se débarrasser de son kishali habituel pour prendre des photos de "famille" avec ses collègues relève de la négation de soi.
Elle aura ainsi franchi une limite que même l’inégalable Comte de Carmardin n’a osé dépasser.
C’est là l’aliénation la plus totale, la plus inattendue, la pollution intellectuelle la plus profonde de cette décolonisation inachevée.
Les difficultés économiques des nations ne sont jamais irréversibles. Elles sont relativement faciles à surmonter : voyez le Vietnam, la Corée, les Émirats Arabes Unis... Il en va autrement de la perte de l'identité et de la mémoire. Les "Indiens" des Amériques sont là pour nous le rappeler.
Ali Moindjié

COMMENTAIRES