Ali Soilihi en compagnie de Younoussa Bamana dans les rues de Mtsapere, le 7 août 1975, quatre jour après son coup d État du 3 août 1975 ©...
Ali Soilihi en compagnie de Younoussa Bamana dans les rues de Mtsapere, le 7 août 1975, quatre jour après son coup d État du 3 août 1975 ©Hayba fm |
Sur la rupture Comores-France en septembre 1975
Il m’a semblé utile de rassembler les éléments tangibles surgis dans les échanges sur Facebook autour d’une épisode importante du règne d’Ali Soilihi : la suspension brutale de la coopération française avec le nouvel Etat comorien et la solution apportée.
Le contexte : Ali Soilihi découvre en septembre 1975, lors de la conférence franco-comorienne suivant le coup d’État du 3 août, qu’il s’est fait manipulé par la France et le Mouvement Populaire Maorais (MPM) : contrairement à ce qui semble avoir été contracté entre les commanditaires du premier putsch et les dirigeants du MPM, Maore restait sous colonisation française.
La situation changea du tout au tout. Les putschistes du 3 août qui justifiaient leur coup par la nécessité de préserver l’amitié franco-comorienne changèrent de position. En nationaliste convaincu et déterminé, Ali Soilihi dénonça la trahison et indexa la France colonialiste. La riposte de cette dernière fut prompte et brutale : retrait immédiat de ses enseignants, soignants et autres techniciens. Le pays se retrouve complètement démuni.
Après un putsch, moins d’un mois après la proclamation de l’indépendance, le pays se retrouve sans enseignants à la première rentrée scolaire de l’indépendance. Un départ calamiteux de l’indépendance du pays dont nous subissons encore les répercussions.
Comment le pays allait-il s’en sortir ? C’est à partir de là que les éléments des échanges interviennent.
Ali Moindjie, rendant hommage à M. Mouzaoir à la suite de son décès, lui attribua les mérites de la solution trouvée : remplacer les techniciens français par ceux de l’ancêtre de la francophonie. Ali Mlamali intervint pour rétablir les faits. C’est une délégation composée par Mouzaoir Abdallah, Ali Mlamali et Ahmed Thabit qui a fait le travail. Ahmed Thabit confirme la version d’Ali Mlamali.
Des questions furent posées et obtinrent les réponses de Thabit :
La Guinée sous l’anti colonialiste Sékou Touré s’était proposé de mettre à la disposition des Comores les techniciens dont le pays avait besoin. Un avion spécial se préparait à décoller vers les Comores. Pourquoi cela ne s’est pas Fait ? Thabit affirme n’avoir jamais su ce qu’il en était réellement !
Pourquoi la délégation n’a-t-elle pris aucune initiative envers les étudiants comoriens qui étaient pratiquement tous dans l’ASEC pour combler le déficit en enseignants ? Là encore Thabit nous apprend que la question n’était même pas posée, que cela ne faisait pas partie de leur mission !
Voilà les faits bruts que chacun peut interpréter à sa façon.
Pour moi, ils traduisent le fait qu’Ali Soilihi n’avait pas rompu totalement avec la France. C’est pourquoi il a zappé l’aide de la Guinée et ignoré les étudiants comoriens auxquels on devait penser en premier pour combler le déficit en enseignant.
D’autres faits par la suite témoignent du positionnement inconséquent d’Ali Soilihi : appui au Sénégal de Senghor dans l’activité diplomatique, compagnonnage avec les « pays pseudo-révolutionnaires » de cette époque (Seychelles, Madagascar, Benin, Congo Brazzaville, etc.). Une mode qui avait même conduit Mobutu, l’assassin de l’immortel LUMUBA, à changer le nom de son pays en Zaire.
En tout cas, on peut s’interroger sur le positionnement du pays dans le rapport de force mondial. C’est sa fragilité interne et l’absence de soutien international qui explique son renversement si facile par les mercenaires qui bénéficiaient de l’appui logistique et politique de la France et des pays africains de la FrançAfrique.
La période allant de juin 1974 (date des accords de juin ouvrant la voie à l’indépendance) au 13 mai 1978 (date du retour au pouvoir des verts) explique, selon moi, une grande part de ce qui nous arrive. Les historiens du pays devraient nous éclairer
Idriss (23/05/2020)
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