A Mayotte Mayotte apeurée du corona, Mayotte secouée de tremblements de mer, Mayotte presque insouciante, Mayotte que découvre Isma,...
A Mayotte
Mayotte apeurée du corona, Mayotte secouée de tremblements de mer, Mayotte presque insouciante, Mayotte que découvre Isma,
"Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil". On connaît tous ces paroles issues de la chanson de feu l’artiste Charles Aznavour "Emmenez moi". Il faut croire qu'elles ne sont pas vraies car qu' importe la latitude la misère est une douleur lancinante qui n a pas de filtre.
Tu la vois là devant toi et elle te laisse impuissante. Deux options : la regarder en face et l'affronter ou fuir de peur et de honte pour s’en prémunir. Se mentir aussi et se convaincre que ce n’est qu une vue de l esprit. Quoiqu il en en soit puissant ou miséreux, la misère habite nos sentiments.
Certes la misère est là à Maore mais pas que !
L’opulence, la richesse, la fête, le luxe sont aussi ses frères et sœurs. Et puis le soleil et ses rayons colorent ces paysages tropicaux fantastiques et donnent le sourire à ces femmes et ces hommes aux destins et aux couleurs multiples malgré le poids insondable et tristement morbide de cet enfoiré de virus du coronavirus qui sévit en traître, tapis dans l’ombre, prêt à frapper quand on ne l’attend pas. Car ici aussi à Maore, ce seme-la-mort rôde. Déjà six cas recensés dans cette île paradisiaque et infernale.
Les autorités locales ont d’ailleurs décidé depuis le début de cette semaine d’arrêter tous les vols venus de l’étranger pour freiner l’épidémie du Covid-19. Seuls les voyageurs en provenance de l’Hexagone et de La Réunion sont autorisés à revenir sur l’île hippocampe. D’habitude si grouillante et pleine de vie, Maore se mure dans un silence, plongé dans un calme qui ne présage rien de bon. Restaurants et bars fermés, au marché de Mamoudzou pas une âme en vue, quelques voitures seulement circulent et de rares passants attendent comme perdus à la barge pour rejoindre Petite-Terre : Dzaoudzi, Labattoir ou Pamandzi.
Un véhicule municipal sillonne au quotidien les rue et crache en shimaore au mégaphone "personne ne doit être dehors : rentrez chez vous car interdiction de circuler !" D ailleurs la police quadrille parallèlement le chef-lieu. Rues et rond-points sont contrôlées au peigne-fin car il faut desormais une autorisation dérogatoire du ministère de l’Intérieur pour justifier tout déplacement et sortie. Pour le moment personne ne crie au liberticide ni à la dictature. Automobilistes comme simple quidam en sont réduit à pointer, à se soumettre à ces règles implacables.
C’est le prix à payer pour éviter une propagation de l’épidémie. Encore plus dans un archipel comorien où les mesures drastiques à appliquer pour lutter contre le coronavirus vont à l encontre du modèle social, philosophique et religieux des habitants des quatre îles de la lune. La difficulté pour les croyants à accepter de ne pas se rendre à la mosquée était prévisible, encore plus un vendredi. Se priver d aller chez la famille encore moins; chez les grands-parents quasiment un sacrilège ! Alors se priver des palabres de la Place publique une abomination, vous imaginez ! Mais on s y oblige.
Par ailleurs ici 90 pour cent de la population ne travaille pas. Comment leur expliquer puis leur imposer qu' ils ne peuvent plus vendre à la sauvette leurs légumes, anchari, biskuti, jus de mhadju, sambusa, madaba et entre vetements quand les commerçantes du grand marché ont contraintes elles mêmes d arrêter !
On disait quoi ? La misère serait moins pénible au soleil ? J en sais trop rien en fait.
Ce qui est sûr c est que je dois sortir dehors acheter du pain. Mon premier jour de congé ne peut se passer complètement confiné. Je dois au moins aller au petit centre commercial d à côté faire quelques courses pour ceux qui m accueillent si généreusement depuis quelques jours ... et voir si Moneygram, Ria ou Western remarchent car je n ai jamais été aussi loin de chez moi en étant aussi près. Plus aucun vol ne peut aller à Ndzuani et Ngazidja.
Je me contenterais de Maore pour le moment et c est plutôt pas mal d ailleurs même si l île est pleine de contradictions et d une rare sensibilité qui oblige un certain nombre de personne à se murer dans le silence et fermer les yeux sur toutes sortes de violences psychologiques, humanitaires, économiques et sociales.
Pourquoi se prendre la tête, ne suis je pas ici au Dagoni ?
Alors que je m apprête à me lever de mon lit quand deux grosses secousses sismiques viennent me surprendre. Elles ont fait trembler mon lit !!! Moi je suis resté de marbre car sous ces Trop ... piquent plus rien ne me surprend.
Au dehors, le Coran résonne. Les gens vont acheter leur mkatre et continuent de sourire et rigoler.
Alhamdulillah tout va bien.
Ism ©Hayba fm
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