Et si finalement, Ahmed Abdallah Abderemane était un bon Président pour son époque?

Indispensable relecture de la présidence d’Ahmed Abdallah, le «Père de l’Indépendance» Le 26 novembre 1989, il y a donc 25 ans, dispara...

Indispensable relecture de la présidence d’Ahmed Abdallah, le «Père de l’Indépendance»


Le 26 novembre 1989, il y a donc 25 ans, disparaissait tragiquement et violemment Ahmed Abdallah Abderemane, le premier Président des Comores indépendantes, plus précisément «le Père de l’Indépendance des Comores». Au moment de sa disparition, Robert «Bob» Denard et ses mercenaires étaient avec lui et voulaient l’obliger à leur renouveler leur contrat aux Comores, où leur présence était très critiquée et dénoncée par la communauté internationale, qui voulait tourner et arracher une page douloureuse de l’Histoire mouvementée des Comores. Déjà de son vivant, le Président Ahmed Abdallah Abderemane a été moqué, daubé, critiqué et combattu par les forces politiques progressistes, nombreuses à l’époque.

Ont été dénoncés, son clientélisme politique, son recours au mercenariat «d’État», la corruption, une certaine forme de féodalité, le rejet du pluralisme politique, etc. Nous avons été certains à avoir tellement valorisé la gouvernance d’Ali Soilihi au point de considérer que ce dernier a fait plus du 3 août 1975 au 13 mai 1978 que tous les autres Présidents comoriens réunis. Il va sans dire qu’une telle opinion est violente, arbitraire et injuste, notamment envers Ahmed Abdallah Abderemane, qui n’a pas démérité. À un moment où la mémoire d’Ali Soilihi fait l’objet d’un détournement, notamment par ceux qui ont saboté sa présidence et qui ont favorisé sa chute, le premier à avoir tiré la sonnette d’alarme mémorielle a été incontestablement Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed, Président du Parti Comores Alternatives (PCA) et candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2016: «Je constate une dérive mémorielle et historique inacceptable, dont la principale victime est la réalité historique. 

La régression que connaissent les Comores depuis un certain nombre d’années a conduit à déifier tellement Ali Soilihi et à valoriser tellement son bilan qu’on travestit la vérité. Si l’on fait abstraction des bâtiments des“Moudiriya”, base de l’administration locale, je ne vois pas ce que le Président Ali Soilihi a fait de si spécial aux Comores pour qu’on en vienne à rejeter tout l’héritage du Président Ahmed Abdallah. Or, malgré tout ce qu’on peut reprocher à Ahmed Abdallah, force est de reconnaître en toute objectivité qu’il a été le Président qui a restauré et réhabilité l’État aux Comores. Il a été à l’origine de nombreux projets de développement socioéconomique, dont l’échec ne pourrait lui être imputable, puisqu’il ne pouvait tout superviser à partir de son bureau. 

L’État viable et moderne des Comores ainsi que la mise en place des institutions publiques, c’est lui. Il a été à l’origine d’une importante mission d’audit des comptes publics, et cela a donné lieu au Rapport de Bernard Vinay et Chantal Vie. Après lui, aucun Président comorien ne s’est livré à un tel exercice, qui ne pouvait qu’aboutir à une remise en cause de sa gouvernance. On passe sous silence son important discours devant les cadres du pays pour attirer leur attention sur la corruption. Après lui, aucun autre Président comorien n’a eu cette franchise, clairvoyance et courage, un courage notamment et éminemment politique».
    
L’un des reproches les plus récurrents faits à Ahmed Abdallah est basé sur le recours au mercenariat «d’État». Or, ce n’est pas lui qui a introduit les mercenaires aux Comores, mais le révolutionnaire progressiste Ali Soilihi, moins d’un mois après la proclamation unilatérale de l’indépendance du pays. Là aussi, le jugement de Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed est cinglant et sans appel: «Organiser un coup d’État aux Comores le 3 août 1975 alors que le pays n’avait proclamé son indépendance que le 6 juillet 1975 relève de l’irresponsabilité. Ali Soilihi était un patriote sincère, mais en se faisant le recruteur de Bob Denard et de ses mercenaires aux Comores, il a ouvert la porte à un système d’accession au pouvoir qui fragilisa les institutions comoriennes pendant les 3 premières décennies de l’indépendance du pays. L’erreur commise par Ahmed Abdallah n’a pas été d’avoir introduit les mercenaires aux Comores, car c’est le fait d’Ali Soilihi, mais d’y avoir pérennisé leur présence et d’en avoir fait le pilier de son régime politique, qui aurait pu perdurer grâce à une sincère ouverture politique, puisque l’homme jouissait d’une large popularité et pouvait se prévaloir d’un vrai charisme».

Ahmed Abdallah Abderemane est né à Domoni, sur l’île d’Anjouan, le 12 juin 1919. Du 26 avril 1959 au 9 avril 1973, il était Sénateur de la Vème République française. Il est l’artisan des Accords de Paris du 15 juin 1973 sur l’indépendance des Comores. Le 26 décembre 1972, il devint Président du Conseil du Gouvernement des Comores, suite à l’étrange motion de censure ayant provoqué le départ du Prince libéral Saïd Ibrahim Ben Saïd-Ali, dont il avait fallu obtenir le renversement moyennant la corruption de certains Députés, dont un de Mohéli qui, après avoir touché 500.000 francs comoriens, avait été séquestré pour être empêché d’aller dévoiler le coup qui se tramait et de changer de camp (il en était bien capable!). Le 6 juillet 1975, Ahmed Abdallah Abderemane proclamait unilatéralement l’indépendance des Comores, et le 3 août 1975, Ali Soilihi le renversait. Le 13 mai 1978, il revint au pouvoir, à la suite d’un coup d’État réalisé par Robert «Bob» Denard et ses mercenaires.
   
Ahmed Abdallah Abderemane est le seul Président comorien qui ne se prévaut d’aucune expertise dans un domaine déterminé: Saïd Mohamed Djohar était un ancien instituteur, Mohamed Taki Aboulkarim se dit ingénieur de l’École nationale des Ponts et Chaussées de Paris (ses détracteurs contestent son diplôme), Azali Assoumani un militaire formé au Maroc et en France, Ahmed Sambi se prévaut d’études en Théologie qui ne lui permettent même pas de traduire et d’interpréter un verset du Coran, et Ikililou Dhoinine est Docteur en Pharmacie. Début octobre 1978, Ahmed Abdallah déclarait: «J’ai repris le pouvoir dont j’avais été illégalement chassé... Dire que la nouvelle Constitution, c’est Ahmed Abdallah tout seul, cela n’est pas vrai. On a tenu compte des idées de tous, même de spécialistes étrangers, pour la mise en forme... L’appel du peuple m’incite à croire que je ne suis pas fini... Le peuple me demande de collaborer. S’il me fait confiance, ce n’est pas parce que je suis beau, fort ou savant. Je suis illettré. C’est donc un mariage et je suis prêt»: cité par Jean-Claude Pomonti: Comores. Le régime de M. Ahmed Abdallah paraît jouir d’un large soutien populaire, Le Monde, Paris, 5 octobre 1978, p. 3. Il fallait porter le nom d’Ahmed Abdallah pour se qualifier d’«illettré».
   
La grand mérite d’Ahmed Abdallah, c’est qu’en son temps, les institutions étaient crédibles: le Président était un vrai Président, le ministre un vrai ministre, le Directeur un vrai Directeur, et on est très loin de la dévalorisation totale des institutions qu’on constate de nos jours. Après Ahmed Abdallah, aucun autre Président comorien n’a eu autant de prestige auprès du peuple. Le cas de Mohamed Taki Abdoulkarim est différent parce que l’adulation dont il faisait l’objet était due à ses partisans et non à la population comorienne en général. Ahmed Abdallah n’était pas un démocrate, mais rien ne l’empêchait d’intégrer dans son régime politique un adversaire. Sous Ahmed Abdallah, la crédibilité internationale des Comores était garantie, la seule ombre au tableau ayant été la présence des mercenaires dans le pays, au détriment de l’État de Droit et de la démocratie.
 

Les plus grands projets de développement économique et social jamais lancés aux Comores l’ont été sous Ahmed Abdallah, et leur échec est collectif. Il a sa part de responsabilité dans cet échec car il a laissé faire. Sous Ahmed Abdallah, les Comores ne connaissaient pas de coupures d’électricité. Malgré ses zigzags, Air Comores existait. L’École comorienne connaissait son âge d’or, et un étudiant comorien pouvait briller à l’Université, même s’il était originaire de l’île de Mohéli, où les professeurs étaient une denrée rare. C’est sous Ahmed Abdallah que l’École nationale d’Enseignement supérieure de Mvouni a été ouverte. Le Baccalauréat comorien bénéficiait d’une homologation française de bon aloi. La France accordait un certain nombre de bourses d’études à cette époque aux étudiants comoriens, contre zéro bourse aujourd’hui. À cette époque, il y avait des Travaux publics et une Santé publique. En résumé, Ahmed Abdallah Abderemane a été un bon chef d’État pour son époque, si l’on tient compte de son capital culturel, d’un faible niveau, et de sa culture d’État, celle d’un Président ayant une conception très rigide du pouvoir. Il était l’homme de son époque et de sa culture. Paix à son âme.

Par ARM
© lemohelien – Mardi 25 novembre 2014.
Nom

A la Une,319,Abdillah Saandi Kemba,90,Abdou Ada Musbahou,56,Abdou Elwahab Msa Bacar,33,Abdoul Anziz Said Attoumane,15,Abdoulatuf Bacar,48,Abdourahamane Cheikh Ali,14,Aboubacar Ben SAID SALIM,39,Actualité Sportive,1539,Adinani Toahert Ahamada,29,Afrique,1410,AHMED Bourhane,231,Akram Said Mohamed,58,Ali Mmadi,163,Ali Moindjié,51,Anli Yachourtu,61,Assaf Mohamed Sahali,28,Ben Ali Combo,393,Biographie,1,Chacha Mohamed,43,COMMUNIQUE (APO),57,Comores - diaspora,689,Comores Développement,88,ComoresDroit,410,COMORESplus,27,Cookies,1,Culture et Société,5428,Daoud Halifa,172,Darchari MIKIDACHE,194,Dhoul-karnayne Abdouroihamane,12,Dini NASSUR,89,Djounaid Djoubeir,78,Economie et Finance,1069,Élections 2016,370,Élections 2019,3,Est africain - Océan Indien,2821,EVENEMENTS,50,Farid Mnebhi,339,France,1402,Hadji Anouar,14,Hakim Mmadi Malik,35,HALIDI IBRAHIM Farid,25,Hamadi Abdou,428,High Tech,782,Ibrahim Abdou Said,1,Idriss Mohamed Chanfi,240,IMAM Abdillah,16,Infos légales,1,Irchad Abdallah,25,Journal Officiel,292,Kamal Abdallah,108,Lettre de Motivation,158,M. Soidrouddyne Hassane,82,Mayotte,2028,MBAE Ahmed Chabdine,11,Mohamed Abdou Hassani,421,Mohamed IBRAHIM MIHIDJAY,104,Mohamed Inoussa,33,Mohamed Soighir,28,Monde,1506,Moudjahidi Abdoulbastoi,30,Nakib Ali Mhoumadi,16,Nakidine Hassane,473,Nassuf Ahmed Abdou,23,Nassurdine Ali Mhoumadi,67,Offres d'emploi,144,Omar Ibn Abdillah,14,Pages,8,Par ARM Lemohelien.com,672,Paul-Charles DELAPEYRE,25,People,420,PERSONNALITÉS COMORIENNES,133,PHILIPPE DIVAY,82,Politique Nationale,4418,Publication Article,1,Rafik Adili,36,SAID HALIFA,20,Said HILALI,54,Said Yassine S.A,77,Saïd-Abdillah Saïd-Ahmed,48,Salwa Mag,133,Santé et bien-être,764,SOILIHI Ahamada Mlatamou,35,Toufé Maecha,421,Toyb Ahmed,235,Transport Aérien,896,Tribune libre,2696,TV DIRECT,3,Youssouf Ben,65,
ltr
item
HabarizaComores.com | Toute l'actualité des Comores: Et si finalement, Ahmed Abdallah Abderemane était un bon Président pour son époque?
Et si finalement, Ahmed Abdallah Abderemane était un bon Président pour son époque?
https://3.bp.blogspot.com/-CPCjfowXdvo/VHQQ0nRyX6I/AAAAAAABd1E/4szpZNCxwYI/s1600/Abdallah%2BA.jpg
https://3.bp.blogspot.com/-CPCjfowXdvo/VHQQ0nRyX6I/AAAAAAABd1E/4szpZNCxwYI/s72-c/Abdallah%2BA.jpg
HabarizaComores.com | Toute l'actualité des Comores
https://www.habarizacomores.com/2014/11/et-si-finalement-ahmed-abdallah.html
https://www.habarizacomores.com/
https://www.habarizacomores.com/
https://www.habarizacomores.com/2014/11/et-si-finalement-ahmed-abdallah.html
true
8268768984551920237
UTF-8
Chargé tous les articles Aucun article trouvé VOIR TOUT Lire la suite Répondre Annuler la réponse Supprimer Par Accueil PAGES ARTICLES Voir tout LA RÉDACTION VOUS CONSEILLE CATÉGORIE ARCHIVE RECHERCHER TOUS LES ARTICLES Aucun article trouvé correspondant à votre recherche Retour à l'Accueil Dimanche Lundi Mardi Mercredi Jeudi Vendredi Samedi Dim Lun Mar Mer Jeu Ven Sam Janvier Février Mars Avril Mai Juin Juillet Août Septembre Octobre Novembre Décembre Jan Fév Mar Avr Mai Jun Jul Aoû Sep Oct Nov Déc juste maintenant il y a 1 minute $$1$$ minutes ago Il ya 1 heure $$1$$ hours ago Hier $$1$$ days ago $$1$$ weeks ago il y a plus de 5 semaines Followers Follow Partagez cet article et Cliquez sur le lien que vous avez partagé pour lire la suite ÉTAPE1: Partager. ÉTAPE 2: Cliquez sur le lien que vous avez partagé pour déverrouiller Copier tout le code Sélectionner tout le code Tout le code a été copié dans votre presse-papier Can not copy the codes / texts, please press [CTRL]+[C] (or CMD+C with Mac) to copy