Sarkozy-Kadhafi: de la trahison aux soupçons de corruption

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La journaliste Catherine Graciet a «la conviction d'avoir identifié et remonté la bonne filière», celle qui mène aux preuves d'un fi...

La journaliste Catherine Graciet a «la conviction d'avoir identifié et remonté la bonne filière», celle qui mène aux preuves d'un financement libyen de la campagne de 2007 de l'ancien président. Une accusation grave, que son livre tente d'étayer.

Peu de temps avant l'intervention militaire en Libye, initiée en grande partie par Nicolas Sarkozy, on se souvient que Seif-el-Islam Kadhafi avait donné une interview à Euronews, diffusée le 16 mars 2011, dans laquelle il tenait des propos accusateurs: «Il faut que Monsieur Sarkozy rende l'argent qu'il a accepté de la Libye. C'est nous qui avons financé sa campagne et nous en avons la preuve.»

Une vraie petite bombe politico-médiatique qui méritait bien un livre pour en faire la preuve…

Dans les rouages de la diplomatie parallèle

L'ouvrage de Catherine Graciet commence par une plongée dans l'univers des intermédiaires économiques et politiques, où les hydrocarbures et les ventes d'armes brassent des millions d'euros. Le système est décrit méticuleusement et pointe directement en direction de Claude Guéant. Alors secrétaire général de l'Elysée, il centralise les négociations avec le Proche-Orient et l'Afrique en endossant le rôle d'un véritable directeur commercial de l'Etat français: avions Rafale, technologies nucléaires, gaz et pétrole, logiciels de surveillance... Un véritable catalogue du savoir-faire hexagonal qui laisse songeur sur l'affaire des tableaux payés en liquide révélée en mai 2013.

On retrouve également un diplomate qui avait fait les bonheurs de la presse en son temps: Boris Boillon, le jeune «Sarkoboy» qui a participé à la négociation en vue de la libération des infirmières bulgares avant de devenir ambassadeur de France en Irak puis en Tunisie. A noter que l'homme s'est depuis reconverti dans le secteur privé et qu'il s'est fait arrêter au mois d'août 2013 avec 350.000 euros en liquide pendant qu'il franchissait la frontière belge...

Les exemples sont visiblement infinis, dans ce petit univers où les fortunes privées ressemblent beaucoup à de l'argent public et où les amitiés bien comprises remplacent allègrement les relations diplomatiques de coopération. Les accords noués entre particuliers pour le compte de grandes sociétés n'oublient jamais la juste rétribution d'intermédiaires qui peinent probablement à arranger des contrats au beau milieu d'un désert gorgé de gaz et de pétrole: Souheil Rached, Alexandre Djouhri, Ziad Takieddine... Mais tout cet argent a-t-il véritablement atterri dans les caisses de Nicolas Sarkozy?

Probabilité et crédibilité: une situation compliquée

Au terme de sa longue enquête, la journaliste Catherine Graciet a «la conviction d'avoir identifié et remonté la bonne filière», celle qui mène aux preuves d'un financement libyen de la campagne de 2007 de l'ancien président. Et d'avoir reconstitué en grande partie le modus operandi de ce financement illicite. Le chiffre avancé est sans équivoque: 57 millions d'euros, versés en deux fois (30 millions, puis 27 millions) à partir de 2006. Une accusation grave, que son livre tente d'étayer, mais force est de constater qu'on reste sur sa faim: beaucoup de choses sont annoncées, mais aucune preuve n'est avancée.

Le scénario est probable, mais rien ne permet de l'affirmer. Les voix sont concordantes, mais la certitude n'est jamais flagrante. Pourtant, les témoins sont crédibles, comme cet ancien haut responsable des comités révolutionnaires (présent lors de négociations entre Français et Libyens à l'hôtel Corinthia à Tripoli), ou comme l'ex-interprète Moftah Missouri (qui assure que Mouammar Kadhafi a débloqué 50 millions à Nicolas Sarkozy). Mais beaucoup d'autres avancent des choses sous couvert d'anonymat, ou évoquent des documents qu'ils sont incapables de produire…

On peut comprendre la prudence des acteurs et des témoins, mais on peut aussi se méfier de toutes ces paroles qui ne sont jamais justifiées. Certes, le livre n'a pas été attaqué en justice, mais cela ne signifie pas qu'il est parole d'évangile : les avocats spécialisés dans l'édition connaissent leur travail. Et l'auteure a d'ailleurs l'honnêteté de dire qu'elle n'a pas vu elle-même les documents évoqués: contenu des négociations, vidéo impliquant un homme politique français... Tout ceci serait détenu par des kadhafistes, qui les divulgueront le moment venu. Reste la question de savoir quel sera ce moment, s'il arrive un jour. On a hâte.

Rémi Raher

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