Mbae Trambwe Mlanao : une mémoire historique de Moindzaza-Mboini. Il faut également distinguer ce Trambwe d’un autre personnage appelé Trambwe de Haba
Mbae Trambwe Mlanao : une mémoire historique de Moindzaza-Mboini
À chaque Grand-Comorien présent ici, rappelons qu’un homme lié à l’histoire de Moindzaza-Mboini et d’Ikoni, appelé Ntibe Mlanao, épousa une femme appelée Madjamou wa Mdombozi.
À cette époque, le village n’était pas encore installé à l’emplacement que nous connaissons aujourd’hui. Les populations vivaient notamment dans des lieux appelés Samba, Hambudou et Hatsanga. C’est dans cet espace historique que naquit Mbae Trambwe.
Il faut également distinguer ce Trambwe d’un autre personnage appelé Trambwe de Habadi, qui serait né à HaNkodje, Kwambani Washili. Dans la tradition rapportée ici, Trambwe de Habadi et Mlanao sont liés à la naissance et à la transmission du nom Trambwe Mlanao.
Le nom Mbae Trambwe est lui-même associé à une histoire particulière. Mbae Trambwe aurait contracté de nombreux mariages dans plusieurs villes et villages et aurait eu de nombreux enfants. C’est cette grande descendance qui aurait contribué à l’association symbolique de son nom avec une espèce rampante aux nombreuses pattes, connue pour sortir notamment le soir et dont la piqûre est redoutée.
Ainsi apparaît la désignation de Trambwe Mlanao de Matswa Pirusa.
Cette référence à Matswa Pirusa n’est pas anodine. Cette lignée est rattachée au Bambao, avant de se prolonger, selon la tradition généalogique, vers le Hambu, Mbude, Mitsamihuli et Mbwanku.
D’autres branches sont rattachées au Hinya Mdombozi de Mbadjini, ainsi qu’au Hinya Fwambaya, présent dans les traditions généalogiques du Hamahame, du Washili et du Dimani.
C’est dans cette histoire familiale et territoriale que nous situons la naissance de Trambwe Mlanao à Moindzaza-Mboini.
Son père possédait une maison construite, selon la tradition familiale, par les Portugais, sur une parcelle appelée Siri-Mbudou. Le nom Siri-Mbndou possède lui aussi une signification particulière dans la mémoire locale. Ceux qui connaissent cette signification savent qu’elle appartient à une histoire et à un savoir transmis.
La maison associée à Madjamou existe encore aujourd’hui sur cette même parcelle. Elle constitue ainsi un élément matériel de cette mémoire.
De Moindzaza-Mboini vers le Washili
Le déplacement de Trambwe Mlanao vers le Washili doit être replacé dans le contexte des guerres et des conflits qui existaient autrefois entre les différentes régions.
À cette époque, le pouvoir dans le Washili était particulièrement exposé. Selon la tradition rapportée, plusieurs rois qui furent intronisés dans cette région ne restèrent pas longtemps au pouvoir et furent victimes de violences.
Le Bambao décida alors de participer à la prise de contrôle du Washili. Mais le groupe s’arrêta à Dzahani Tsidje. Il lui fut conseillé de ne pas poursuivre son chemin afin d’éviter qu’une nouvelle tragédie ne se produise.
Une décision devait donc être prise : qui était suffisamment légitime pour aller diriger le Washili ?
C’est dans ce contexte que Mbae Trambwe fut désigné.
Sa légitimité reposait notamment sur ses différentes appartenances familiales et généalogiques. Sa mère était issue du Hinya Mdombozi, il était également descendant du Hinya Fwambaya, tandis que son origine était rattachée au Hinya Matswa Pirusa.
Dans cette conception traditionnelle, Mbae Trambwe possédait donc déjà une légitimité royale liée à ses différentes ascendances.
Il fut finalement intronisé à Kwambani, dans le Washili, comme roi.
Mais il faut insister sur un point essentiel : Mbae Trambwe devient roi du Washili sans être originaire du Washili
Cette distinction est importante lorsque nous parlons d’une famille historique et de la construction ancienne des pouvoirs dans notre société.
Un roi, mais aussi un homme de parole
Mbae Trambwe ne fut pas seulement considéré comme un roi.
Sa mémoire est également associée à la poésie, à la sagesse et à l’uvendza. Sa parole et ses poèmes ont traversé les générations.
Parmi les lieux associés à sa mémoire figure Pohori, nom donné à une parcelle du Washili, dans un espace appelé Ulanga.
Comme nous avons ici, à Moindzaza-Mboini, des parcelles et des lieux portant des noms qui racontent notre histoire, le Pohori était lui aussi un lieu identifié dans le paysage traditionnel du Washili.
C’est dans cet espace que Mbae Trambwe aurait établi un lieu où il pouvait transmettre ses paroles, développer sa sagesse et composer ses poèmes.
C’est pourquoi le nom Pohori est devenu associé à sa mémoire.
Une mémoire qui nous appartient
Mesdames et Messieurs,
Si nous rappelons aujourd’hui cette histoire, ce n’est pas simplement pour raconter la vie d’un ancien roi.
Nous sommes ici dans un lieu historique.
Nous sommes dans un espace où les générations précédentes ont vécu, se sont déplacées, se sont mariées, ont construit des familles et ont laissé des traces.
Nous parlons de Ntibe Mlanao, de Madjamou wa Mdombozi, de Mbae Trambwe, de Matswa Pirusa, du Hinya Mdombozi, du Hinya Fwambaya, du Bambao, du Washili, du Hambu, du Mbadjini, du Hamahame, du Dimani, mais aussi de Moindzaza-Mboini, qui occupe une place particulière dans cette histoire.
Nous sommes également dans une famille historique liée à Bwana Hazir, considéré dans cette tradition comme le Ntibe du Bambao.
Voilà pourquoi la transmission de cette mémoire est essentielle.
Car lorsqu’un lieu disparaît de notre mémoire, ce n’est pas seulement un nom qui disparaît : c’est une partie de notre histoire qui disparaît avec lui.
Aujourd’hui, nous avons donc la responsabilité de raconter cette histoire aux générations futures, de préserver les noms des lieux, les généalogies, les traditions, les poésies et les paroles de nos anciens.
Moindzaza-Mboini n’est pas seulement un village. C’est aussi un lieu de mémoire.
Et l’histoire de Mbae Trambwe Mlanao nous rappelle que les liens entre les villages, les familles et les régions de la Grande-Comore sont beaucoup plus anciens et beaucoup plus complexes que les frontières que nous connaissons aujourd’hui.
ISMAEL De Charif

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