L’Université des Comores : l’urgence d’une réforme fondée sur l’excellence et la souveraineté. Tant que les promotions dépendront du bon vouloir des a
L’Université des Comores : l’urgence d’une réforme fondée sur l’excellence et la souveraineté
Le principal problème de l’Université des Comores réside aujourd’hui dans sa gouvernance , comme je l’avais expliqué dans mon précédent post, et en particulier dans l’application de la loi n° 14-024/AU. Cette loi était censée offrir davantage de garanties en faveur d’un enseignement supérieur de qualité. Pourtant, dans les faits, elle a ouvert la voie à la médiocrité et favorisé des pratiques qui affaiblissent l’exigence académique.
Pour redresser la situation, plusieurs mesures s’imposent.
Tout d’abord, l’État devrait renforcer l’enseignement secondaire par l’ouverture de nouveaux lycées et y affecter les enseignants de l’UDC qui ne disposent pas encore d’une thèse de doctorat. Un délai raisonnable de trois ans pourrait leur être accordé afin de régulariser leur situation et d’obtenir le niveau de qualification requis pour exercer dans l’enseignement supérieur.
Ensuite, les Comores doivent s’engager résolument dans l’intégration au CAMES. Cette adhésion permettrait d’aligner notre système universitaire sur des standards académiques reconnus à l’échelle régionale et internationale, de garantir la qualité de l’enseignement supérieur et d’assurer une évolution de carrière fondée sur le mérite, les compétences et la production scientifique.
Ainsi, lorsqu’un enseignant est inscrit sur les listes d’aptitude des Comités Techniques Spécialisés (CTS) ou admis à un concours d’agrégation, l’État est tenu de prendre sans délai les arrêtés nécessaires afin de lui reconnaître pleinement les droits attachés à son nouveau grade, tant sur le plan statutaire que financier.
Tant que les promotions dépendront du bon vouloir des autorités ou de simples critères d’ancienneté, l’université restera prisonnière de la médiocrité.
Comment peut-on accepter qu’une personne accède au grade de maître de conférences, comme le prévoit la loi dans ses dispositions relatives à l’avancement, après seulement quatre années d’ancienneté et avec deux (2) publications scientifiques ? Une telle pratique ne favorise ni l’excellence ni la recherche de qualité. Elle contribue, au contraire, à banaliser l’insuffisance académique et à affaiblir la crédibilité de l’institution universitaire.
Il est temps d’oser dire les choses telles qu’elles sont : sans réforme profonde, l’Université des Comores risque davantage de ressembler à un lycée prolongé qu’à une véritable université, fondée sur la recherche, l’innovation et la production du savoir.
Cela fait maintenant près de deux décennies que cette institution avançe dans le tâtonnement, les compromis et les demi-mesures. Or, l’avenir de l'enseignement supérieur de ce pays ne peut plus être sacrifié au manque de vision et de courage politique.
Nous sommes nombreux à disposer des compétences, de l’expérience et de la volonté nécessaires pour contribuer à cette transformation.
Oubliez la politique et la partisanerie et donnez-nous la possibilité d’agir, dans l’indépendance, la transparence et dans le seul intérêt de l’enseignement supérieur comorien.
L’université doit jouer son rôle d'espace d’excellence, de mérite et de souveraineté intellectuelle au service du développement national.
Abou Achraf Charahabil
Professeur titulaire des universités.

COMMENTAIRES