Le réveil de la prière ne doit pas devenir une nuisance. Nous ne sommes plus à l’époque où l’information circulait uniquement par la voix humaine. Auj
Le réveil de la prière ne doit pas devenir une nuisance
La prière est un acte de foi et personne ne remet en cause son importance. Mais devons-nous nécessairement réveiller tout un quartier, parfois plusieurs fois, avec des haut-parleurs poussés au maximum, pour rappeler qu’il est l’heure de se lever pour prier ?
Nous ne sommes plus à l’époque où l’information circulait uniquement par la voix humaine. Aujourd’hui, chacun possède une montre, un téléphone, une alarme ou connaît simplement les horaires des prières. La technologie nous permet de savoir précisément quand il est temps de se lever.
Dans nos villages, plusieurs mosquées peuvent parfois utiliser leurs haut-parleurs en même temps. Au petit matin, le volume peut devenir particulièrement important. Or, derrière les murs des maisons, il y a des enfants qui dorment, des personnes âgées, des travailleurs qui doivent se lever tôt et aussi des personnes malades qui ont besoin de repos.
La question n’est donc pas : « Faut-il prier ? » Bien sûr que oui.
La vraie question est : « Comment pouvons-nous appeler à la prière tout en respectant ceux qui dorment, ceux qui travaillent et ceux qui souffrent ? »
Des solutions concrètes sont possibles
Il ne s’agit pas nécessairement de supprimer les haut-parleurs, mais de mieux les utiliser.
1. Réduire le volume, surtout la nuit et tôt le matin.
L’appel à la prière peut rester parfaitement audible à proximité de la mosquée sans être entendu à plusieurs centaines de mètres avec une puissance excessive.
2. Limiter les haut-parleurs tournés vers l’extérieur.
Les haut-parleurs extérieurs pourraient être réservés à l’adhan lui-même, tandis que les récitations, rappels et autres annonces seraient diffusés uniquement à l’intérieur de la mosquée.
3. Éviter la multiplication inutile du son dans un même village.
Lorsque plusieurs mosquées sont proches les unes des autres, il serait possible de se concerter pour éviter que plusieurs systèmes sonores fonctionnent simultanément à un volume très élevé.
4. Utiliser davantage les moyens modernes.
Les fidèles peuvent programmer une alarme sur leur téléphone, utiliser des applications donnant les horaires de prière ou simplement suivre un calendrier précis. La technologie peut compléter la tradition au lieu de nous obliger à augmenter constamment le volume.
5. Mettre en place des règles locales raisonnables.
Chaque village pourrait réunir les responsables des mosquées, les habitants, les représentants des familles et, pourquoi pas, des professionnels de santé afin de définir ensemble des horaires et des niveaux sonores respectueux de tous.
6. Protéger particulièrement les horaires de sommeil.
Le moment qui mérite le plus de réflexion est celui de la prière de l’aube. Il faut se demander si l’intensité sonore utilisée est réellement nécessaire lorsqu’elle risque de réveiller des personnes qui ne sont pas concernées par l’appel, notamment les malades, les personnes âgées et les jeunes enfants.
7. Faire évoluer les mentalités sans opposer religion et modernité.
Changer le volume des haut-parleurs ne signifie pas abandonner la religion. Une société peut conserver ses pratiques spirituelles tout en adaptant leur organisation aux réalités de son époque.
Une réflexion collective plutôt qu'une confrontation
Cette question devrait être abordée avec respect. Il ne faut pas opposer les pratiquants aux personnes qui souhaitent dormir, ni présenter ceux qui demandent une réduction du volume comme des personnes hostiles à la religion.
Au contraire, nous pouvons considérer cela comme une question de bon voisinage, de santé, de respect et de responsabilité collective.
La mosquée doit rester un lieu de spiritualité et de rassemblement. Mais elle se trouve aussi au milieu d'une communauté où vivent des personnes différentes, avec des besoins différents.
Le malade a besoin de dormir.
L’enfant a besoin de dormir.
La personne âgée a besoin de dormir.
Le travailleur qui commence tôt a besoin de dormir.
Et le fidèle qui souhaite prier mérite également de pouvoir pratiquer sa religion sereinement.
Il ne s'agit donc pas de choisir entre la religion et le respect des autres. Nous pouvons avoir les deux.
Aux Comores, nous avons l’occasion de réfléchir à une pratique plus équilibrée : un appel à la prière audible, mais maîtrisé ; une mosquée active, mais respectueuse de son voisinage ; une tradition préservée, mais adaptée aux réalités d'aujourd'hui.
La prière doit réveiller les consciences, pas nécessairement réveiller tout le village.
C’est justement parce que nous voulons préserver le respect de la religion et la vie en communauté que nous devons avoir le courage de discuter de ces sujets.
ISMAEL De Charif

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