Sommes-nous à la veille d'un nouvel ordre mondial ? (Suite et fin) Nous avons écrit le 27 juillet dernier que la Chine talonne les États...
Sommes-nous à la veille d'un nouvel ordre mondial ? (Suite et fin)
Nous avons écrit le 27 juillet dernier que la Chine talonne les États-unis dans le leadership mondial.
Seconde économie mondiale derrière l'Amérique en termes de PIB par habitant, la Chine devance cette dernière au regard du PIB en parité de pouvoir d'achat, c'est dire du PIB ajusté au coût de la vie.
Le soft power chinois fait des progrès avec la multiplication des instituts Conficius et l'octroi de bourses d'études généreuses aux étudiants et aux cadres issus du Sud global notamment des pays africains même s'il est loin d'égaler la "puissance douce" américaine engendrée par Hollywood, la forte créativité de son industrie musicale, son rayonnement sportif, la domination du marché du numérique, le prestige de ses grandes universités telles que Harvard et Stanford et la prédominance de l'anglais dans les publications scientifiques et dans les échanges internationaux.
La puissance militaire chinoise est en forte expansion notamment dans la marine de guerre, un domaine où pendant longtemps les USA n'avaient pas de concurrent. Les choses sont claires : l'Empire du Milieu vise la parité stratégique avec le pays de l'Oncle Sam.
Les tensions sont vives dans le Pacifique, un océan dont les 2 États sont riverains et qui baigne les côtes de 10 des 20 premières économies mondiales dont la Russie et le Japon, 2 pays alliés respectivement à Beijing et à Washington. Cette concentration de puissances économiques et/ou militaires autour d'un océan qui porte curieusement le nom de "Pacifique" interroge le célèbre proverbe africain :"il n'y a pas de place pour 2 crocodiles dans le même marigot".
Faudrait-il en déduire que cette course aux armements débouchera inéluctablement sur une guerre entre les 2 nations ? Ou, contrairement à une coutume funeste bien établie, pourrions-nous, sans sombrer dans un optimisme béat, envisager un nouvel ordre géopolitique sans que les puissances rivales aient à régler la question de l'hégémonie mondiale à coups de canons ?
J'opte pour la seconde possibilité…pour la simple et bonne raison que depuis la seconde guerre mondiale les grandes puissances font tout pour éviter de s'affronter directement.
Pendant la guerre de Corée (25 juin 1950-27 juin 1953), ce sont des "volontaires" et non l'armée officielle chinoise qui ont affronté les Américains aux côtés des troupes nord coréennes, Pékin ne voulant pas assumer une guerre contre Washington.
Le chef du contingent americain en Corée, le général Mac Arthur, fut relevé immédiatement de son commandement lorsqu'il a menacé de bombarder le territoire chinois. Le président américain Truman, celui-là même qui avait ordonné quelques années plus tôt le lancement des bombes atomiques sur Hiroshima et Nagasaki, craignait l'entrée en guerre aux côtés de la République populaire de Chine d'une Union soviétique détentrice de l'arme nucléaire depuis 1949.
Pendant la guerre du Vietnam, l'URSS et la Chine n'ont pas envoyé des hommes pour se battre contre les Américains. Ils se contentaient de livrer des armes aux Vietnamiens.
Les deux puissances communistes ont adopté la même prudence pendant la guerre qui a opposé les indépendantistes algériens à la France et se sont limitées à un soutien diplomatique et logistique.
Les Occidentaux ont livré des armes aux résistants afghans contre l'invasion soviétique mais n'ont pas engagé leurs troupes.
Dans le conflit en cours entre l'Ukraine et la Russie, cette dernière n'affronte pas sur le terrain des soldats occidentaux, du moins officiellement. La Chine et la Russie n'interviennent pas non plus directement aux côtés de l'Iran dans la guerre qui l'oppose aux États-unis et à Israël.
Qu'est-ce qui tempère alors la folie guerrière des grandes puissances militaires ? UN CHIFFRE TERRIFIANT ET 2 IMAGES APOCALYPTIQUES. Leurs états-majors sont hantés par les 80 millions de morts de la seconde guerre mondiale aux 4 coins du globe ET les champignons atomiques sur Hiroshima et Nagasaki. Des guerres par procuration ? Oui, il y en aura toujours. Des confrontations directes ? Non, je ne le pense pas.
Abdourahamane Cheikh Ali

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