Sommes-nous à la veille d'un nouvel ordre mondial ? Comment en sommes-nous arrivés là ? L'ONU a été créée pour préserver la paix et la sécurité collec
Sommes-nous à la veille d'un nouvel ordre mondial ?
Dans quelques jours, plus précisément le 30 juillet, débutera au Palais de verre sis à New York l'élection du nouveau secrétaire général de l'ONU. La désignation de l'homme ou de la femme qui va diriger la plus importante organisation de notre système multilatéral ne semble intéresser grand monde tant l'ONU traîne la réputation d'une organisation inefficace, partiale et sous la botte d'un conseil de sécurité faiblement représentatif de la diversité des États membres de l'organisation. Les griefs sont nombreux : guerres civiles qui s'éternisent avec leur lot de crimes contre l'humanité et de crimes de guerre, impunité de certains États coupables d'usage illégal de la force, politique du 2 poids 2 mesures, abus du privilège attaché au statut de membre permanent du conseil de sécurité.
Comment en sommes-nous arrivés là ? L'ONU a été créée pour préserver la paix et la sécurité collective par le règlement pacifique des différends entre les États et, le cas échéant, par la prise de mesures coercitives ou carrément l'usage de la force contre les États qui menacent la paix (Chapitre VII). Certes, l'ONU est un sanctuaire de l'idéal humaniste, une tribune universelle où chaque État dispose d'une voix.
Mais elle traduit aussi le nouveau rapport de forces issu de la seconde guerre mondiale à travers notamment le Conseil de sécurité. Chacun de ses 5 membres permanents peut bloquer unilatéralement (le fameux droit de veto) toute décision des Nations unies. Et ces 5 pays sont les principaux vainqueurs de la Seconde guerre mondiale : États-unis, Union soviétique à laquelle a succédé la Russie, le Royaume Uni, la France et la Chine. C'est une constante des relations internationales :
les guerres de grande envergure ont toujours accouché d'un nouvel ordre géopolitique.
I.Les Traités de Westphalie qui ont mis fin à la Guerre de Trente Ans (1618-1648) ont :
- enterré définitivement l'impérium du catholicisme au Saint-Empire romain germanique en consolidant d'une part le principe du "cujus regio, ejus religio" selon lequel chaque prince territorial au sein de l'Empire choisit le courant religieux pour son propre État, et d'autre part la coexistence pacifique entre le catholicisme, le luthéranisme et le calvinisme.
- redéfini les équilibres politiques et religieux en Europe : la Suède s'impose comme la puissance dominante en Europe du Nord aux dépens du Danemark, l'Espagne plonge dans le déclin et la France supplante le Saint-Empire romain germanique pour le statut de 1ère puissance d'Europe continentale.
- redessiné sa carte avec notamment l'agrandissement de la France et l'indépendance des Provinces Unies (devenus les Pays Bas) et de la Suisse par rapport respectivement à l'Espagne et au Saint-Empire romain germanique dominé par l'Autriche.
- et ont planté les germes du concept de droit des peuples à disposer d'eux-mêmes avec l'adoption de la langue commune comme élément d'identification et de réunification.
II. La défaite de Napoléon en juin 1815 signe le retour à "l'équilibre des puissances" et instaure un Concert européen dominé par l'Autriche, la Prusse, la Russie et l'Angleterre et dans lequel la France, jadis puissance dominante, est relégué à un statut secondaire. L'Angleterre profite de l'affaiblissement de la France pour dominer les mers et les océans, pour s'imposer comme premier empire colonial et in fine pour s'ériger comme la première puissance mondiale.
IlI. La fin de la Seconde guerre mondiale propulse l'Amérique au rang de 1ère superpuissance, grâce à la fois au poids considérable de son économie, à sa puissance militaire et technologique et au rôle prépondérant du dollar dans les échanges internationaux. Elle exerce un condominium sur le reste du monde en concurrence avec l'Union soviétique, dont les armées sont entrées à Berlin et ont libéré l'Europe orientale et centrale, jusqu'à la dissolution du Pacte de Varsovie (alliance politique et militaire regroupant l'Union soviétique et 7 pays d'Europe de l'Est) en juillet 1991. La crise du Canal de Suez intervenue du 29 octobre au 7 novembre 1956 illustre parfaitement cette nouvelle donne au sommet de la hiérarchie mondiale. Le Royaume-Uni et la France sont contraints de retirer leurs troupes du territoire égyptien face aux menaces d'intervention de l'Urss et aux pressions économiques et financières américaines.
IV La dissolution du Pacte de Varsovie a été suivie par la désintégration de l'Union soviétique le 26 décembre 1991. La Guerre froide se solde ainsi par le triomphe des USA. La Russie a cessé d'être le Grand Frère d'une famille communiste qui n'existe plus. Ni en Europe ni ailleurs. L'OTAN s'est élargie jusqu'à ses frontières. Avec ces événements, l'imperium des États-unis s'exerce sans contrepoids jusqu'au début des années 2000.
V. Sommes-nous à la veille d'un nouvel ordre mondial ?
L'ancien ministre français affaires étrangères, Hubert Védrine, a qualifié "d'hyperpuissance" ce que fut le statut des États-unis après la dislocation de l'Union soviétique. Les USA écrasaient la concurrence dans tous les domaines. Ils étaient les seuls maîtres à bord sur le navire planétaire. Ce monopole a duré une dizaine d'années. Nous assistons à des bouleversements au sommet de la hiérarchie mondiale depuis le début des années 2000. La Russie se relève du chaos économique (traduit notamment par l'effondrement de son PIB de plus de 50%) et de l'effacement géopolitique qui ont caractérisé la présidence de Boris Eltsine. Poutine veut faire jouer de nouveau un rôle majeur à la Russie sur la scène internationale. Même si son pays ne dispose plus des mêmes atouts en termes d'alliances et de prestige que la défunte Union soviétique dont il a hérité l'arsenal nucléaire et le siège de membre permanent du conseil de sécurité de l'ONU.
L'économie de la Chine a été dopée par son adhésion à l'OMC le 11 décembre 2001. Elle est occupe aujourd'hui le second rang dans le monde aussi bien en termes de puissance économique qu'en ce qui concerne les échanges de biens et services derrière respectivement les États-unis et l'Union européenne. La Chine est devenue "l'usine du monde" et ambitionne de devenir "le laboratoire du monde" au détriment des États-unis. Ce qui est curieux c'est que sans les Américains, la Chine n'aurait pu devenir membre de l'OMC. Par cette adhésion, les Occidentaux pensaient conduire la Chine à libéraliser son système politique. Ils pensaient surtout la domestiquer.
"Le commerce adoucit les moeurs", dit-on. Au contraire, la prospérité engendrée par l'ouverture au commerce a offert à la Chine les moyens de financer ses ambitions militaires et de viser la parité stratégique avec les Américains.
L'Amérique est toujours leader du championnat mais elle est talonnée par la Chine. Nous assistons au dernier match de la saison. L'équipe de Beijing parviendra-t-elle à faire craquer la défense de Washington et à remporter le titre ?
Abdourahamane Cheikh Ali

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