Quand l’être humain devient une marchandise politique. C’est dans cette logique que je regarde avec une profonde inquiétude le cas d’Ahmed Abdallah Sa
Quand l’être humain devient une marchandise politique
Le capitalisme renvoie parfois l’être humain à un simple statut d’objet, comme il tend à le faire avec l’ensemble du vivant : une valeur que l’on mesure, que l’on échange et que l’on abandonne lorsqu’elle ne sert plus les intérêts du moment.
C’est dans cette logique que je regarde avec une profonde inquiétude le cas d’Ahmed Abdallah Sambi. Comment peut-on accepter qu’un ancien président de la République reste privé de liberté pendant tant d’années, alors que sa situation soulève depuis longtemps des interrogations sur ses droits, ses conditions de détention et, aujourd’hui, sur son état de santé ? Des organisations avaient déjà dénoncé sa détention prolongée et demandé sa libération.
Je suis également surpris par le silence relatif de grandes puissances et d’organisations internationales. Où sont la France, l’Union africaine, les Nations unies lorsque les principes qu’elles défendent semblent être mis à l’épreuve aux Comores ?
La présence française dans l’archipel donne parfois l’impression d’une diplomatie davantage préoccupée par ses intérêts stratégiques que par la défense constante des principes démocratiques. Cette perception est d’autant plus préoccupante que l’image de la France s’est considérablement dégradée dans plusieurs régions du monde.
Depuis l’arrivée d’Emmanuel Macron au pouvoir, la France semble vouloir défendre ses intérêts à tout prix. Mais à force de privilégier les intérêts immédiats, ne risque-t-elle pas de perdre précisément ce qu’elle cherche à préserver : son influence, sa crédibilité et la confiance des peuples ?
Dans l’affaire Sambi, je ne veux pas prétendre connaître toutes les tractations qui se déroulent derrière les portes fermées. Mais une question demeure : la raison d'État et les intérêts géopolitiques peuvent-ils justifier que l'on détourne le regard devant le sort d'un homme ?
Aux Comores, le pouvoir d’Azali Assoumani et de son entourage semble s’être construit autour d’une volonté de conservation du pouvoir à tout prix. La condamnation de Sambi à la perpétuité, après plusieurs années de détention, ne peut donc pas être regardée uniquement comme une simple affaire judiciaire. Elle mérite une véritable attention internationale et un examen indépendant des conditions dans lesquelles cette affaire s'est déroulée.
Ce qui me choque le plus, finalement, ce n’est pas seulement le sort réservé à Sambi. C’est la facilité avec laquelle un être humain peut devenir une monnaie d’échange dans les rapports de force entre États.
Lorsque les intérêts politiques deviennent plus importants que la dignité humaine, c’est toute notre conception de la justice qui est mise en danger.
Sambi ne devrait pas être une monnaie politique. Il devrait rester, avant tout, un être humain dont les droits doivent être respectés.
ISMAEL De Charif

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