Quand le mépris se déguise en savoir...« Le pire des ignorants n’est pas celui qui ne sait pas, mais celui qui méprise le savoir chez les autres pour.
« Le pire des ignorants n’est pas celui qui ne sait pas, mais celui qui méprise le savoir chez les autres pour masquer ses propres limites. » — Socrate
Depuis quelque temps, certains chroniqueurs se sont arrogé le droit de distribuer les brevets de compétence et d’incompétence à longueur d’émissions. Dans Nkwa Dzitso, son chroniqueur s’autorise régulièrement des jugements sans nuance, des condamnations sans appel et des attaques dirigées contre des hommes et des femmes qui ont choisi de consacrer leur énergie, leur expérience et leurs compétences au service des Comores.
Soyons clairs : personne n’est contre la critique. Personne n’est contre la méritocratie. Bien au contraire. Mais lorsque la critique devient une entreprise systématique de démolition morale, lorsqu’elle se transforme en mépris permanent envers ceux qui servent l’État, elle cesse d’être un exercice utile au débat public pour devenir une forme de dénigrement.
Affirmer que le pays va mal parce que certains responsables ne mériteraient pas leurs fonctions est une accusation grave. C’est aussi une manière injuste de réduire le travail de nombreux cadres, fonctionnaires, diplomates, enseignants, médecins, ingénieurs, militaires et serviteurs de l’État qui, chaque jour, essaient de faire avancer le pays dans des conditions souvent difficiles.
Ceux que l’on met en cause avec tant de facilité ne sont pas des figures abstraites ni des bénéficiaires sans parcours. Ils sont, pour beaucoup, le produit d’années de formation, d’expérience et d’engagement. Certains ont acquis leurs compétences dans des environnements exigeants, parfois à l’étranger, avant de choisir de les mettre au service de l’État et de l’intérêt national.
Dans un pays comme le nôtre, où les défis institutionnels, économiques et sociaux restent considérables, le retour des compétences et leur engagement dans l’administration, la diplomatie, la sécurité, la santé, l’éducation ou les secteurs stratégiques ne devraient pas être tournés en dérision. Ils devraient être considérés comme une ressource nationale.
Beaucoup auraient pu faire d’autres choix. Certains auraient pu poursuivre leur trajectoire professionnelle ailleurs, dans des cadres plus confortables, plus stables ou mieux rémunérés. Mais ils ont choisi de revenir, de servir et d’assumer une part de responsabilité dans la construction nationale.
Ce choix n’interdit évidemment pas la critique. Mais il impose au moins une chose : que cette critique soit juste, argumentée et respectueuse. Car on ne renforce pas un État en discréditant systématiquement ceux qui acceptent d’y travailler.
Je rends également hommage à celles et ceux qui ont choisi de servir d’autres pays, des organisations internationales ou le secteur privé à l’étranger. Leur parcours est respectable et leurs réussites honorent aussi les Comores. Chacun est libre de choisir sa voie.
Mais puisque nous respectons leur choix, qu’ils respectent le nôtre.
Ce qui devient préoccupant, c’est cette tendance à donner des leçons de patriotisme, de leadership et de gouvernance sans jamais accepter l’épreuve de la réalité politique.
À force d’expliquer comment gouverner le pays, une question simple mérite d’être posée : quand ces leçons seront-elles appliquées ?
Dans toute démocratie, l’accès au pouvoir passe d’abord par les urnes. Les idées, aussi brillantes soient-elles, ne gouvernent pas seules. Elles doivent être portées devant le peuple, défendues dans le débat public et soumises au verdict démocratique.
Or, où sont ces grands donneurs de leçons lorsque viennent les échéances électorales ?
L’argument est souvent le même : les élections seraient truquées. Mais c’est un raccourci qui ne peut pas, à lui seul, remplacer l’engagement politique.
Pour contester une élection, encore faut-il participer au combat : présenter des candidats, mobiliser des électeurs, défendre un programme, surveiller les bureaux de vote et affronter le verdict des urnes.
On ne peut pas abandonner le terrain politique avant le match et expliquer ensuite sa défaite uniquement par l’arbitrage.
La démocratie exige du courage : celui de convaincre, de se présenter devant le peuple, d’accepter la victoire comme la défaite.
Et puisque certains aiment décrire un pays où régnerait une dictature absolue, observons aussi les faits avec honnêteté.
Les Comores sont un pays singulier. On y dénonce parfois une oppression permanente, mais l’on y revient aussi célébrer des grands mariages, accomplir les traditions familiales, recevoir les honneurs sociaux et repartir librement avec le prestigieux statut de Mdru Mdzima.
Mieux encore, certains organisent des conférences de presse dans les îles, critiquent sévèrement les autorités, dénoncent publiquement le pouvoir en place et repartent sans être inquiétés.
Il faut saluer cet espace d’expression, même lorsqu’il accueille des positions très critiques. Cela ne signifie pas que tout est parfait. Cela ne signifie pas que nos institutions ne doivent pas être améliorées. Mais cela montre que les caricatures simplistes ne résistent pas toujours aux faits.
Les Comores ont besoin de débats, de critiques et de contradicteurs. Mais elles ont surtout besoin d’honnêteté intellectuelle.
Car il est facile de dénigrer ceux qui construisent lorsque l’on reste soi-même à l’abri des responsabilités. Il est facile de condamner ceux qui agissent lorsque l’on n’assume jamais les conséquences de ses propres choix. Il est facile de transformer un micro en tribunal lorsque l’on ne se soumet jamais au jugement du peuple.
Les serviteurs de l’État ne demandent ni privilèges ni immunité contre la critique. Ils demandent simplement le respect dû à leur engagement.
Nous refusons que le militantisme politique se déguise en expertise objective.
Nous refusons que les ambitions personnelles se présentent comme des vérités absolues.
Nous refusons que les plateaux médiatiques deviennent des espaces de calomnie permanente contre tous ceux qui ont fait le choix de servir la Nation.
À ceux qui prétendent détenir seuls les solutions pour les Comores, nous lançons une invitation simple : quittez le confort de la contestation permanente, venez sur le terrain, confrontez vos idées au peuple, participez au débat démocratique et contribuez concrètement à la construction nationale.
Car l’avenir des Comores ne sera pas bâti par ceux qui insultent ses serviteurs, mais par ceux qui acceptent d’assumer leurs responsabilités.
L’histoire retient rarement les contempteurs. Elle se souvient toujours des bâtisseurs.
« La véritable marque de la grandeur n’est pas de rabaisser les autres, mais de les traiter avec dignité. » — Emmanuel Kant
Houmed MSAIDIE

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