Manifestement, nos analyses vous dérangent davantage que vous ne voulez l’admettre

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Manifestement, nos analyses vous dérangent davantage que vous ne voulez l’admettre. Les Comores manquent toujours d’eau potable, d’emplois, d’infrastr

Monsieur Houmed Msaidié,

Manifestement, nos analyses vous dérangent davantage que vous ne voulez l’admettre

Je vous remercie d’avoir consacré une si longue tribune à ma chronique "Nkwadzitso". Manifestement, nos analyses vous dérangent davantage que vous ne voulez l’admettre.

Votre texte repose sur un argument devenu classique : ceux qui vivent à l’étranger n’auraient pas le droit de critiquer ceux qui gouvernent à l’intérieur. En somme, vous vous attribuez le monopole du courage parce que vous êtes sur place. Mais de quel courage parlons-nous exactement ? Le courage se mesure-t-il à la proximité avec le pouvoir ou aux résultats obtenus pour le peuple ?

Car après plus de cinquante ans d’indépendance, alors que vous avez accompagné, soutenu ou servi presque tous les régimes qui se sont succédé, quel bilan concret présentez-vous aux Comoriens ?

Les faits sont têtus.
Les Comores manquent toujours d’eau potable, d’emplois, d’infrastructures, de routes, d’écoles performantes, d’un système de santé digne de ce nom. La jeunesse continue de chercher son avenir ailleurs. Les crises politiques se succèdent. Les mouvements sociaux se multiplient.

Et pourtant, ce sont toujours les mêmes visages qui passent d’un régime à l’autre sans jamais rendre de comptes. Vous nous expliquez que les idées doivent passer par les urnes.
Lesquelles ?

Les urnes du « Gwa Ndzima », ce slogan dont vous êtes l’un des concepteurs et qui est devenu dans l’imaginaire collectif le symbole d’élections jouées d’avance dès le premier tour ?
Vous nous parlez de démocratie alors que depuis des années les Comores vivent sans véritables débats contradictoires entre candidats. Vous refusez la confrontation publique des idées mais vous exigez que l’opposition valide les résultats du système que vous contrôlez.

C’est une conception bien particulière de la démocratie. Vous affirmez que nous devrions quitter « le confort de la contestation ».

Quel confort ?
Celui qui consiste à dénoncer les échecs d’un pouvoir installé depuis des décennies ?
Celui qui consiste à exercer un regard critique là où d’autres exigent l’applaudissement permanent ?

J’ai toujours dit publiquement aux Comores ce que je dis à l’étranger. Je l’ai dit devant les Comoriens, je l’ai dit lors de mes passages au pays et je le répète aujourd’hui.

Je ne remercie personne de ne pas avoir été emprisonné. Ne pas être emprisonné pour avoir exprimé une opinion n’est pas une faveur du pouvoir. C’est un droit fondamental.

Et si certains opposants, journalistes ou citoyens ont été arrêtés, intimidés ou réduits au silence, ce n’est certainement pas un argument en faveur de votre démonstration. Vous passez aussi votre temps à opposer les Comoriens de l’intérieur à ceux de l’extérieur, comme si la diaspora devait se contenter d’envoyer de l’argent et se taire.

Non. Les Comores appartiennent autant à ceux qui vivent à Moroni, Mutsamudu, Fomboni ou à Mayotte qu’à ceux qui vivent à Marseille, Paris, Bruxelles ou ailleurs.

Nous avons notre mot à dire.
Que cela vous plaise ou non.
Dire que certains responsables ne sont pas préparés aux fonctions qu’ils occupent n’est pas une insulte. C’est parfois un constat. Et lorsque certains représentants du pays prennent la parole à l’étranger ou à l’intérieur du pays, même sans contradition, ils démontrent malheureusement eux-mêmes les limites de leurs compétences.

Vous nous demandez de respecter ceux qui servent l’État. Le respect ne se décrète pas.
Il se mérite par les résultats. Or les résultats sont là, visibles par tous : un pays qui peine à répondre aux besoins les plus élémentaires de sa population. Vous écrivez que l’Histoire retient les bâtisseurs.

Je partage cette idée.
Mais justement, après tant d’années au cœur du système, où sont les ouvrages ? Où sont les transformations structurelles ? Où sont les avancées historiques que les Comoriens devraient célébrer aujourd’hui ?

Les Comoriens ne sont pas ingrats.
Ils savent reconnaître les réalisations quand elles existent. Le problème est qu’ils cherchent encore les vôtres.

Enfin, retenez ceci : il n’existe aucun pouvoir sans opposition. Aucun. Vous pouvez monopoliser le terrain politique par la force, par la ruse, par le contrôle des institutions ou par l’intimidation.
Vous pouvez tenter de discréditer les voix critiques. Vous pouvez vouloir bâillonner la diaspora après avoir voulu réduire au silence certains opposants à l’intérieur.

Mais vous n’échapperez jamais à la critique.
Les réseaux sociaux ont changé les règles du jeu.
Vos discours, vos décisions et vos actes seront observés, analysés et contestés si besoin.
C’est cela aussi la démocratie.

Et si vous êtes réellement convaincus du soutien populaire dont vous vous réclamez, alors osez enfin des élections libres, transparentes, crédibles et équitables. Ce jour-là, chacun découvrira réellement ce qu’il représente dans ce pays.

D’ici là, nous continuerons à parler.
Parce que ce pays est aussi le nôtre.
Parce que nous refusons le silence.
Et parce que l’amour des Comores ne consiste pas à applaudir ses dirigeants, mais à exiger qu’ils rendent des comptes à leur peuple.

IBRAHIM Mahafidh Eddine

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