L’avenir des Comores s’écrit avec sa jeunesse et ses femmes. La mobilisation populaire du 11 au 18 mai 2026 contre l’augmentation brutale des prix des
L’avenir des Comores s’écrit avec sa jeunesse et ses femmes
« Les femmes aux Comores sont plus courageuses que les hommes. Depuis celles d’Iconi qui se jetèrent du haut de la falaise pour échapper aux pirates malgaches ; s’il advient qu’un jour les Comores soient dirigées par une femme, ce sera leur salut ! Il y a ici beaucoup de Benazir Bhutto en herbe. » Bob Denard[1]
La mobilisation populaire du 11 au 18 mai 2026 contre l’augmentation brutale des prix des carburants a permis de mettre en lumière une réalité que beaucoup pressentaient déjà : la fragilité du pouvoir du colonel Azali Assoumani face à une contestation populaire massive et organisée.
Depuis son retour au pouvoir le 26 mai 2016, à l’issue d’une élection présidentielle controversée, les Comores ont connu une concentration croissante du pouvoir entre les mains de l’exécutif. De nombreux citoyens dénoncent un recul des libertés publiques, un affaiblissement des institutions de contrôle et une réduction progressive des espaces d’expression démocratique.
Au fil des années, plusieurs institutions considérées comme des contre-pouvoirs ont été affaiblies ou supprimées, notamment la Cour constitutionnelle. Face à cette évolution, la population a régulièrement exprimé son mécontentement. Cependant, les mouvements de protestation ont souvent été confrontés à une forte répression, tandis que l’opposition politique s’est révélée insuffisamment préparée pour transformer la contestation populaire en véritable alternative politique.
Les événements qui ont suivi l’élection présidentielle de janvier 2024 illustrent cette situation. Contestant les résultats proclamés dès le premier tour, de nombreux jeunes sont descendus dans les rues pour exprimer leur rejet du processus électoral. Dans plusieurs localités, la mobilisation a paralysé une partie du pays et démontré la capacité de la jeunesse comorienne à peser sur le rapport de force politique.
Malgré cette démonstration de mobilisation, le mouvement n’a pas abouti aux changements espérés. Cette situation a mis en évidence les limites d’une contestation populaire lorsqu’elle n’est pas accompagnée d’une stratégie politique claire et d’une organisation capable de transformer la colère populaire en changement durable.
La conquête du pouvoir ne repose pas uniquement sur la dénonciation d’un régime ou sur la mobilisation spontanée de la population. Elle exige également une vision, une organisation et une préparation à la hauteur des défis à relever.
La récente mobilisation contre la hausse des carburants a cependant confirmé une réalité essentielle : la jeunesse demeure l’une des principales forces motrices du changement aux Comores. Ce sont les jeunes qui se sont mobilisés en première ligne pour défendre leur pouvoir d’achat et dénoncer une dégradation continue de leurs conditions de vie.
Cette mobilisation a eu un coût humain douloureux. Des vies ont été perdues et ces sacrifices ne doivent jamais être oubliés. Ils rappellent que les luttes sociales et politiques ont souvent un prix élevé pour ceux qui les portent.
Parallèlement, les femmes comoriennes ont une nouvelle fois démontré leur rôle central dans les combats sociaux et citoyens. Après le meurtre tragique d’une jeune femme à Foumbouni, elles se sont mobilisées pour exprimer leur colère et réclamer davantage de sécurité et de justice.
À travers leurs manifestations et leurs prises de parole, elles ont rappelé que les femmes comoriennes constituent depuis longtemps l’un des piliers de la résistance sociale et politique dans le pays. Leur engagement s’inscrit dans une longue tradition de courage et de défense de la dignité humaine.
Aujourd’hui, les défis auxquels les Comores sont confrontées demeurent immenses. Le chômage des jeunes, la hausse du coût de la vie, l’insécurité, la pauvreté et l’absence de perspectives pour une grande partie de la population alimentent un profond malaise social. Un gouvernement qui ne parvient ni à garantir la sécurité de ses citoyens ni à offrir des perspectives d’avenir à sa jeunesse s’expose inévitablement à une contestation grandissante.
Face à cette situation, la jeunesse et les femmes doivent continuer à jouer leur rôle historique dans la défense des droits, de la justice sociale et du progrès démocratique. Elles représentent aujourd’hui les principales forces capables de porter les aspirations du peuple comorien vers un avenir meilleur.
L’histoire enseigne que les grands changements naissent souvent de la détermination des peuples. Aux Comores, cette espérance repose plus que jamais sur l’engagement de la jeunesse et des femmes, véritables moteurs du renouveau national.
Mr Said Ahmed SAID ABDILLAH
Président du Parti Comores Alternatives(P.C.A)
Membre Fondateur du Rassemblement de l'Opposition Comorienne (R.O.C)
[1] Cité par Pierre Lunel dans « BOB DENARD le roi de la fortune » page 556-557

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