Fahmi Said Ibrahim ou la cible commode d’une amnésie politique sélective

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Fahmi Said Ibrahim ou la cible commode d’une amnésie politique sélective. Depuis quelque temps, certains acteurs politiques, y compris parmi ceux qui.

Fahmi Said Ibrahim ou la cible commode d’une amnésie politique sélective

Fahmi Said Ibrahim ou la cible commode d’une amnésie politique sélective


Depuis quelque temps, certains acteurs politiques, y compris parmi ceux qui se réclament du mouvement Juwa censés aujourd’hui soutenir Me Fahmi Saïd Ibrahim, multiplient les attaques à son encontre en tentant non seulement de l’associer exclusivement au régime de l’ancien président Ahmed Abdallah Mohamed Sambi mais aussi d'en être le plus distant. Une démarche qui soulève une question : pourquoi Fahmi Saïd Ibrahim est-il devenu la cible privilégiée de ces critiques alors que de nombreux autres responsables ont exercé le pouvoir aux côtés de Sambi pendant bien plus longtemps que lui ?

Les faits méritent d’être rappelés. Bien avant son entrée au gouvernement, Me Fahmi Saïd Ibrahim était déjà une personnalité politique engagée sur la scène nationale. Candidat à l’élection présidentielle de Ngazidja en 2007, il s’était classé septième sur dix-huit candidats. À cette époque, contrairement à ce que certains laissent entendre aujourd’hui, il ne connaissait pas personnellement Ahmed Abdallah Mohamed Sambi et ne l’avait jamais rencontré.

Par la suite, sans négociation ni marchandage politique, il choisit de soutenir Mohamed Abdoulwahab, alors directeur de cabinet du président Sambi et candidat soutenu par ce dernier. Il s’investit activement dans la campagne du second tour et apporte également son soutien public à l’intervention de l’État à Anjouan. Durant plusieurs années, il défend ainsi des positions qu’il estime conformes à l’intérêt national, bien avant d’accéder à des fonctions gouvernementales.

Son entrée au gouvernement intervient seulement à la fin du mandat de Sambi, dans le cadre du gouvernement de transition mis en place durant l’année supplémentaire rendue possible par la réforme constitutionnelle. Une réforme pour laquelle Fahmi a joué un rôle majeur en tant que porte-parole du camp du « Oui », contribuant activement à son adoption.

La réalité historique est donc claire : alors que plusieurs personnalités ont partagé le pouvoir avec Sambi pendant plus de cinq années, Fahmi Saïd Ibrahim n’a occupé des fonctions ministérielles que durant la période de transition. Pourtant, c’est lui qui fait aujourd’hui l’objet d’attaques répétées, souvent de la part de personnes qui gardent un silence remarquable sur le rôle joué par d’autres acteurs de premier plan de cette époque et leur inactivisme dans la situation que vit Sambi aujourd’hui.

Pourquoi cette indignation sélective ? Pourquoi ne pas interroger avec la même vigueur ceux qui ont exercé des responsabilités gouvernementales pendant toute la durée du mandat sambiste et qui brillent par leur silence et immobilisme sur le cas Sambi aujourd’hui ? Pourquoi concentrer les critiques sur un homme dont la présence au gouvernement fut limitée dans le temps et qui, paradoxalement, a davantage contribué au projet politique de Sambi en tant que soutien extérieur qu’en tant que ministre ?

Ces interrogations révèlent une réalité politique évidente, celle pour laquelle les attaques contre cet avocat relèvent moins d’une recherche sincère de vérité historique que d’une volonté de l’affaiblir sur la scène politique comorienne actuelle. Certains de ses détracteurs semblent davantage préoccupés par son influence, son expérience et sa capacité à rassembler que par un véritable souci de cohérence.

Pourtant, l’histoire politique des Comores mérite mieux que les procès à géométrie variable. Elle exige de la rigueur, de l’honnêteté intellectuelle et le courage de juger chaque acteur selon les faits. À cet égard, le parcours de Me Fahmi Saïd Ibrahim ne peut être réduit à quelques mois passés dans un gouvernement de transition, lui qui en 2009 était député quatre ans avant la naissance du Juwa, surtout lorsqu’on passe sous silence son engagement politique antérieur et le rôle déterminant qu’il a joué dans plusieurs moments importants de la vie nationale.

Les citoyennes et citoyens comoriens sont en droit d’attendre un débat fondé sur les faits plutôt que sur les caricatures. Et les faits, eux, demeurent têtus. Heureusement que l'Histoire l'est surtout.

Abdoulatuf Bacar

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