Aîd El-Kabir 2026 : Ma pensée va à la ville de Foumbouni...

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Aîd El-Kabir 2026 : Ma pensée va à la ville de Foumbouni aujourd'hui face à l’épreuve, entre douleur, silence et responsabilité morale. Cette simu...

Aîd El-Kabir 2026 : Ma pensée va à la ville de Foumbouni aujourd'hui face à l’épreuve, entre douleur, silence et responsabilité morale


Aîd El-Kabir 2026 : Ma pensée va à la ville de Foumbouni...

La communauté foumbounienne traverse aujourd’hui l’une des périodes les plus douloureuses et les plus complexes de son histoire. Deux drames survenus presque au même moment ont plongé les Comoriens dans une profonde confusion émotionnelle et morale.

D’un côté, Naïcha, jeune femme de 22 ans, a été retrouvée morte, le corrps calciné à Dzahadjou Mbadjini, dans des circonstances d’une violence insoutenable. Sa mort a bouleversé les Comores entières et suscité une immense émotion collective. De l’autre côté, à Marseille, Farid, jeune Comorien originaire de Mbachilé, a été tué lors d’une bagarre mortelle impliquant un autre Comorien originaire de Foumbouni, dans une affaire mêlant rivalité amoureuse et tensions conjugales.

Cette simultanéité tragique place Foumbouni dans une situation particulièrement difficile lorsque la ville devra à la fois pleurer une victime innocente et affronter le regard accusateur porté sur l’un de ses ressortissants devenu meurtrier présumé. Le danger, dans ce contexte, est de transformer un crime individuel en culpabilité collective. Certains appels au boycott des rassemblements de prière organisés pour Naïcha montrent déjà cette dérive inquiétante, où une communauté entière risque d’être jugée à travers les actes d’un seul homme.

Or aucune ville, ni une famille et encore moins un peuple ne devraient être collectivement condamnés pour les crimes d’un seul individu dont les proches ne prennent aucune défense. Sinon, la douleur cesse d’être humaine pour devenir communautaire et politique.

Mais cette affaire révèle aussi une crise plus profonde dans la société comorienne, celle du rapport au silence, à l’honneur et à ce que les anciens appelaient le « YIKAMBWA », c’est-à-dire « ce qui ne se dit pas ».

Traditionnellement, dans la culture comorienne, certaines réalités liées à l’intimité, notamment à l’adultère ou à l’honneur familial étaient volontairement tues afin de préserver l’équilibre social. Ce silence n’était pas forcément ignorance, mais une manière culturelle de protéger la dignité collective. Dans le drame de Marseille, beaucoup hésitent à nommer clairement certaines réalités entourant le meurtre. Officiellement, cela peut relever du respect de la présomption d’innocence ou de la procédure judiciaire française. Mais culturellement, cela traduit aussi une gêne profonde face à une affaire touchant à l’honneur conjugal, à la rivalité amoureuse et à la honte sociale. Mais de voir qu'un amant vienne tuer publiquement l'homme promis puis acquis légalement et culturellement, là, le «YIKAMBWA» est dépassé.

Le plus troublant encore dans cette affaire reste peut-être l’attitude de certains témoins présents lors du drame à Marseille. Des Comoriens assistaient à la scène. Certains n’ont pas réagi. D’autres auraient même filmé la bagarre meurtrière pendant qu’un homme perdait la vie.

Cette réalité soulève une question grave : que devient une société lorsque filmer un drame prend le dessus sur le réflexe d’empêcher la mort ? Ce comportement révèle une banalisation inquiétante de la violence et une transformation du témoin en simple spectateur. Avec les réseaux sociaux, l’émotion humaine semble parfois remplacée par la logique de l’image et du partage.

Autrefois, malgré les conflits, les communautés intervenaient pour séparer, calmer et empêcher l’irréparable. Aujourd’hui, l’ère numérique fragilise ces réflexes collectifs. Nous risquons de devenir émotionnellement présents mais moralement absents.

Cette double tragédie doit donc servir d’alerte. Les Comores traversent une mutation sociale profonde où les anciennes valeurs de retenue et de solidarité se heurtent à la violence de l’exposition publique et des réseaux sociaux.

Face à cela, une chose doit rester essentielle dont notre humanité commune. Pleurer Maïcha ne signifie pas défendre le meurtrier présumé de Marseille. Condamner le meurtre de Farid ne signifie pas condamner Foumbouni tout entière. Aucun deuil ne doit effacer un autre.

Le véritable défi pour les Comoriens aujourd’hui est peut-être d’apprendre à regarder en face leurs fractures sociales, leurs violences et leurs silences sans détruire le lien collectif qui unit encore la société. Car si le « YIKAMBWA » continue d’empêcher de parler honnêtement des crises profondes, ces dernières finiront par exploser sous des formes encore plus douloureuses.

BONNE AÏD EL-KABIR !

Abdoulatuf Bacar

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