Incident au foyer des femmes de Moroni : Message de Najda Said Abdallah. Cette horreur nous a tous ébranlés et écœurés. Elle nous a montré que, dans n
En 2014, la disparition d'une fillette de 13 ans, originaire de Hahaya, a provoqué une onde de choc. Les recherches peinaient à porter leurs fruits. De là, un collectif est né à Moroni, rassemblant des jeunes Comoriens de toutes les régions et de la diaspora.
Quelques jours plus tard, la fillette a été retrouvée vivante, mais violée pendant plusieurs jours par deux hommes de 30 et 40 ans.
Cette horreur nous a tous ébranlés et écœurés. Elle nous a montré que, dans notre pays, l'horreur pouvait exister malgré l'atmosphère paisible ressentie. Nous avons alors décidé de transformer ce collectif en association, que nous avons nommée Mwana Tsi Wa Mdzima, pour rappeler aux Comoriens que la protection de nos enfants est une responsabilité collective que nous devons tous préserver et garantir autant que possible.
Depuis douze ans, nous menons ce combat sans subvention, portés par notre volonté, nos économies personnelles et le sacrifice du temps précieux que nous aurions pu consacrer à nos propres familles. Car nous avons toujours su que les enfants des autres sont les nôtres et méritent la même vigilance.
Personnellement, je ne peux compter le nombre de fois où je me suis rendue dans les villes et villages pour sensibiliser la population contre les violences faites aux femmes et aux enfants. Je ne peux pas non plus compter le nombre de victimes de viols et de sévices que j'ai accompagnées et défendues sans relâche, notamment devant les tribunaux.
Je ne peux compter le nombre de familles de victimes que j'ai soutenues sous plusieurs formes depuis 12 ans. Je l'ai fait avec des frères et sœurs de même lutte, mais parfois, je l'ai fait seule. Parce que dans ces combats, on est parfois incompris, intimidée et souvent peu soutenu.
Aujourd'hui, quelle que soit ma fonction, mon engagement demeure inchangé. Ce combat dépasse les clivages politiques ; c'est un devoir citoyen absolu. Le drame tragique récent de la jeune Naïcha, violée, tuée, puis brûlée, nous le rappelle avec une violence insoutenable.
Que ceux qui viennent de découvrir ce combat tentent, pour des raisons politiques et purement personnelles, de nier nos 12 ans d'actions qui ont permis, avec d'autres associations, de soutenir des dizaines de familles et de faire progresser notre arsenal juridique contre les agressions sexuelles sur mineurs au point de les criminaliser, je choisis de les laisser face à leur propre miroir et de rester concentrée sur l'essentiel.
Les critiques personnelles ou les tentatives d'intimidation ne me détourneront pas de ma mission. Défendre les droits des femmes et des enfants ne m'a jamais semblé être un acte politique, mais un acte de protection et de dignité envers notre société.
Rien ne m'empêchera de continuer à œuvrer, à mon niveau, pour la protection de l'enfance et pour le développement de mon pays. Je reste convaincue que le dialogue et l'action sont les seuls moyens de construire un avenir plus sûr. La démocratie est un espace de débat qui demande du respect, car la haine, contrairement à l'engagement, n'a jamais rien construit.
Najda Said Abdallah

COMMENTAIRES