Souef Mohamed El-Amine, de Moroni aux Secrétariat Général des Nations-Unies, un itinéraire exceptionnel

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Souef Mohamed El-Amine, de Moroni aux Secrétariat Général des Nations-Unies, un itinéraire exceptionnel. C’est à Libreville, au Gabon où il prend la t

Souef Mohamed El-Amine, de Moroni aux Secrétariat Général des Nations-Unies, un itinéraire exceptionnel


Souef Mohamed El-Amine, de Moroni aux Secrétariat Général des Nations-Unies, un itinéraire exceptionnel

La nomination de Souef Mohamed El-Amine par Antoniónio Guterres au poste de Représentant Spécial en Afrique Centrale consacre une trajectoire exceptionnelle, à la croisée de l’action diplomatique, de l’engagement intellectuel et de la fidélité aux intérêts supérieurs de l’État comorien. C’est à Libreville, au Gabon où il prend la tête du Bureau régional onusien (Unoca).

Très tôt, alors qu’il est ambassadeur des Comores en Égypte, Souef est plongé dans l’un des épisodes les plus critiques de l’Histoire contemporaine des Comores, lorsqu’en 1995, face à la énième tentative de déstabilisation orchestrée par le mercenaire Bob Denard, il incarne une diplomatie de résistance. En mobilisant, cette année-là la Ligue des États arabes, l’Organisation de l’Unité Africaine et en multipliant les interventions sur des médias internationaux comme France Inter et BBC, Souef Mohamed El-Amine a contribué à créer un rapport de force décisif sur la honteuse déportation du président Djohar à la Réunion. Cette dynamique aboutira à l’Opération Azalée, permettant le rétablissement de l’ordre constitutionnel.

Ce premier acte révèle une constante, celle d’une diplomatie d’initiative, capable d’agir dans l’urgence tout en construisant des alliances durables.

Son parcours se nourrit ensuite de rencontres de haut niveau qui affinent sa vision stratégique. Il côtoie Nelson Mandela et Thabo Mbeki dans le cadre de la gestion de la crise séparatiste comorienne de 1997, échange avec Yasser Arafat, Hussein de Jordanie et Hosni Moubarak au sein de la Ligue des États arabes, et consulte Mouammar Kadhafi lors des travaux ayant conduit à la transformation de l’OUA en Union Africaine. Ses échanges avec Boutros Boutros-Ghali contribuent à intégrer l’Organisation internationale de la Francophonie dans le dispositif de gestion de la crise comorienne. Dans son ouvrage, « En attendant la prochaine lune… (1997-2002) », 

Dr Boutros Boutros-Ghali, ancien Secrétaire général de l’ONU et ancien Secrétaire général de l’OIF, en abordant la double crise des Comores évoque avec éloquence les talents diplomatiques du jeune ministre comorien qu'il a rencontré à New York. Il y a reconnu que ses talents l'ont convaincu de faire entrer l'OIF dans le dispositif chargé de la gestion et du règlement de la sempiternelle crise comorienne. La nomination d'un Envoyé spécial et l'ouverture du bureau de l'OIF à Moroni résultent donc de l'action du tout nouveau ministre des Affaires étrangères du président Azali 1. 

Au cœur de la crise séparatiste de 1997 à 2001, puis durant la transition politique, il joue un rôle déterminant dans ces négociations de réconciliation nationale, contribuant à préserver l’unité de l’État.

Sous la présidence Azali Assoumani (première période), il participe activement à la réinsertion des Comores dans les circuits internationaux et à la consolidation de leur souveraineté juridique à travers l’adhésion aux instruments internationaux. C’est également dans ce contexte qu’il obtient, grâce à une mobilisation diplomatique efficace, un appui de la Libye ayant permis la réalisation d’infrastructures structurantes à l’Université des Comores, notamment la construction d’une bibliothèque moderne et d’un amphithéâtre, contribuant ainsi à l’ancrage du savoir et de la formation dans le pays.

Après cette phase nationale, il déploie son expertise au sein des Nations Unies et de l’Union Africaine, contribuant aux efforts de paix, notamment dans des contextes sensibles comme au Mali ou dans le cadre de missions africaines d’envergure telles que ATMIS.

L’apport du diplomate comorien dans la gestion des crises au Soudan et au Mali dans le cadre des Nations Unies, ainsi que sa contribution à la tête de la mission africaine ATMIS forte de plus de vingt mille hommes, ne peut être considéré que comme une contribution majeure des Comores à la paix à travers le monde. Dans le même registre, son engagement dans les relations bilatérales l’a conduit à assurer, durant plusieurs années, des conférences en qualité de professeur visiteur à l’« Institut Hiroshima de Capacity Builders », contribuant à la formation de futurs diplomates japonais, asiatiques et africains. Dans ce cadre, il a également travaillé à consolider les retombées des mécanismes de coopération économique tels que les KR du Japon et les dividendes de la TICAD, inscrivant l’action diplomatique dans une logique de transfert de savoir et de renforcement des capacités.

Son retour en 2017 au gouvernement comorien marque une nouvelle séquence diplomatique intense. Il s’illustre par une relance active des partenariats stratégiques avec des pays tels que l’Inde, le Maroc, Madagascar, les Émirats arabes unis ou encore la France et la Chine. Ces coopérations se traduisent par des avancées concrètes dans les domaines de l’éducation, de la formation, de l’énergie, des infrastructures et de la défense.

Son implication dans la gestion de la pandémie de COVID-19 illustre également une diplomatie pragmatique et efficace : mobilisation de partenaires internationaux, ouverture ciblée des frontières pour l’acheminement de l’aide et le rapatriement des ressortissants, coordination des soutiens dans un contexte d’urgence sanitaire mondiale.

Sur le dossier sensible de Mayotte, il s’engage dans une approche diplomatique structurée, visant à maintenir la question dans le cadre du droit international tout en ouvrant des perspectives de dialogue. Ses négociations avec Jean-Yves Le Drian aboutissent à un mémorandum incluant les quatre îles de l’archipel, marquant une évolution significative dans le traitement du dossier.

Dans un contexte parfois tendu, notamment lors de certaines séquences de crispation diplomatique avec la France, il privilégie une approche mesurée, fondée sur le dialogue et la recherche d’intérêts mutuels, contribuant à la conclusion d’un accord-cadre renforcé entre les deux pays, avec des engagements financiers et structurels significatifs.

Dans cette même dynamique de structuration de l’État, l’action diplomatique de Souef Mohamed El-Amine a également permis la création, l’acquisition ou la consolidation de chancelleries et de résidences diplomatiques comoriennes à l’étranger, notamment à Addis Abeba, à New York et à Pékin, dotant ainsi le pays d’une présence institutionnelle durable et digne dans plusieurs capitales stratégiques. Réciproquement, il a œuvré pour l’ouverture à Moroni des représentations diplomatiques des Émirats Arabes Unis et du Royaume du Maroc.

Comme la vitrine d’un pays demeure son aéroport, les archives attestent que les négociations et les deux signatures ayant permis la réalisation du projet phare d’extension de l’aéroport Prince Said Ibrahim International Airport s’inscrivent pleinement dans l’actif de ce même diplomate que d’aucuns ont parfois tenté d’occulter.

Son départ du gouvernement en 2020 laisse entrevoir pour certains une forme de lassitude face à des dynamiques internes où son indépendance pouvait déranger certains cercles du pouvoir.

Dans le dossier de Ahmed Abdallah Mohamed Sambi, il adopte une posture rare. Il lui rend visite à deux reprises dont une première fois en tant que ministre, puis une seconde fois juste après son départ du gouvernement. Par ces gestes, il affirme une vision de l’État au-dessus des clivages, œuvrant dans la discrétion à l’exploration de solutions, y compris sur le plan humanitaire.

Son parcours se prolonge au sommet de l’Union Africaine, où il a occupé jusqu’ici les fonctions de Chef de Cabinet du Président de la Commission, participant aux grandes orientations stratégiques du continent.

Mais il est aussi un homme de pensée. Souef Mohamed El-Amine fait partie des rares responsables comoriens ayant contribué à documenter l’histoire politique et diplomatique de leur pays. À travers ses ouvrages — « Les Comores en mouvement » (2008), « Les grands défis de la politique étrangère des Comores » (2009), « Les transports aériens aux Comores : entre sécurité et souveraineté » (2009), « Discours et images des Comores » (2013) et « Réflexions sur la géopolitique de l’Océan Indien » (2022) — il inscrit son action dans la mémoire collective et offre des clés de compréhension aux générations futures.

Ainsi, son accession aux fonctions de Représentant du Secrétaire général des Nations Unies apparaît aujourd’hui comme l’aboutissement d’un parcours complet, celui d’un homme d’action, de réflexion et de conviction.

Aux Comores, cette reconnaissance ne peut être qu’une fierté nationale. À l’échelle mondiale, elle rappelle que les grandes diplomaties naissent souvent de la détermination d’hommes et femmes qui, dans la discrétion et la lucidité, savent faire avancer l’histoire.

HONGERA GRAND FRÈRE !

Abdoulatuf Bacar, Ancien Conseiller en Communication, au ministère comorien des Affaires Étrangères

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