Manque de vision et déni de compétence : le sacrifice de la Régie des travaux publics sous l'ère Azali. Pourtant, comme l’ont souligné les porte-parol
Manque de vision et déni de compétence : le sacrifice de la Régie des travaux publics sous l'ère Azali
Dans mon précédent article, j’avais pointé du doigt la descente aux enfers de la Régie des Travaux Publics de Ngazidja (RTPN). Aujourd'hui, celle-ci comptabilise plus de 15 mois d'arriérés de salaires et des dettes colossales envers ses fournisseurs, bloquant ainsi tout approvisionnement en matériaux (bitume, agrégats, pièces détachées). Cette situation entraîne l'arrêt total ou l'exécution très partielle des chantiers, faute de moyens.
Pourtant, comme l’ont souligné les porte-paroles des employés en grève, l’argent entre bel et bien dans les caisses. Mais sitôt encaissé, il s'évapore dans les poches du directeur de la RTPN et de son comptable. Aucun mouvement n'est enregistré sur le compte bancaire de la Régie. Ce compte existait pourtant et jouait pleinement son rôle à l’époque de Mouigni Baraka, sécurisant l'ensemble des recettes et des dépenses. Aujourd'hui, l'utilisation des fonds reste opaque et échappe totalement au contrôle du Trésor public.
Au-delà de cette gestion financière désastreuse, c'est l'absence totale de vision stratégique du régime d'Azali qui est flagrante et qui interpelle. Dans le secteur des Travaux Publics, véritable poumon du développement, le pouvoir fait le choix délibéré du mépris national. On observe une tendance systématique à minimiser les compétences comoriennes au profit d’expertises et entreprises étrangères coûteuses pour des infrastructures à la solidité douteuses.
Un exemple illustre parfaitement cette différence de vision. Sous Mouigni Baraka, une route a été construite en partenariat avec la diaspora de Ntsoudjini à Lyon, qui en a assuré le financement. Ce tronçon, allant de Mrodjou au mausolée du Mufti Said Toihir, a été réalisé exclusivement par la Régie des Travaux Publics et des techniciens locaux. Le travail était d’une telle qualité qu’on aurait cru l’œuvre d’une multinationale. À l'inverse, la route secondaire Bahani-Mbeni, confiée un an plus tard à une société étrangère pour plus de 2 milliards de KMF, est aujourd’hui en ruine. Celle de Ntsoudjini, elle, tient toujours bon.
C’est la preuve irréfutable que l'expertise n’est pas une question de passeport, mais de volonté politique. Quand on valorise le savoir-faire local, le pays avance. Quand on l'ignore, on gaspille l'argent du peuple. D’ailleurs, nous avons pu constater que cette valorisation du savoir-faire local a permis, à l’époque de Mouigni Baraka, la renaissance des ateliers de mécanique et de bâtiment aux Travaux Publics de Ngazidja pour accompagner des chantiers comme celui de Ntsoudjini.
Aujourd'hui, alors que ces compétences existent, la plupart de ces techniciens sont mis au chômage. Quant à ceux qui sont maintenus en service, ils subissent des impayés de salaires orchestrés par un DG sans scrupule. C'est tout un savoir-faire souverain qu'on étouffe au profit d'intérêts étrangers.
Comment peut-on prétendre développer un pays en exportant systématiquement nos capitaux ? À chaque kilomètre de bitume posé, le constat est le même : l’argent s’évade, les profits s’envolent, et le peuple reste seul face aux dettes et aux nids-de-poule.
Prenons un chiffre frappant pour illustrer ce manque de vision : si l’on attribue un marché de 10 milliards de KMF à une entreprise comme Colas et que l’on impose 20 % de sous-traitance, cela représente 2 milliards en faveur de nos entreprises locales. Qu’est-ce qui empêche donc le gouvernement d’imposer la sous-traitance de certains lots (construction de murs, trottoirs, bordures) à des sociétés comoriennes ? Qu’il s’agisse de ces travaux ou de la chaussée, nos ingénieurs et nos maçons ont les compétences requises. En refusant d’imposer des quotas aux entreprises étrangères, le régime ne se contente pas de mal gérer ; il étouffe délibérément l’émergence d’un secteur privé national.
Le paradoxe est total : la main-d’œuvre qui construit ces routes est déjà comorienne ! Nos techniciens travaillent déjà sur ces chantiers, mais sous pavillon étranger. Si une expertise spécifique venait à manquer, rien ne nous interdirait de recruter des experts internationaux — en priorité parmi les Comoriens de la diaspora — pour travailler sous la bannière de notre société nationale, afin que les profits restent aux Comores. On ne peut prétendre vouloir développer le pays tout en fermant la porte aux initiatives locales au profit exclusif de géants étrangers.
Le parti RDCE n’est pas opposé aux sociétés étrangères, mais nous soutenons que dans l’attribution des marchés publics, une part significative doit être réservée aux régies des travaux publics des îles et aux entreprises privées locales. Si Mouigni BARAKA avait été aux responsabilités dès 2016, il aurait déjà doté les Comores d'une Société Nationale de Travaux Publics digne de ce nom. Son ambition reste inchangée : généraliser le modèle de gestion directe à Anjouan et Mohéli pour garantir un entretien routier souverain.
Nos engagements sont clairs et non négociables :
- Souveraineté technique : Création d'une Société Nationale de Travaux Publics digne de ce nom, capable de réaliser au moins 50 % des grands chantiers nationaux.
- il mposer 20 % de sous-traitance locale obligatoire sur chaque grand contrat avec une société étrangère, et c’est en faveur des entreprises nationales et locales..
Il est temps de mettre fin au flou qui entoure le financement des infrastructures routieres. L'absence de transparence dans les contrats de "grands chantiers" suggère une gestion défaillante, où la priorité donnée aux entreprises étrangères facilite des coûts artificiellement gonflés. Ce système de surfacturation est une charge insupportable pour les finances publiques, transformant le contribuable en victime directe d'une politique économique sans boussole. Une fois de plus, le citoyen est sacrifié sur l'autel d'une gestion dont il ne voit que les dettes à rembourser, jamais les bénéfices.
Le RDCE l’affirme haut et fort : l’argent de la dette que le pays contracte pour réaliser ces chantiers doit servir à muscler notre tissu économique au lieu de finir dans les poches de firmes qui quittent le pays sitôt le chantier fini nous laissant seuls face aux nids-de-poule et aux dettes à rembourser.
Un leader responsable ne développe pas les entreprises des autres : il bâtit les siennes pour les générations futures. Mouigni Baraka est ce leader. Il est temps de passer d'un pays spectateur à un pays bâtisseur. Valorisons nos bras, investissons dans nos cerveaux, et gardons nos richesses chez nous.
Par BACAR MMADI, Cadre du parti RDCE ( section France)

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