L’instrumentalisation du sacré ou le dernier verrou d'Azali Attoumani. La décision d' Azali Assoumani de s'immiscer directement dans le contrôle du Ta
L’instrumentalisation du sacré ou le dernier verrou d'Azali Attoumani
La décision d' Azali Assoumani de s'immiscer directement dans le contrôle du Tafsir du coran et des prêches dans les mosquées marque un tournant inquiétant. Ce qui est présenté comme une mesure de « cohésion nationale » dépasse largement le cadre de l’organisation religieuse : c’est une offensive politique. En court-circuitant l'autorité du Grand Mufti, pourtant seul garant légitime du rite chaféite, le pouvoir exécutif opère un glissement dangereux vers une surveillance étatique du sacré. Dans une société où la mosquée demeure le dernier espace de liberté et de rassemblement, museler les imams revient, en réalité, à confisquer l'opinion publique.
L'argumentaire gouvernemental tente de se draper dans les modèles des États du Golfe pour justifier cette mainmise. Mais la comparaison est fallacieuse. En Arabie Saoudite ou aux Émirats, l'État finance tout : infrastructures, salaires et formation. Aux Comores, le contrat social est aux antipodes : nos mosquées sont le fruit du sacrifice de la diaspora, de la sueur des villageois et de la solidarité communautaire. Imposer un contrôle politique rigide et des autorisations préalables sur des institutions bâties sans un centime d'argent public n'est rien d'autre qu'une « nationalisation » abusive de la foi et de l'effort citoyen.
Le parti RDCE dénonce avec force ce qu'il appelle « l'esprit d'Azali » : une volonté de trier les oulémas selon leur degré de docilité. Le projet du ministère de l'Intérieur de convoquer les traducteurs du Coran cache un dessein limpide : favoriser ceux qui se taisent devant les dérives du pouvoir et bannir ceux qui osent critiquer. Le but n'est pas de protéger l'Islam, mais de neutraliser des figures comme Saïd Mohamed Harouna, dont les prêches sur la justice sociale, la corruption et la gestion de l'État résonnent trop fort aux oreilles du régime.
Le pouvoir craint que la mosquée ne devienne le dernier bastion de la contestation, un sanctuaire où la matraque policière ne peut pas s'introduire aussi facilement que dans une manifestation de rue. En verrouillant l'exégèse coranique et les discours du vendredi, le régime tente d'imposer une interprétation religieuse sur mesure, où le concept d'obéissance au chef occulte toute soif de justice.
Certes, dans une démocratie saine, le Muftorat se doit de veiller au respect du madhahib et à la paix civile. Mais le Mufti ne doit pas être le complice du silence face au vol des élections, à la corruption systémique ou aux assassinats qui entachent le sommet de l'État. Sa mission morale est de se tenir aux côtés de la vérité, pas du côté de l'oppression. Le respect du rite et de la paix civile est une nécessité, mais le silence devant l'injustice est une complicité.
Après avoir neutralisé la notabilité et muselé la classe politique, le régime s'attaque aujourd'hui au dernier rempart de la parole libre. Nous appelons les oulémas, les imams et l'ensemble des Comoriens à se lever contre cette intrusion, avec la même détermination manifestée lorsque le pouvoir a imposé la modification des heures de prière, malgré les conséquences délétères que ces changements impliquent encore aujourd'hui.
En s'attaquant à la liberté de l'exégèse, le régime cherche à transformer la chaire de la mosquée en une simple chambre d'écho du palais présidentiel. Nous ne devons pas laisser la foi devenir l'esclave du politique.
Par BACAR Mmadi, Cadre du parti RDCE( Section France)

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