Commémoration des accords de Fomboni du 17 février 2001: La réconciliation n’est pas un gros mot. Ces accords n’étaient pas une simple nouvelle archit
Commémoration des accords de Fomboni du 17 février 2001: La réconciliation n’est pas un gros mot
A l’approche du 25ème anniversaire des accords de Fomboni, le gouvernement insiste qu’il s’agit d’une commémoration, pas d’une réconciliation. Très bien.
Pour cause, cet évenemnt est devenu objet de suspicion et divise. Pour le pouvoir, elle peut représenter un moment de bilan et de projection vers l’avenir tandis que pour l’opposition, cette commémoration suscite la méfiance et voit un risque de remise en cause d’acquis institutionnels ainsi qu’une tentative de remise en cause et de redéfinition des règles du jeu.
Mais évitons de transformer le mot “réconciliation” en mot interdit. Commémorer Fomboni est légitime. Le mot “ réconciliation” semble déranger comme s’il révélait une faiblesse. Pourtant, il ne devrait pas nous effrayer.
Les accords de Fomboni, signés en 2001, ont été un moment de réconciliation natioanele. Ils ont permis de dépasser une crise grave, de préserver l’unité des Iles et les commémorer, c’est reconnaitre cette étape décisive.
Ces accords n’étaient pas une simple nouvelle architecture institutionnelle avec une présidence tournante entre les Iles, ils étaient aussi un sursaut collectif face au risque d’implosion nationale. Ceci, dit sans dialogue, sans compromis, sans respect mutuel, il n’y aurait plus d’Union des Comores.
Mais, sans épiloguer longuement, les commémorer sans interroger l’état actuel du lien national serait un exercice incomplet.
Pendant que les responsables politiques se disputent le sens d’un anniversaire, le pays, lui, attend autre chose !
La réconciliation nationale ne peut se limiter à un accord entre responsables politiques. Elle suppose une adhésion populaire, une confiance restaurée, c’est à dire que les institutions servent réellement l’intérêt général. Or, le malaise actuel ne réside pas uniquement dans les rapports entre pouvoir et opposition mais d’un sentiment de distance entre la classe politique et les réalités quotidiennes des citoyens.
Pendant que les élites débattent de symboles et de mécanismes institutionnels, une grande partie de la population reste confrontée à des préoccupations bien plus immédiates, notamment l’emploi, la vie chère, services publics et perspectives pour la jeunesse.
Si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes, nous savons que notre pays a besoin de réconciliation. Pas seulement entre pouvoir et opposition mais avec lui-même.
Nous sommes un petit pays et il n’y a aucune honte à le reconnaitre. Tout le monde se connait, les parcours politiques de tous sont connus et les responsabilités passées ne s’éffacent pas avec un changement de discours.
Il est trop facile aujourd’hui de faire croire que le déclin du pays serait la responsabilité exclusive du pouvoir actuel. Oui, le pouvoir gouverne et porte une responsabilité majeure.
Mais non, l’histoire de nos difficultés ne commence pas hier. Ceux qui sont aujourd’hui dans l’opposition ont, pour beaucoup, exercé des responsabilités importantes, puisqu’il s’agit des anciens gouverneurs, minsitres, directeurs de sociétés d’Etat et j’en passe..
On ne devient pas irréprochable simplement parce qu’on se retrouve dans l’opposition comme on ne devient pas blanc comme neige simplement parce qu’on change de banc.
La responsabilité est partagée !
En outre, il y a une autre vérité qu’il faut avoir le courage de regarder en face, qui est que nous avons parfois tendance à nous prendre pour le nombril du monde. Nous dramatisons nos débats internes comme s’ils étaient observés par la planète entière et transformons chaque désaccord politique en crise existentielle.
On s’enferme dans des querelles de personnes pendant que le monde avance. La réalité est plus simple et rude: le monde ne nous attend pas. Pendant que nous nous accusons mutuellement d’être responsables de tous les maux du pays, d’autres nations, parfois plus fragiles que la nôtre, réforment, innovent, investissent dans leur jeunesse.
Il est temps que chacun fasse son examen de conscience car personne n’est totalement innocent. Que le pouvoir regarde ses décisions avec lucidité et que l’opposition accepte de considérer son propre bilan si bien qu’auccun camp n’a le monopole de la responsabilité et encore moins de la vérité.
J’ose espérer que ce quart de siècle de réconciliation nationale soit un nouveau départ, pour une Union des Comores capable de relever les multiples défis qui se présentent et de construire un avenir digne de ses habitants.
Said Omar Badaoui

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