17 février, une mémoire nationale prise dans l’engrenage politique ? À entendre des discours, on a l'impression qu'en la date du 17 février 2026, il y
17 février, une mémoire nationale prise dans l’engrenage politique ?
La polémique qui entoure aujourd’hui la célébration du 17 février ne porte pas réellement sur une date. Mais elle révèle surtout les inquiétudes persistantes qui traversent la vie politique comorienne depuis la révision constitutionnelle de 2018 et, plus largement, les difficultés du pays à concilier mémoire historique, stabilité institutionnelle et compétition politique.
Le 17 février 2001 symbolise pourtant un moment fondateur, celui où, après les tensions séparatistes, le pays a choisi la voie du compromis, de la négociation et de l’unité nationale. Vingt-cinq ans plus tard, cette date devrait rassembler. Or elle divise, car beaucoup y projettent désormais les débats contemporains sur la durée du pouvoir, la tournante et l’équilibre institutionnel.
À entendre des discours, on a l'impression qu'en la date du 17 février 2026, il y aura une révision de la Constitution. Or la révision constitutionnelle est faite le 30 juillet 2018 par référendum. Cette révision continue d’alimenter des tensions. Pour les défenseurs de la révision, elle a représenté une modernisation nécessaire du système politique, permettant davantage de continuité dans l’action publique et une meilleure stabilité de l’État. Pour ses opposants, elle a surtout ouvert la voie à une concentration durable du pouvoir exécutif. Entre ces deux positions, une réalité s’impose, celle de toute réforme institutionnelle majeure, dans un pays où les équilibres politiques restent fragiles, est immédiatement perçue à travers le prisme de la compétition pour le pouvoir.
Mais la crispation actuelle ne peut être expliquée uniquement par la question constitutionnelle. Elle tient aussi à une perception grandissante d’une mémoire nationale parfois si ce n'est pas souvent instrumentalisée. Une commémoration qui devrait rassembler l’ensemble des acteurs historiques perd de sa portée lorsque certains s’en sentent exclus ou lorsque son organisation apparaît dépendre des rapports de force politiques du moment. Or l’esprit même de l’accord du 17 février reposait sur l’inclusion de sensibilités opposées, réunies autour d’un objectif supérieur pour préserver l’unité nationale.
Au fond, la controverse révèle une interrogation plus profonde : les Comores doivent-elles privilégier la rotation rapide des dirigeants au nom de l'équilibre politique, et lequel d'ailleurs, ou accepter une certaine continuité pour permettre la réalisation de politiques publiques de long terme ? Cette question, on n'est pas les seuls, traverse de nombreuses démocraties en construction. Elle ne peut trouver de réponse durable que dans la confiance collective envers les institutions, et non dans les affrontements circonstanciels entre camps politiques.
La vérité est peut-être plus simple qu’il n’y paraît. Le principal défi des Comores n’est ni une date commémorative, ni même une réforme constitutionnelle particulière, mais la difficulté persistante à transformer les compromis politiques en consensus nationaux durables. Fort est-il le constat que chaque avancée institutionnelle semble aussitôt suivie d’une recomposition politique majeure, nourrissant l’impression d’une instabilité permanente.
C’est pourquoi la célébration du 17 février ne devrait appartenir ni au pouvoir ni à l’opposition. Elle appartient à l’histoire nationale. Elle devrait être un moment où les acteurs d’hier et d’aujourd’hui se retrouvent autour d’une même mémoire, rappelant que la construction de l’État comorien n’a jamais été l’œuvre d’un seul camp, mais le résultat d’efforts collectifs souvent difficiles. Pensons à celles et ceux qui jours et nuits, entre 1999 et 2001 ont tout donné, tout sacrifié, leur temps, leur sommeil, leur conscience, leur patience pour la stabilité dans la durée.
Car la véritable question n’est pas de savoir qui tire avantage politique de cette commémoration. La question essentielle est de savoir si les Comores sauront toujours et enfin, transformer leurs rivalités politiques en vision nationale partagée. C’est à cette condition que le 17 février retrouvera pleinement son sens, celui d’un engagement commun pour l’unité, la stabilité et l’avenir du pays.
Abdoulatuf Bacar

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