Participation de Mayotte aux Jeux des îles 2027 : soyons sincères pour un débat juste et intellectuel. En 2003, ce sont les nouvelles autorités comori
Participation de Mayotte aux Jeux des îles 2027 : soyons sincères pour un débat juste et intellectuel
La question de la participation de Mayotte aux Jeux des îles de l’océan Indien 2027, organisés à Moroni, fait aujourd’hui la une des journaux à Mayotte. Athlètes, dirigeants sportifs, citoyens s’interrogent : Mayotte participera-t-elle ou non à ces Jeux ?
Mais à bien lire et entendre les débats actuels, une chose est frappante lorsqu'on a l’impression que ces Jeux viennent de naître, qu’ils n’ont pas d’histoire, pas de règles, pas de socle juridique. À les entendre, c'est comme si tout était soudainement flou, incertain et improvisé. Or, rien de cela, rien n'est faux sur ces jeux.
Les Jeux des îles ont une histoire, et Mayotte y a une place clairement définie depuis plus de vingt ans. Après une longue absence entre 1979 et 2003, l'île a été intégrée officiellement dans ces Jeux à l’issue de négociations complexes et délicates. Cette intégration n’a rien d’anecdotique car elle est le fruit d’un compromis diplomatique entre la France et les Comores, inscrit dans la charte qui régit ces Jeux régionaux.
Ce rappel historique est aujourd’hui cruellement absent du débat public. Et c’est là que la responsabilité des médias est engagée. Journalistes, rédactions, commentateurs ont un devoir de mémoire à ce sujet ; toujours contextualiser, rappeler les faits, expliquer les décisions passées pour éclairer les enjeux présents. Sans cela, le débat se réduit à des postures émotionnelles ou politiques déconnectées de la réalité.
Rappeler un fait essentiel
En 2003, ce sont les nouvelles autorités comoriennes, sous la présidence d’Azali Assoumani, qui avaient jugé injuste l’absence de Mayotte pendant 24 ans aux Jeux des îles. Cette position n’allait pas de soi. À Moroni, elle a suscité de vives critiques internes. Pourtant, le choix a été assumé à l'époque et plus encore aujourd’hui. Il a été défendu avec des arguments diplomatiques précis, y compris sur la scène régionale, au nom de l’esprit sportif et de la coopération dans l’océan Indien.
Avec le recul, cette décision apparaît même visionnaire. Il suffit d’observer aujourd’hui la sélection comorienne de football pour s’en convaincre lorsque de nombreuses pépites qui font la fierté des Comores sont issues de l'île de Mayotte, n'en déplait pas à certains. Le sport a démontré qu’il pouvait dépasser les lignes de fracture politiques et devenir un levier de rayonnement et de performance pour tout un pays.
Revenir aujourd’hui sur cette intégration sans rappeler ce cheminement historique et juridique, c’est tronquer le débat. Car la question de la participation de Mayotte aux Jeux des îles est loin d'être une simple affaire sportive. Elle est à la fois historique, juridique, politique et géopolitique. Elle renvoie au différend franco-comorien sur Mayotte, mais aussi aux compromis intelligents qui avaient été trouvés pour préserver un espace de coopération régionale.
Le fiasco de Saint-Paul de La Réunion en 2015, le bel exemple pour tout comprendre
Ce que l’on peut regretter, ce n’est pas l’existence du débat, mais sa mauvaise orientation. En ignorant les faits, en passant sous silence les textes et les choix politiques du passé, on prive les citoyens et les athlètes des clés nécessaires pour comprendre les véritables enjeux.
Il suffit de regarder un peu en arrière, en 2015, ce qui s'est passé à La Réunion dès lors que les autorités francaises sous Manuel Valls en tant que Premier Ministre ont forcé les faits, botté en touche les textes régissant ces jeux pour imposer leur propre vision calculée politiquement. Ils ont vendu du rêve aux Mahorais cette année-là. Cette erreur, Mayotte doit la comprendre aujourd’hui. Ironie du sort ? - En 2027, cela fera 24 ans depuis l'intégration de Mayotte aux jeux, soit le même nombre d'années de son absence depuis la fondation en 1979.
Si les Jeux des îles doivent continuer à incarner un espace de dialogue et de fraternité régionale, alors le débat sur Mayotte mérite mieux que l’oubli. Il mérite de la mémoire, de la rigueur et du courage politique.
Abdoulatuf Bacar

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