Hommage au Colonel Abdourazakou Abdoulhamid. Il y a quelques semaines seulement, j’ai eu l’immense privilège de m’entretenir avec lui, à son chevet, e
Hommage au Colonel Abdourazakou Abdoulhamid
Ce mercredi 10 décembre 2025 restera gravé dans nos mémoires comme le jour où s’est éteint l’un des grands hommes de notre nation, le Colonel Abdourazakou Abdoulhamid. Né à Koimbani en janvier 1941, il a traversé son époque avec dignité, discernement et une humilité qui le rendaient immédiatement respecté de tous. Sa disparition nous laisse orphelins d’une âme noble, discrète et lumineuse, qui a profondément marqué l’histoire des Comores.
Il y a quelques semaines seulement, j’ai eu l’immense privilège de m’entretenir avec lui, à son chevet, en présence de l’une de ses filles, Nafouanta. Malgré la fatigue, malgré la fragilité de l’instant, il m’a serré la main avec une force qui disait tout de son caractère et de sa lucidité. Il m’a confié ces mots que je n’oublierai jamais :
« WANDRU NGWA WU VUMBUWAWO NDRO BO ABDOULATUF HEZO WA FANYA. MARAHABA MENDJI. » — « Les gens parlent de toi, Aboulatuf, pour ce que tu as fait. Merci beaucoup. »
Cette phrase résonne aujourd’hui comme un écho puissant à notre travail commun, le livre «Humilité et équité», publié il y a à peine deux mois. Un livre qui n’a rien de posthume, car le Colonel tenait à ce qu’il soit le fruit d’un long mûrissement et d’un profond respect pour les lecteurs. Pour lui, écrire n’avait de sens qu’à condition de se demander : « Après ? Qui lira ? Pourquoi ? Quand ? »
C’est ainsi que nous avons pris le temps nécessaire : près de onze années pour élaborer cet ouvrage. Onze ans pour que je lui apporte la première épreuve, qu’il relise avec minutie, qu’il commente avec son exigence habituelle. En 2023, après presque un an de discussions et d’ajustements, nous nous sommes enfin accordés sur la version finale, aujourd’hui en ligne, dont — avec l’accord de sa famille — j’espère pouvoir bientôt parler plus en détail.
Le Colonel Abdourazakou laisse une empreinte indélébile dans l’histoire des Comores. Premier commandant de la toute nouvelle Gendarmerie en 1978, il a posé les fondations d’une institution essentielle à la construction de l’État. Président de la Cour constitutionnelle (2008-2011), il a exercé la justice avec droiture, calme et discernement.
Mais au-delà de ses fonctions, c’est surtout l’homme qui restera dans nos cœurs :
un homme d’une humilité rare, d’une pensée profonde, d’une grandeur tranquille. Il n’avait pas besoin d’éclat pour incarner l’autorité, ni de bruit pour imposer le respect. Sa sagesse éclairait sans jamais éblouir.
Aujourd’hui, je suis profondément touché par l’annonce de sa disparition. Une page se tourne, mais l’héritage qu’il laisse à sa famille, à ses proches, à la ville de Koimbani, et à toute la nation est immense, vivant, et porteur d’inspiration pour les générations futures.
Allah yarhamhou.
Mes condoléances les plus sincères à sa famille, à ses proches, à tous ceux qui l’ont connu et aimé, et à toute la nation comorienne.
Abdoulatuf Bacar

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