Koimbani : la brigade de gendarmerie réhabilitée, mais à quel prix pour la mémoire ?

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Koimbani : la brigade de gendarmerie réhabilitée, mais à quel prix pour la mémoire ? Après plusieurs décennies d’abandon et de dégradation causée par.

Koimbani : la brigade de gendarmerie réhabilitée, mais à quel prix pour la mémoire ?


Koimbani : la brigade de gendarmerie réhabilitée, mais à quel prix pour la mémoire ?

Hasard du calendrier ou pas, à un moment où un livre pour et sur le Colonel Abdourakou Abdoulhamid est sorti, on assiste aux tous premiers travaux réhabilitant la brigade de gendarmerie de Koimbani.

Après plusieurs décennies d’abandon et de dégradation causée par le temps et les intempéries, le bâtiment de la brigade de gendarmerie de Koimbani vient d’être réhabilité. Une nouvelle qui, en surface, ne peut être que saluée : la toiture métallique qui laissait jadis s’infiltrer les eaux de pluie, accélérant la détérioration intérieure, a été remplacée, et l’édifice est désormais plus prêt à être de nouveau fonctionnel.

Mais derrière ce rajeunissement se cache une perte silencieuse. Une déconnexion brutale et réelle, d’avec la mémoire architecturale du lieu. Car cette brigade n’était pas un bâtiment parmi d’autres. Construite dans les années 1980 grâce à l’appui financier de la coopération militaire française, elle est l’un des premiers fruits visibles de la structuration de la gendarmerie nationale comorienne sous l’impulsion du colonel Abdourazakou Abdoulhamid, alors pionnier et chef de corps de l'institution.

Dès son inauguration, l’édifice s’est distingué par son architecture unique, presque imposante pour l’époque, et par ses lettres de ferraille bleues marquant fièrement "Gendarmerie nationale", une signature visuelle qui a marqué plusieurs générations de Koimbaniens.

Aujourd’hui, ce bâtiment réhabilité a perdu ses traits distinctifs. La rénovation, si elle a corrigé les failles fonctionnelles, a effacé ce qui faisait de ce lieu un repère historique et identitaire pour la région. Rien — ou presque — n’a été conservé de la façade d’origine. C’est une rupture brutale, une amnésie construite en béton neuf.

Un symptôme d’un mal plus profond


Le cas de la brigade de Koimbani est loin d’être isolé. Il illustre un problème bien plus large qui touche l’ensemble des Comores : la négligence chronique de notre patrimoine bâti, qu’il soit colonial, postcolonial ou vernaculaire. Nous construisons, rénovons, détruisons, sans réel fil conducteur, sans politique claire de conservation, et surtout, sans consultation des populations ni des instances compétentes en patrimoine et en urbanisme.

À Koimbani comme ailleurs, les projets sont souvent menés de manière centralisée, dans l'urgence ou selon une logique purement utilitaire, sans tenir compte du contexte historique ou de l’âme des lieux. Nous devons enfin comprendre que l’urbanisme n’est pas seulement une affaire de maçonnerie, mais que c’est aussi une affaire de mémoire. Et à force de gratter là où ça gratte, nous finissons par effacer ce qui nous rend uniques.

Le besoin d’un urbanisme conscient de l’Histoire


Il est temps que les communes, les villages, les architectes locaux, les historiens, les citoyens eux-mêmes, soient impliqués dans les décisions qui façonnent leur espace de vie. Il est urgent qu’un plan d’urbanisme communal ou intercommunal soit mis en place, intégrant la préservation du patrimoine bâti dans toute intervention sur le territoire. Une orientation claire, issue de la base, aurait pu — dans le cas de Koimbani — influencer les autorités nationales ayant financé la réhabilitation, voire les contraindre à respecter certaines lignes directrices.

Préserver quelques éléments symboliques — une façade, une inscription, une couleur — n’est pas un caprice d’esthète, mais plutôt une manière de respecter la mémoire collective, de dialoguer avec notre passé tout en bâtissant l’avenir.

Reconstruire sans effacer


La rénovation de la brigade de Koimbani reste une bonne nouvelle sur le plan pratique. Mais elle soulève une question essentielle : voulons-nous réhabiliter nos infrastructures tout en effaçant ce qu’elles racontent de nous ? Ou allons-nous enfin adopter une vision de l’aménagement du territoire qui conjugue modernité et mémoire ?

Car une localité qui perd ses repères visuels et historiques est un lieu qui perd peu à peu la conscience de lui-même. Et à Koimbani, comme dans tant d'autres localités des Comores, il est grand temps de construire — oui — mais sans oublier de se souvenir.

Abdoulatuf BCACAR

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