Projet de pêche de Voidjou : Un fiasco révélateur de l'irresponsabilité et de l'inaction politiques ! Les promesses de création de 4 000 emplois direc
Le projet de pêche de Voidjou : Un fiasco révélateur de l'irresponsabilité et de l'inaction politiques selon le RDCE
L'usine de pêche de Voidjou, inaugurée avec une ambition de transformation économique pour les Comores, est devenue un symbole poignant des défis que rencontre la nation. Présentée comme le fer de lance de la modernisation d'un secteur vital, ce projet, né d'un investissement initial de plus de 32 millions de dollars (dont plus de 71 % de capitaux qataris et 8,51 % de fonds comoriens), avait pour mission de propulser l'archipel dans l'ère de l'industrialisation. L'objectif était clair : transformer localement les produits halieutiques, créer des emplois stables et attirer de nouveaux investissements étrangers.
Les promesses de création de 4 000 emplois directs et de recettes annuelles estimées entre 15 et 20 milliards de FC avaient suscité un immense espoir au sein d'une population confrontée à un chômage endémique. Conçue pour une capacité de production journalière de 21 à 22 tonnes, en grande partie destinée à l'exportation, l'entreprise ciblait également les marchés locaux (restaurants, hôtels) et produisait des glaces et des glaçons. Ces activités devaient générer des recettes mensuelles estimées à 2 milliards de KMF, soit près de l'équivalent de la masse salariale mensuelle des fonctionnaires comoriens. Au tout début de son activité, les pêcheurs employés percevaient en moyenne 600 à 800 euros par semaine, un salaire qui représentait une véritable aubaine. Cependant, au fil des ans, cette vision s'est heurtée à une réalité complexe, faite de ruptures politiques et d'un manque criant de volonté stratégique.
La rupture diplomatique, coup de grâce d'un projet fragile
Cependant, les espoirs placés dans l'usine de Voidjou se sont rapidement heurtés à une série d'obstacles, le plus notable étant l'absence de soutien politique durable. L'État comorien, censé être le garant de la pérennité du projet, n'a pas réussi à fournir le cadre administratif et logistique nécessaire à son bon fonctionnement.
Cette inertie a été exacerbée par un autre coup dur : la rupture des relations diplomatiques avec le Qatar. Mouigni Baraka Said Soilihi, ancien gouverneur et acteur majeur de l'implantation de cette société à Voidjou, affirme que cette rupture diplomatique est la cause principale de l'arrêt des activités, un fait rarement évoqué par les autorités comoriennes. En tant que principal investisseur, le Qatar était un partenaire crucial, non seulement pour le financement initial, mais aussi pour le soutien opérationnel et les perspectives de marché.
Malgré les mises en garde de la classe politique de ne pas prendre position dans le conflit, le président Azali Assoumani a décidé de rompre ces relations en ignorant les conséquences de cette décision.
Bien qu'un responsable du ministère des Affaires étrangères ait initialement déclaré que "la continuité des services et projets en cours sera maintenue", il est avéré que cette rupture a précipité les problèmes de l'entreprise. Le blocage diplomatique a entraîné la suspension, voire le retrait, des investissements qataris. Sans l'apport financier de ses actionnaires majoritaires, la société s'est retrouvée dans une situation de grande vulnérabilité, incapable de maintenir ses opérations à plein régime. L'usine, au lieu de vrombir d'activité, est restée silencieuse, un monument à l'occasion perdue.
Face à l'arrêt ou au fonctionnement au ralenti de cette infrastructure, l'ironie de la situation s'est renforcée avec la signature d'un nouvel accord pour l'exportation de produits halieutiques bruts vers la Chine. Ce pacte, bien qu'il offre un débouché commercial, met en lumière une contradiction fondamentale. Au lieu de valoriser la ressource locale en la transformant sur place pour créer de la valeur ajoutée et des emplois pour une jeunesse largement touchée par le chômage, l'État a choisi la voie de la facilité, préférant vendre la matière première.
Cette approche prive non seulement les Comoriens d'opportunités d'emploi dans le secteur de la transformation, mais elle empêche aussi le développement d'une chaîne de valeur nationale qui pourrait stimuler l'économie de manière plus durable. En abandonnant une usine construite à grands frais et conçue pour être un moteur d'emplois, tout en cherchant de nouveaux marchés pour exporter des produits non transformés, l'État comorien révèle un manque criant de vision à long terme.
L'histoire de l'usine de Voidjou est celle d'une gouvernance défaillante, d'un État incapable de mettre en place les infrastructures réglementaires essentielles, d'une administration qui a laissé un projet vital devenir un simple objet de rhétorique politique et qui privilégie les accords de court terme au détriment d'une vision stratégique durable.
L'inaction du gouvernement et du président Azali Assoumani, combinée à leur incapacité à exercer une autorité sur leur propre administration, a transformé une opportunité en une perte massive pour la nation. C'est un rappel brutal que sans un leadership fort et responsable, même les investissements les plus prometteurs sont voués à l'échec.
Bureau du parti RDCE, Auvergne Rhône-Alpes
Par BACAR Mmadi, cadre du parti RDCE

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