Réforme des horaires dans l'administration comorienne : une mesure déconnectée des réalités socioculturelles et des enjeux structurels. Le vendredi n.
Réforme des horaires dans l'administration comorienne : une mesure déconnectée des réalités socioculturelles et des enjeux structurels
La récente décision de modifier les horaires de travail dans l'administration publique comorienne, notamment en fixant la fin de la journée à 12h00 le vendredi, est plus qu'une simple réorganisation. Elle révèle une déconnexion profonde entre le pouvoir et les réalités socioculturelles d'une nation imprégnée de l'islam.
Le vendredi n'est pas un jour comme les autres aux Comores. Pour tout fidèle musulman, il est le point culminant de la semaine, le jour de la grande prière communautaire, le Jumu'ah. Celle-ci débute généralement autour de 12h30 avec la traduction en langue comorienne du sermon, le Hutbah.
En imposant la fin du travail à 12h00, l'État contraint les fonctionnaires à un véritable dilemme : comment un imam khatub, un enseignant ou un simple employé peut-il quitter son bureau, souvent loin de son domicile ou de sa mosquée, pour se préparer et assister à temps à la prière dans son village ? La logistique du retour au village, du changement de tenue, et du trajet avec les embouteillages à Moroni devient un véritable parcours du combattant, rendant la tâche quasiment impossible.
Avez-vous pris en considération la situation des imams enseignants ou fonctionnaires dont le poste de travail se trouve à Moroni ou loin de leur ville ou village natal, où ils ont la responsabilité de diriger la prière du vendredi ?
Cette décision va bien au-delà de la simple contrainte religieuse. Elle touche au cœur même de l'identité comorienne. Le vendredi est traditionnellement le jour des retrouvailles, des cérémonies familiales et des rites communautaires. C'est le jour où les notables revêtent leurs habits traditionnels et rejoignent leurs villages pour prier, renouer des liens et célébrer les événements importants, comme le maoulid ya kesso des nouveaux mariés. En les forçant à rester à Moroni, la nouvelle réglementation fracture ce tissu social et encourage l'abandon de traditions ancestrales. Ze Djoho, zédjouba, neze Dragla ngazidjodovalwa Moroni pia.
La capitale, déjà surpeuplée et manquant d'infrastructures, ne dispose pas de mosquées suffisantes pour accueillir une population de fidèles contraints de s'y masser chaque vendredi. Cette concentration forcée pourrait engendrer des tensions et des frustrations, tandis que les mosquées des villages, souvent les plus vastes et les plus emblématiques, se videront de leurs fidèles habituels.
Une question légitime s'impose alors : pourquoi ne pas faire du vendredi l’un des jours de repos hebdomadaire de la semaine, comme c'est le cas dans la majorité des pays musulmans ? La décision de faire du samedi le jour de repos hebdomadaire est-elle une simple imitation de modèles étrangers, sans réelle adaptation au contexte comorien ? Cette approche risque de dénaturer les valeurs locales pour se conformer à un standard qui ne correspond pas aux réalités de notre pays.
Le RDCE dénonce une réforme déconnectée des réalités, une réforme de façade qui occulte les vrais problèmes
Le parti RDCE dénonce fermement la réforme des horaires de l'administration, la considérant comme un symptôme d'un mal plus profond et une mesure déconnectée des réalités locales. Cette décision n'est qu'une solution de façade à des problèmes structurels bien plus graves. En ignorant les coutumes et les besoins des fonctionnaires, elle risque de fournir une raison supplémentaire aux agents de l'État de s'absenter.
Le RDCE estime que cette mesure ne sera tout simplement pas respectée, à commencer par les plus hauts responsables (ministres et directeurs généraux). La réorganisation des horaires ne peut réussir si elle est mise en œuvre sans prendre en compte les habitudes et les valeurs culturelles des Comoriens, et sans un engagement sincère à tous les niveaux de l'administration.
Plutôt que de se limiter à de simples ajustements d'horaires qui ne tiennent pas compte de la réalité religieuse des Comoriens, le gouvernement devrait s'attaquer aux maux qui minent l'administration : la précarité des salaires, l'irresponsabilité, le favoritisme et le manque d'une véritable politique d'emploi qui tienne compte des postes disponibles et des compétences.
À ces problèmes s'ajoute l'opacité des nominations qui crée des postes sans valeur ajoutée, où des fonctionnaires, sans fiche de poste claire, ne savent que faire de leurs journées. Le manque de moyens est également criant, empêchant les administrations de travailler dans de bonnes conditions et condamnant l'État à l'échec dans la plupart de ses missions.
Changer les heures de travail ne sert à rien si la productivité et les conditions de travail ne sont pas au cœur des préoccupations. L'État doit s'impliquer davantage pour faire respecter les horaires et lutter contre l'absentéisme, en commençant par le sommet. Le phénomène du "dossier en attente de signature, revenez la semaine prochaine", ou du "chef absent", qui s'excuse par des meetings politiques, des réceptions officielles, accueil à l’aéroport du chef de l’Etat ou des cérémonies familiales, témoignent d’un laxisme qui doit cesser.
C'est seulement en s'occupant de ces problèmes de fond que l'État pourra offrir aux Comoriens les services de qualité qu'ils méritent et bâtir une administration efficace et digne de confiance.
Bureau politique du parti RDCE, Auvergne Rhône-Alpes
Par BACAR Mmadi

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