Journaliste de renom, il a brillé bien au-delà des Comores. Aboubacar Mchangama n’était pas seulement des nôtres : il était une voix, une conscience..
Aboubacar Mchangama
Il suffisait qu’il prenne la parole pour que le silence s’impose. Aboubacar Mchangama n’était pas seulement des nôtres : il était une voix, une conscience, un phare dans les tempêtes de notre histoire récente.
Journaliste de renom, il a brillé bien au-delà des Comores. Il aurait pu, comme tant d’autres, rester ailleurs, jouir des facilités de l’exil et de la reconnaissance internationale. Mais il choisit la voie la plus difficile : revenir aux sources, affronter la précarité de ses pairs, par amour pour son pays.
Avec L’Archipel, il a marqué la presse comorienne. Il a marqué la nation. Son journal, tel un étendard flottant au vent, incarnait la liberté d’expression. Ses éditoriaux tranchaient net : abus, corruption, injustice, rien n’échappait à sa plume. Dans une démocratie encore balbutiante, il a accompagné chaque pas, avec des mots osés, lucides, intrépides. En le lisant, on retrouvait la rigueur du Monde, la liberté du New York Times. Même exigence. Même fierté.
Il nous a défendus quand nous étions menacés. Il nous a poussés à écrire, sur l’économie comme sur nos blessures intimes. Son indépendance fut totale. Lorsque les pressions devenaient intolérables, il rompait les liens sans hésitation. Quand L’Archipel cessa de paraître, rien ne vint le remplacer : le vide demeura.
On l’appelait affectueusement « le doyen ». On aimait ces minutes volées avec lui, où il enseignait sans en avoir l’air. Sa modestie égalait sa politesse. Aux princes comme aux roturiers, il parlait d’une même voix.
Écrire, pour lui, n’était pas un métier. C’était un engagement. Résister. Dire la vérité quand tout incitait au silence. Il imposait le respect par la justesse de ses analyses, la clarté de son écriture, la force tranquille de son verbe.
Sa plume était une arme. Son journal, une tribune. Ses mots éclairaient, éveillaient, bousculaient. Toujours pour servir le peuple. Toujours pour défendre la dignité des Comores. Derrière la fermeté, il y avait une immense humanité. Il écoutait chacun, avec la même attention. Aux puissants comme aux plus modestes, il offrait un regard égal. Là se logeait sa noblesse.
Le doyen n’aimait ni titres ni honneurs. Il aimait le travail bien fait. Le texte juste. L’idée claire. L’écrit qui sert. Il laisse derrière lui une génération marquée par son exemple, endurcie par son courage. Son absence creuse un vide. Mais son héritage demeure. Comme une promesse. Promesse que la vérité triomphe. Promesse que la dignité n’a pas de prix. Promesse qu’un seul homme peut porter l’espérance de tout un peuple.
Ali Amir Ahmed

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