Du Toirab au Madjlis : le bal et le trône. Le toirab, c’est le bal populaire. Pas de protocole, pas de titres, pas de hiérarchie. On y vient pour dans
Du Toirab au Madjlis : le bal et le trône
C’est une migration silencieuse. Les pistes du toirab se vident, les Bangwe du madjlis se remplissent. Et derrière cette petite révolution des habitudes, il y a toute une société qui se redessine.
Le toirab, c’est le bal populaire. Pas de protocole, pas de titres, pas de hiérarchie. On y vient pour danser, se mélanger, rire, fêter un grand mariage comme on célèbre un but marqué à la dernière minute : avec des cris, des rires, des embrassades. Parfois, on supprime même le tintement des pièces, histoire de ne pas gâcher la magie. C’est brut, c’est égalitaire, et c’est pour ça que certaines élites le boudent. Trop de liberté, trop de mélange, et trop de promiscuité.
Le madjlis, lui, c’est un autre monde. L’opéra comorien. On n’y entre pas, on y est invité. Et on ne s’assoit pas n’importe où. Les places se distribuent comme des décorations militaires : selon le rang, le statut, l’histoire familiale. C’est un mélange de prières, de culture, de protocole et de stratégie. On y vient pour être vu, pour confirmer sa place, pour savourer la reconnaissance silencieuse d’un hochement de tête venu du bon côté de la salle.
Pourquoi le madjlis a-t-il gagné ? Parce qu’il offre ce que le toirab ne donne pas : la consécration sociale. Le plaisir est beau, mais éphémère. Le rang, lui, reste. Dans une société où l’apparence et la position comptent autant que la sincérité des liens, le madjlis est devenu le lieu où tout se joue.
Au fond, ce choix en dit plus long qu’on ne croit. Entre l’égalité joyeuse et la hiérarchie rassurante, nous avons tranché. Et ce n’est pas seulement une affaire de musique. C’est une affaire d’identité, de pouvoir, et d’une vieille histoire : celle d’un peuple qui danse, mais toujours en sachant exactement où il se tient sur l’échiquier. Parce qu’au final, dans ce pays, on aime la fête… mais on préfère le rang.
Msa Ali Djamal

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