Décès tragique de Mhoudini Said : Le désert comme tombe ! De 2017 à 2021, il enchaîna les stages non rémunérés, avatars modernes d’une servitude sans.
Décès Tragique de Mhoudini Said, le Désert comme Tombe, la Méditerranée comme Mirage - Mohoro en Deuil, un Deuil Troublant
Né le 27 février 1991 à Mohoro Bandjini, perle isolée de l’île de la Grande Comore, Mhoudini Said portait en lui un regard habité par l’horizon. Comme tant de ses compatriotes, il nourrissait le rêve obstiné d’un avenir digne, d’un travail qui ne soit pas une humiliation, d’une vie où la survie cesserait d’être le seul verbe conjugué au présent. Mais à l’heure où la nuit se retire timidement du désert marocain, à deux heures du matin, son cœur s’est tu. La chaleur implacable, la soif assassine et la marche sans fin ont réduit à néant son souffle avant même qu’il ne contemple la mer qui devait l’ouvrir à l’Europe.
Mhoudini était le cadet chéri d’Aliani Ahamada et de Mariata Ahamada.
Et pourtant, il n’était pas de ceux que l’on peut dire sans ambition. En 2011, il obtint son baccalauréat série D aux Comores ; trois ans plus tard, une licence en sciences économiques. En 2016, un Master 2 en comptabilité et gestion à l’université de Madagascar. Ces diplômes, promesses d’avenir ailleurs, se révélèrent sur sa terre natale de simples parchemins rongés par l’inutilité, impuissants devant un marché de l’emploi anéanti.
De 2017 à 2021, il enchaîna les stages non rémunérés, avatars modernes d’une servitude sans chaînes, jusqu’à devenir ouvrier du bâtiment et cultivateur, ployant sous un soleil qui brûle plus qu’il ne réchauffe, pour un revenu incapable d’assurer le pain quotidien. En 2023, il prit la décision du départ. Cap sur Dubaï, croyant trouver là-bas un labeur, fût-il humble, qui lui restituerait sa dignité. Mais la réalité fut cruelle : sans papiers, le travail n’était qu’un mirage flottant dans l’air chaud.
Alors, il choisit la route des sables et des périls : passer par le Maroc, traverser la Méditerranée, atteindre l'Europe. Un chemin que trop souvent l’on termine au fond des eaux ou enseveli dans le désert. Pour lui, ce fut le désert qui, le premier, referma son étreinte.
Aujourd’hui, Mhoudini Said repose dans le silence immense de ces terres arides, figure parmi d’autres de ce désespoir comorien que le monde feint d’ignorer. Aux Comores, la jeunesse se heurte à un mur : mourir de faim sur place, perdre la raison dans l’attente ou périr en route vers un ailleurs qui n’existe parfois que dans le rêve. Certains s’effacent dans la Méditerranée, d’autres s’éteignent dans le Sahara, d’autres encore sombrent dans l’océan Indien, tentant de rejoindre Mayotte.
Cette hécatombe n’est ni une fatalité ni un hasard : elle est l’œuvre d’un héritage colonial français qui maintient les Comores dans une dépendance calculée, en appuyant un régime autoritaire conduit par Azali Assoumani, dont les mains referment chaque jour davantage le carcan des libertés, étranglent l’économie et condamnent toute une génération à l’exil ou à la tombe.
Mhoudini Said, enfant de Mohoro Bandjini, son grand frère Aliani Ahamada et sa sœur Mariata Ahamada étaient toujours à côté de lui durant tout son parcours. Il a disparu. Mais son nom, gravé dans la mémoire des siens et inscrit dans le sable du désert, rejoint l’épopée tragique de milliers de jeunes comoriens qui continuent de marcher, la tête haute, vers un horizon qui s’éloigne à mesure qu’ils l’approchent.
Mhoudini Said rendit l'âme un mois après la mort de sa mère. Que notre seigneur leurs accorde sa miséricordieux.
ABOU-HANIFA Mohamed Iliassa
HaYba Jumla Digital African Voice From Moroni.

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