Les rêves de Nadia. Nadia a grandi, un matin d’enfance où son rêve s’est échappé de ses lèvres pour venir se poser, fragile et ardent, entre les mains
Les rêves de Nadia
Nadia a grandi, un matin d’enfance où son rêve s’est échappé de ses lèvres pour venir se poser, fragile et ardent, entre les mains de ses parents. Elle leur parlait d’un monde où le pain et la paix s’aimaient comme deux flammes qui se refusent la guerre. Un monde où les enfants couraient vers l’école avec des rires pour cartable, une école où le chant des oiseaux composait des leçons de ciel, où les éducateurs riaient à hauteur d’enfant, et où les clins d’œil des parents étaient des promesses silencieuses de tendresse et de confiance. Dans cette école-là, les fusils perdaient leur langue, leurs gueules bouchées de roses rouges, offertes par le courage des rêveurs.
Mais Nadia ne s’est pas arrêtée là. Elle a continué de rêver. Plus grand. Plus loin. Plus haut.
Elle s’est vue embarquée sur une flottille de liberté, une barque d’insolence douce, défiant les vagues comme on défie l’injustice, sans armes, mais avec le cœur tendu comme une voile. Les flots étaient furieux, colonisateurs, tentant de la renverser, mais Nadia tenait bon, traversant les frontières des mirages, esquivant les griffes métalliques des prédateurs d’aujourd’hui. À bord, elle partageait des galettes simples et des olives dures avec des compagnons aux rires d’étoiles filantes, des regards qui savaient déjà le port de Gaza.
Et Gaza les accueillait, blessée mais debout. Des enfants, les yeux pleins de sang mais les lèvres chargées d’espoir, tendaient les bras. Des grand-mères aux pleurs fossilisés ouvraient leurs mains ridées comme des parchemins de résistance. Des hommes en armes, fusils au dos, keffieh au vent, dressaient la paix comme on dresse un étendard. Et même les soldats au front marqué par l’étoile de David semblaient fatigués de l’ordre imposé, de la violence répétée, du silence organisé.
Alors, un vent s’est levé. Un vent ancestral, grave et limpide. Il a soulevé Nadia, corps et âme, l’a portée au-dessus des chars repoussés, a nettoyé les cieux pour laisser place à la danse. Et sur la place nue, elle dansait la Dabkeh, en parfaite harmonie avec la danse de Mayim Mayim. Deux gestes pour deux peuples. Deux rythmes pour une mémoire réconciliée. Deux danses pour un seul avenir.
Les bombes continuaient de tomber, mais elles n’avaient plus de voix. Elles tombaient en silence, étouffées par le cri clair des colombes.
Et Nadia s’est réveillée. Toute seule. D’elle-même. Doucement. Comme on revient d’un très vieux songe.
Elle s’est levée pour faire advenir son rêve.
Elle qui avait su rêver avec tant de justesse,
saura, à présent, réveiller le monde.
Et Nadia marcha.
Ni prophète, ni héroïne de roman.
Simplement une enfant qui avait osé rêver avec précision.
Et qui, au matin du monde, décida d’en faire un chapitre.
Son pas était léger,
mais il laissait des empreintes profondes
dans la boue de l’Histoire.
Alors, que nul ne dise demain
qu’il n’y eut pas de mains tendues,
de danses partagées,
de silences brisés.
Historiens, écrivez !
Écrivez qu’une enfant s’est levée
au milieu du vacarme,
portant un rêve plus vaste que la mer.
Écrivez qu’elle n’a pas tremblé,
qu’elle a offert sa voix aux muets
et ses pas aux routes interdites.
Écrivez qu’elle a dansé au milieu des ruines,
et que cette danse-là a changé le monde.
Dini Nassur
In les rêves de Nadia
À paraître prochainement

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