"J’ai refusé de poursuivre le combat avec les gens formés par la génération de 1968"

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"J’ai refusé de poursuivre le combat avec les gens formés par la génération de 1968". Avec sa réforme, tous les élèves qui avaient obtenu la moyenne d

50 ans d’indépendance : quel bilan en tirer ?


"J’ai refusé de poursuivre le combat avec les gens formés par la génération de 1968"

Le 6 juillet 1975, suite à un ensemble de péripétie et d’un jeu de chat à la souris, les Comores ont proclamé l’indépendance unilatérale. Mais derrière cette décision lourde de conséquence, les Comoriens ignorent les raison qui ont poussé le gouvernement à proclamer contre toute attente cette indépendance.

J’entends aujourd’hui des gens dire que les conditions d’accession à l’indépendance n’étaient réunies, que le gouvernement d’Ahmed ABDALLAH n’était apte à prendre une telle décision. Pour ma part, je me demande une chose au vu de ce que j’ai vécu en tant que lycéen actif de la grève de 1973, puis au référendum, à la proclamation de l’indépendance, à l’avènement de la Révolution, au coup d’état du 13 mai 1978 et de tout ce qui s’en suit. Ancien militant de l’ASEC, j’ai quitté le mouvement à la libération de nos camarades du FD en 1989.

J’ai refusé de poursuivre le combat avec les gens formés par la génération de 1968. J’ai compris que le mouvement patriotique allait tout droit dans l’abime, car cette génération n’arrivait que des connaissances livresques animées par les culte des personnalités. J’ai compris qu’il n’ y a pas de révolution sans leader qui montre la voie. Or, personne dans la génération de 1968, n’était capable de montrer cette voie.

L’exemple le plus flagrant est le rapport entre l’ASEC et les autres mouvements de libération tels le MOLINACO, le PEC et le PASOCO. Il était exécrable. Le Front patriotique uni formé de l’ASEC et du PASOCO, n’a pas survécu 5 mois. Cet échec a conduit le PASOCO à s’allier aux partis conservateurs pour faire le Front National Uni.

On aura beau dire la génération de 1964 est bourgeoise, mais elle avait un caractère commun. Elle était animée par la volonté de bien faire, de la préservation de la patrie et du respect de la parole donnée.

Pour illustrer mes propos, je voudrais rappeler quelques exemples. Lorsqu’ Ali Mroudjé est nommé pour la première fois ministre de l’enseignement en juillet 1971, sa première mesure fut la suppression du concours d’entrée en 6è pour le remplacer par examen d’entrée en 6è. Avant la nomination de Mroudjaé, sur l’ensemble de l’Archipel, les 1000 candidats devaient concourir pour rentrer dans les 60 élèves retenus pour la 6è longue et 30 pour la 6è courte.

Avec sa réforme, tous les élèves qui avaient obtenu la moyenne de 10, passaient en 6è. Lorsque Mohamed Taki est nommé dans la douleur, Directeur Général de la Régie des Travaux Publics, il s’est efforcé à multiplier la construction des écoles dans les villages éloignés pour donner la même chance à tous les enfants comoriens. En Grande Comore, où les rivières n’existaient pas, il a fait construire des citernes. Lorsque Mouzaoir est rentré à la chambre des députés, il a fait supprimer les impôts obligatoires de tous les adultes pour le remplacer par un impôt sur le revenu. Ce qui a amené Ahmed Abdou à remplacer la Direction des impôts par la Direction des contributions. La liste est longue car chacun d’entre eux a montré ce qu’il a appris et l’a adapté à la réalité du pays. Ali Soilihi, bien avant eux, a créé la SODEC.

Ils se sont jurés fidélité pour conduire le pays à l’indépendance le jour où ils ont censuré le principe Saïd Ibrahim en 1972. En juin 1973, ils ont négocié les accords devant conduire le pays à l’indépendance dans les 5 ans, c’est-à-dire ne 1978.

Seulement voilà la grève de 1973 est passée par là. En septembre 1973, comme prévu par l’accord de juin, Mohamed Taki et Mouzaoir Abdallah sont allés au comité de décolonisation des Nations Unies pour inscrire officiellement le cas des Comores sachant que le Molinaco d’Abdou Bacar Boina avait entamé les démarches.

Le mouvement des femmes, né de la grève de la faim de décembre 1973, a amené le parti de l’Union à réviser le calendrier de l’accession des Comores à l’indépendance. Il faut comprendre, qu’alors nous avons entamé la gère de la faim à Vouvouni, les plus faibles d’entre nous commençaient à être rapatrié à l’hôpital El Maarouf. Les Comoriens ont pris conscience de la gravité de la situation. Plusieurs femmes notamment des parents d’élèves se sont rassemblées et ont pris d’assaut Beit Salam. Elles ont demandé à remplacer les lycéens arrêtés afin de lever la grève. Devant leur détermination, Ahmed Abdallah a demandé au Délégué de la République de faire libérer les élèves.

Le Délégué de la République a refusé, il a exigé que le tribunal siège la nuit pour les juger afin de raccourcir les délais d’emprisonnement. Ce qui fut fait. Le deuxième jour les élèves sont libérés et dès que la grève a pris fin le 4 janvier 1974, le gouvernement a décidé de relever le défi tendu par le Délégué de la France et ont avancé le referendum d’autodétermination. Au mois de mars 1974, il est convenu avec la France que le referendum aurait lieu le 22 décembre 1974 et que le parlement français disposait de 6 mois pour ratifier les résultats.

Pendant tout ce temps les discussions avec le mouvement mahorais battaient son plein. Le MPM exigeait du gouvernement une décentralisation accrue. Ce qui a fait l’objet d’une proposition de loi déposé par Abdallah Ben Ali, du PASOCO lors de la session d’octobre 1974 et qui reprenait schéma futur des moudiriyats. Au cours des discussions, des amendements du gouvernement et du parti majoritaire, ont permis d’aboutir à un texte proche de la France, où chaque canton était érigé en commune et que les chefs de cantons étaient devenus des maires élus. Les élections communales ont eu lieu début 1975.

Cette disposition a trompé les partis d’opposition qui travaillaient en collaboration avec le MPM. Pour eux l’idée de départementalisation de Mayotte n’était plus d’actualité dès lors que la loi sur les Communes est votée et que la question du referendum suivi d’un document annexe stipulait que la décompte des résultats était global.

Cependant, et c’est là que l’opposition comorienne s’est faite avoir et que la vigilance du parti de l’Unité a été remarquable. Une délégation du Front National Uni composée d’Ali Soilihi, Marcel Henry, Mohamed Hassanaly et Dr Turquie a débarqué à Paris au mois de mai. Le but est faire du lobbying au sein des parlementaire afin d’introduire dans la loi de ratification du referendum, une disposition qui permettra à l’Assemblée constituante d’être composée en part égale entre le pouvoir et l’opposition. Le gouvernement était hostile et proposait que la représentation se fasse à la proportionnelle sur la base des résultats des députés de 1972.

De ce piège, Marcel Henry va déjouer l’opposition après que Mohamed Hassanaly et Dr Tourqui soient rentré. En accord avec la droite, Messmer propose qu’au-delà de la représentation après la rédaction de la nouvelle constitution, un deuxième référendum serait organisé et que seules les iles qui l’auront adopté, deviendraient indépendantes.

Le gouvernement se sentant trahi, Saïd Attoumani, réunit à Mitsamiouli chez Cheikh Ahamada Dahalane un conclave de certains membres du gouvernement, de la notabilité, des religieux et ont décidé de relever le défi du parlement français. Ils ont décidé de rappeler Ahmed Abdallah en vue de proclamer unilatéralement l’indépendance sur la bases des Accords de juin qui n’ont pas prévu un deuxième référendum. Ahmed Abdallah est rentré, et ensemble ils ont fixé la date du 6 juillet. Trop vigilent, le gouvernement a dépêché Saïd Mohamed Djohar à Madagascar, Rachid Mbaraka en Tanzanie en vue de proclamer l’indépendance au cas où la France bloquerait Radio Comores.

On voit bien que cette génération, même dans les divergences de vue savait faire la différence entre l’intérêt national et l’intérêt individuel. Ils ont su nous rendre notre liberté même si nous avons démontré depuis notre incapacité à gérer les affaires d’un état. Nous ne devons pas oublier qu’au retour aux Affaires en 1978, Ahmed Abdallah a créé la Banque Centrale, Comores Import, Air Comores, Société des Hydrocarbures, APC, AIMPSI, la SNPT, l’Imprimerie Nationale, la STAC, la Chambre de Commerce, Stabex, Socopotram, Agence du Tourisme ayant chapoté le Galawa et Novotel, la BIC, Comair. Voilà les bases d’une économie de développement.

C’est notre génération qui a pillé ces sociétés jusqu’à les conduire quasiment toutes, en faillite. C’est bien Sagaf et Mchangama qui ont coulé la plupart d’entre elles(Air comores etc.). Abdou Soefou a hérité une société des hydrocarbures redressée et i’ a rendu très endettée. Il appartient à la génération présente de gérer le présent et préparer l’avenir. Nos parents nous ont rendu notre liberté, ils nous ont légué les bases d’une économie moderne, notre échec ne doit pas se reporter sur eux. L’indépendance unilatérale s’inscrit dans le droit fil de nos derniers sultans, tous déportés pour avoir refusé l’humiliation.

La destruction de notre société, en citoyens villageois ou des iles, n’est pas leur œuvre, mais l’incompétence des cadres dont les seules connaissance à valoir sont leur village ou leur ile de naissance au lieu d’imposer des concours pour que les meilleurs d’entre nous, nous dirigent. A force d’imposer dans les esprits, des révolutionnaires en papier et en chanson, les générations présentes ont tout le mal à se forger un modèle de patriotisme.
Paris le 5 juillet 2025.

Contribution pour le cinquantenaire

Mohamed Chanfiou

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