“Comores” entre résilience et désespoir : l’urgence d’un réveil citoyen. Il est cependant regrettable de constater qu'une minorité de cette population
“Comores” entre résilience et désespoir ; l’urgence d’un réveil citoyen
L’histoire de cet archipel situé dans le canal de Mozambique, bien que sujette à diverses interprétations, révèle une caractéristique notable de sa population, issue de multiples horizons : une forme de résilience face à l'adversité. Les épreuves de l’esclavage, de la colonisation et les cycles de coups d’État n’ont jamais fondamentalement altéré les valeurs profondes de cette société. Reconnue pour son hospitalité, la population comorienne, dans sa majorité, a traversé les crises et les difficultés d'un quotidien souvent précaire avec une patience qui, si elle témoigne d'une certaine endurance, n'a que rarement débouché sur une expression collective de mécontentement à l'échelle nationale. Cette attente de jours meilleurs, bien que porteuse d'espoir, semble particulièrement longue pour la génération actuelle.
Il est cependant regrettable de constater qu'une minorité de cette population prospère aux dépens du plus grand nombre, à travers la gestion gouvernementale et les institutions étatiques. Cette situation persistante soulève une question : pourquoi ne suscite-t-elle qu'une mobilisation et un réveil limités de la part des citoyens ordinaires, pourtant majoritaires et souvent contraints à un dur labeur pour maintenir le pays à flot, en échange de faibles rémunérations ? Si une explication définitive est complexe, on pourrait avancer que divers facteurs, tels que le poids des traditions sociales ou un sentiment d'impuissance face à des systèmes bien établis, pourraient entraver une expression plus vive du mécontentement.
Un demi-siècle d’indépendance et de souveraineté nationale n’a pas produit les résultats escomptés, tant sur la scène nationale qu’internationale. Les gouvernements se sont succédé, les promesses ont été réitérées et des moyens financiers considérables ont été engagés, souvent par le biais de l’endettement public. Le manque de suivi rigoureux des projets et l’absence de structures de veille et d’évaluation transparentes contribuent à fragiliser le pays et à freiner toute initiative de développement. Ce système, perçu par beaucoup comme anarchique et oligarchique, est une cause majeure du marasme politique et socio-économique dans lequel une grande partie de la population se trouve piégée.
Malgré une prise de conscience croissante chez certains et des signaux d'alerte, tels que l’oppression de la liberté d’opinion, le musellement de l’opposition politique et l’impunité des exactions commises par les membres du gouvernement, exprimés par diverses voix, une partie importante de la population reste attachée à des fondements moraux et religieux, plaçant son espoir dans une intervention providentielle. Ce recours à la foi, face à un manque d'action collective, pourrait être interprété comme une forme de fatalisme. Dès lors, il devient pertinent de s'interroger sur la cohérence entre la réalité socio-économique et les principes éthiques de l'appartenance islamique en Union des Comores, au regard des valeurs et des actions que cette foi implique.
Il conviendrait dès lors de ne pas se laisser entraîner dans des sujets qui servent de distraction à ceux qui se considèrent comme étant les maîtres chanteurs de nos destins ; des sujets tels que l’obéissance morale et imposante de la hiérarchie et la réclamation de l’intégration de Mayotte dans le giron comorien. Au lieu de ces sujets devenus prioritaires et nationaux, le corps politique se doit de se focaliser d’abord sur les conditions de vie de ceux dont ils ont la charge ; celle de leur servir. Nous dénonçons vivement la lâcheté dont fait preuve le gouvernement qui a failli à ses engagements et qui cherche à masquer son échec en s’affichant porteur de lutte nationale dans une cause qui est loin d’être le talon d’Achille du bien-être des Comores. Si des Comoriens meurent par milliers dans les eaux entre Anjouan et Mayotte, c’est parce qu’ils fuient la misère implantée depuis 1975 par les acteurs principaux et politiques, à laquelle s’ajoute aujourd’hui la dictature sanguinaire et persécutrice du régime d’Azali. Parmi ceux qui fuient, un quart de ce flux migratoire prend le risque de la traversée mortelle parce qu’ils y sont contraints en voulant échapper à un emprisonnement arbitraire ou à un assassinat certain.
Comment espérer, si ce n’est naïvement, que Mayotte décide du jour au lendemain d’entrer dans l’Union des Comores dans de telles circonstances ? Et pour gagner quoi en échange, si ce n’est intensifier la souffrance et servir d’excuses à l’incapacité gouvernementale à gérer le pays comme il se doit dans l’intérêt général ? Ne soyons pas dupes ! Il est indéniable que les maux qui sévissent dans les îles et la situation insécuritaire qui gangrène Mayotte, considérée pourtant comme lieu de refuge des quelques rescapés du système politique et de la machine répressive d’Azali et de ses sbires, n’ont qu’un responsable, à savoir le gouvernement comorien et non une quelconque départementalisation de Mayotte par la France.
Ghanem Aboubacar. Mémoire d’un citoyen “véreux”, le 07/ Avril/2025

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