Destruction de drogue à Moroni : un signal fort ou un écho sans lendemain.À quelques semaines de la Journée mondiale contre la drogue du 26 juin, cet
Destruction de drogue à Moroni : un signal fort ou un écho sans lendemain
Correspondance depuis le Tribunal de Moroni, 5 juin 2025
Une saisie spectaculaire en prélude au 26 juin
C’est une scène à la fois symbolique et alarmante qui s’est déroulée ce mercredi après-midi au Tribunal de Moroni : en présence de la presse nationale et de quelques citoyens, près de 8 kg de résine de cannabis et un kilo de bonbons psychotropes (méthamphétamines) ont été incinérés par le Substitut du Procureur. Une opération aussi rare que révélatrice.
À quelques semaines de la Journée mondiale contre la drogue du 26 juin, cet acte de destruction publique semble vouloir envoyer un message fort. Mais suffit-il à masquer l’ampleur du problème ?
Ou appelle-t-il, au contraire, à un sursaut national urgent pour revoir une politique antidrogue devenue obsolète face à la sophistication croissante des réseaux ?
Un trafic transnational et un réseau local bien huilé
L’affaire a éclaté à l’Aéroport des Comores (ADC) lorsqu’une valise sans destinataire ni adresse a attiré l’attention des agents des douanes. À l’intérieur, 69 plaquettes de résine de cannabis, soit 7,9 kg, soigneusement conditionnées, en provenance de Marseille. Un trafic clairement organisé, utilisant les failles de nos propres structures.
Pire encore, l’enquête a mené à l’arrestation d’un douanier, Chamouine Ali, tandis qu’un autre agent de son service est désormais placé sous contrôle judiciaire. Ces révélations, faites par le Substitut du Procureur, soulignent une infiltration inquiétante des réseaux criminels dans l’appareil de contrôle de l’État.
Des bonbons au goût amer : le piège de la méthamphétamine
Mais l’aspect le plus choquant de cette saisie reste sans doute la découverte d’un kilo de méthamphétamines sous forme de bonbons. Un subterfuge machiavélique, capable de tromper les plus jeunes. À l’heure où des substances hallucinogènes comme la Flakka (Alpha-PVP) commencent à circuler dans nos rues, cette confiscation est un sinistre avertissement.
Ces “bonbons de l’ombre” ne sont pas de simples drogues : ils représentent une menace immédiate pour la jeunesse, tant leur consommation peut devenir rapide et addictive. D’un rêve insouciant d’adolescence, on glisse vers un cauchemar collectif.
Un marché juteux, une jeunesse en péril
Les chiffres évoqués donnent le vertige : selon les estimations du parquet, chaque barrette de résine de cannabis peut se vendre jusqu’à 250 000 KMF sur le marché noir. Ce sont donc plus de 20 millions de KMF de drogue qui ont été retirés de la circulation en une seule opération.
Mais ce gain illégal, c’est aussi le miroir de nos carences : lorsque l’argent facile séduit des agents assermentés, lorsque les produits sont dissimulés sous forme de friandises, n’est-il pas temps d’admettre que notre politique de lutte est dépassée ?
26 juin : un tournant ou une routine ?
Depuis des années, le 26 juin se célèbre avec faste, discours, affiches et tables rondes. Mais que reste-t-il le 27 ? Un relâchement. Une accalmie. Et une machine infernale qui reprend son rythme. La célébration sans suivi n’est plus tenable.
Il est temps d’agir avec cohérence, rigueur et détermination. Cela passe par :
- La révision urgente de la politique nationale antidrogue, adaptée aux réalités du terrain.
- Le renforcement des dispositifs de contrôle dans les ports et aéroports, avec des outils modernes.
- Une véritable stratégie de prévention, intégrée dans les écoles, les quartiers et les médias.
- La transparence dans les enquêtes et la tolérance zéro envers les complices au sein de l’administration.
Une politique de rupture, ou une lutte d’apparat ?
Après l’arrestation l’année dernière d’un officier de police impliqué dans un réseau, après les récentes poursuites contre des douaniers, une question demeure : la lutte antidrogue est-elle sincère ou simplement symbolique ?
Les autorités ne peuvent plus se contenter de vitrines. Les Comores ne peuvent pas se permettre un luxe de façade, alors que la jeunesse est ciblée, que des drogues synthétiques envahissent le marché, et que les structures publiques elles-mêmes vacillent.
L’appel d’un peuple à ses dirigeants
À l’aube du 26 juin, l’Histoire jugera nos actes, non nos slogans. Que cette journée ne soit pas une parenthèse, mais le point de départ d’un combat national, porté par une volonté politique ferme et une mobilisation de tous les secteurs.
Haled A. Boina
ICODC- Comores
Prévenir, c’est sauver. Réformer, c’est résister. Rester passif, c’est trahir.
« La drogue tue. L’inaction aussi. »

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