Retour sur le hold-up colonial commis par la France contre l’île comorienne de Mayotte

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Avec la France impérialiste, c’est diviser la population, non.Retour sur le hold-up colonial commis par la France contre l’île comorienne de Mayotte.

Retour sur le hold-up colonial commis par la France contre l’île comorienne de Mayotte
De Gaza à Mayotte, un rappel historique sur les tenants et aboutissants du processus d’indépendance de l’archipel des Comores ayant abouti au hold-up colonial de l’île de Mayotte commis par la France est de la plus haute importance historique.

Dans le sillage des décolonisations initiées au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, quoique tardivement, l’archipel des Comores décide d’enclencher le processus d’autodétermination.

Il est utile de rappeler que l’archipel des Comores est composé de quatre grandes îles comprenant Mayotte, Anjouan, Mohéli et la Grande Comore. Un archipel uni par l’appartenance ethnique, l’histoire et la religion (l’islam). Autrement dit, ces populations forment un même et seul peuple, d’obédience musulmane. Les Mahorais sont des Comoriens. L’appellation même de Mahorais, en tant qu’entité autonome, a été créée par la France coloniale. Ainsi, les quatre îles de l’archipel des Comores partagent la même langue, la même religion, la même culture.

Au début des années 1970, des accords sont passés avec la France, relatifs à l’accession à l’indépendance des Comores. Sur les quatre îles, une île se distingue par son inclination francophile cultivée par quelques lettrés : Mayotte, habitée par ce que l’on désigne improprement par le néologisme Mahorais, terme confectionné par la France coloniale à des fins de séparatisme. Autrement dit, la France applique le séparatisme (cette position politique visant à la séparation d’un groupe culturel, ethnique, tribal, religieux, racial, politique ou autre d’un groupe plus large, en vue de se constituer en communauté distincte ou «nation» indépendante) depuis des décennies. Non pas sur son territoire, mais sur celui d’un pays étranger (Liban, Comores, etc.), qu’elle convoite, qu’elle compte occuper ou contrôler.

Avec la France impérialiste, c’est diviser la population, non pas seulement pour mieux régner, mais pour bien rogner le territoire d’un pays souverain.

Le 22 décembre 1974, lors du référendum d’autodétermination des Comores, cette «élite mahoraise» (ces «bachagas» inféodés à la France) obtient à Mayotte un vote à 63,8% contre l’indépendance. Les trois autres îles votent à près de 100% en faveur de l’indépendance. Pour l’ONU, seul le résultat du référendum pour l’ensemble des Comores est valide. Donc, l’indépendance de l’archipel des Comores est reconnue par toutes les instances internationales. Y compris par la France. Avant, par un de coup de théâtre dont elle est coutumière, de se raviser. De réviser sa position.

Lorsque, le 6 juillet 1975, l’Assemblée des Comores proclame l’indépendance des quatre iles indissociables, îles formant l’archipel des Comores, comprenant Mayotte, le gouvernement français, par la voix de son porte-parole, entérine la position officielle française : «Le gouvernement se déclare disposé à entamer avec les nouvelles autorités les pourparlers concernant les transferts de responsabilités. S’agissant de l’île de Mayotte, le gouvernement tiendra compte de la volonté ainsi manifestée». Ainsi, pour autant qu’on puisse en juger par les déclarations officielles du porte-parole du gouvernement, l’Etat français reconnaît la souveraineté de la nouvelle République des Comores sur Mayotte, bien que cette dernière ait voté pour son maintien au sein de la France. Car la France s’était prononcée favorablement pour le décompte global des suffrages sur l’ensemble de l’archipel, et non île par île.

A cette date, aucun dirigeant français n’évoque une division ultérieure du territoire comorien. Y compris Valéry Giscard d’Estaing, fraîchement élu président de la République. Au mois d’octobre 1974, lors d’une conférence, il rappelle avec insistance la position officielle de l’Etat français concernant l’archipel des Comores : «Pour ce qui est de l’île Mayotte, le texte a été évoqué par l’Assemblée nationale, il s’agit de l’archipel des Comores (…). C’est une population qui est homogène, dans laquelle n’existe pratiquement pas de peuplement d’origine française, ou un peuplement très limité. 

Etait-il raisonnable d’imaginer qu’une partie de l’archipel devienne indépendante et qu’une île, quelle que soit la sympathie qu’on puisse éprouver pour ses habitants, conserve un statut différent ? Je crois qu’il faut accepter les réalités contemporaines. Les Comores sont une unité, ont toujours été une unité. Il est naturel que leur sort soit un sort commun, même si, en effet, certains d’entre eux pouvaient souhaiter (et ceci naturellement nous touche), eh bien, que nous ne puissions pas, ne devions pas en tirer les conséquences, même si certains pouvaient souhaiter une autre solution ? 

Nous n’avons pas, à l’occasion de l’indépendance d’un territoire, à proposer de briser l’unité de ce qui a toujours été l’unique archipel des Comores.» Telle est la position officielle de la France relativement à l’indépendance de l’archipel des Comores, dont l’intangibilité des frontières est également reconnue. Elle ne souffre aucune ambiguïté.

Et pourtant, pour d’évidentes raisons géostratégiques et sous la pression du lobby militariste, la France va trahir ses engagements diplomatiques. La France opère un virage à 180 degrés. Selon la puissance impérialiste française, Mayotte doit à tout prix demeurer dans le giron néocolonial tricolore. C’est ce que promettait Pierre Messmer, alors secrétaire d’Etat de Pompidou aux DOM-TOM, aux leaders mahorais : «Mayotte, française depuis 130 ans, peut le rester autant d’années si elle le désire.»

Pour la France impérialiste, cet archipel de l’océan Indien, du moins l’île de Mayotte, constitue un intérêt capital pour sa situation géostratégique sur la route maritime de l’Est africain. C’est un axe majeur du commerce mondial. Implantée dans une région centrale de l’océan Indien et au nord du canal du Mozambique, l’île de Mayotte représente un enjeu militaire pour l’impérialisme français et un poste avancé de sa domination dans la région. Au reste, dès 1975, la base de la Légion étrangère, auparavant établie dans la Grande Comore, est transférée à Mayotte. En 1976 est installée une base navale d’une dimension plus étendue.

En violation du droit international, des résolutions de l’ONU et des engagements explicitement formulés par le président Valéry Giscard d’Estaing lors de sa conférence d’octobre 1974, la France décide d’organiser, en février 1976, un référendum d’annexion pour la seule Mayotte, car celle-ci avait voté lors du scrutin pour l’indépendance de l’archipel en 1974 pour son maintien dans la France. Comme si, après les deux référendums sur l’autodétermination de l’Algérie, organisés le 8 janvier 1961 et le 1 juillet 1962, tous deux ayant approuvé largement l’indépendance, par un retournement de situation, le gouvernement français avait décidé d’organiser un troisième référendum uniquement en Algérie. C’est-à-dire où seuls les pieds-noirs auraient eu le droit de se prononcer sur l’indépendance de l’Algérie. Le résultat serait totalement différent : 99% auraient voté pour le maintien du statu quo, autrement dit l’Algérie française.

C’est dans un climat émaillé de violences (déjà !), d’affrontements, d’intimidations, voire d’expulsions des Comoriens partisans de l’unité de l’archipel, que l’illégal référendum d’annexion de Mayotte est organisé par l’Etat colonial français. Avec une population locale analphabète à 80%, conditionnée par l’élite mahoraise francophile, un scrutin cornaqué de main de maître par les services secrets français, le résultat atteint, sans surprise, un chiffre brejnévien : 99,4% des votes exprimés se portent en faveur du maintien au sein du domaine français.

Ce référendum d’annexion n’a jamais été reconnu par les instances internationales. Ni par l’ONU. Aussi la France, depuis 1976, est hors-la-loi. Elle est considérée comme une force d’occupation. Depuis lors, l’ONU réaffirme en permanence la nécessité de respecter l’unité et l’intégrité territoriale de l’archipel des Comores, composé des îles d’Anjouan, de la Grande-Comore, de Mohéli et, bien sûr, de Mayotte. La France, à l’instar d’Israël, pays colonial, occupe illégalement le territoire des Comores, c’est-à-dire Mayotte.

Ainsi, sous l’instigation criminelle de la France, c’est-à-dire en violation du droit international, Mayotte (mentalement colonisée) fait sécession, sur la base d’un référendum illégitime et illégal, voté par une population analphabète dont la majorité ne parle absolument pas français, ni ne sait où est située la France. Qui plus est, un référendum d’annexion avalisé par seulement 17 850 votants. Question : à supposer que la Corse veuille redevenir italienne et organise, avec l’aide de l’Italie, un référendum de rattachement à l’Italie, comment la France réagirait-elle ? Reconnaîtrait-elle ce rattachement ?

La République des Comores continue naturellement de contester ce qu’elle considère comme une annexion, une occupation coloniale de son territoire. Le rattachement de Mayotte a immédiatement été suivi par l’adoption de nombreuses résolutions de l’ONU visant la France. De même, la communauté internationale est toujours demeurée unanime pour reconnaître cette évidence : le caractère comorien de l’île comorienne de Mayotte. Pour l’ensemble des instances internationales, la France a violé le droit international en arrachant Mayotte à son archipel comorien. Condamnée plus de vingt fois par l’ONU et l’Union africaine, cette occupation demeure illégale.

Pire. Selon certains juristes français, «l’intégration de Mayotte au territoire français est non seulement contraire au droit international, elle bafoue également le droit français». Car...Lire la suite sur Algérie Patriotique

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