Mémoire et Histoire : Pourquoi avons-nous la mémoire si courte?

Le Comorien a la mémoire courte. Nous vénérons le présent, l'immédiateté et éprouvons. Mémoire et Histoire : Pourquoi avons-nous la mémoire si courte?

Mémoire et Histoire : Pourquoi avons-nous la mémoire si courte?

Faisons quelques pas en arrière. Remuons et fouillons dans notre mémoire collective, nous trouverons les ingrédients à la base desquels se greffent les problèmes posés à la société comorienne contemporaine.

Malheureusement, nos concitoyens accordent peu de crédit à l'histoire car, pensent-ils à tort, le passé réveille les morts et les vilaines choses enfouies dans le fin fond de nos consciences.

Le passé ressuscite des nostalgies, des ressentiments que l'on préfère effacer. Des haines et des rivalités que ceux qui les ont entretenues n'aiment pas qu'elles soient mises en exergue.

Osons le proclamer et l'écrire : le Comorien a la mémoire courte. Nous vénérons le présent, l'immédiateté et éprouvons une passion dévorante pour l'actualité brûlante. Nous aimons le pardon et préférons épargner les pécheurs d'hier et les présents fauteurs du mal.

Quoiqu'ils aient faits, tuer, voler, violer, détourner des millions, trahir et faillir aux responsabilités, nous les considérons comme nos filles et nos fils.

Est-ce la raison pour laquelle ces derniers se fabriquent au fil des décennies des situations confortables et un avenir radieux malgré les torts incalculables qu'ils ont causés au peuple comorien ?

Méditons et approfondissons cette interrogation. Depuis quelques années déjà, une petite lueur d'espoir pointe à l'horizon. Une frange minoritaire d'esprits éclairés, pour ne pas dire des intellectuels (mot galvaudé) non inféodés aux régimes des sultans, des militaires et autres politicards tentent de faire entendre d'autres voix et voies et d'expliquer les blocages de notre société.

Ils réclament un droit d'inventaire sans complaisance des maux des Comores post-indépendantes. Des desiderata qui n'atteignent pas le Palais de Beit Salam où règne le silence des centaines de milliers de sans voix.

Les sultans, religieux, notables et la nomenklatura qui régentent la vie politique, économique, religieuse, culturelle et sociale locale depuis bientôt cinquante ans demeurent sourds et aveugles face aux réalités criantes d'un peuple meurtri, sans boussole, privé de ses repères et sans perspective d'avenir.

Nos consciences morales et politiques (déconsidérées aujourd'hui) invitent constamment les victimes de leur forfaiture à user le pardon comme nous le recommandent les préceptes du livre sacré, le Coran.

A la place de l'histoire méditée et étudiée parcimonieusement pour qu'elle éclaire le présent et guide l’avenir, nos clercs (?) à l'instar de nos consciences morales, politiques et religieuses nous suggèrent des prières et des sermons alambiqués, confus et déconnectés des réalités et de la souffrance du peuple.

Ils nous recommandent d'organiser des manifestations de rappel au “Dieu Tout Puissant“. Histoire de communier ensemble, de culpabiliser les victimes et d'encenser les puissants.

Ainsi va l'histoire au pays des sultans batailleurs. On la dénature et la tronque délibérément pour la mettre au service du Prince qui gouverne. On préfère se remémorer des épopées supposées, de la grandeur de telles personnalités disparues dans des cérémonies religieuses qui leur sont dédiées que d'organiser des colloques, des séminaires scientifiques ou de faire des études sérieuses.

Il faut croire que dans une bonne partie de la conscience collective des Comoriens, l'histoire comme la politique sont perçues comme un faisceau de mensonges.

TAREHI est confondu à “HALE” or, comme dit le dicton populaire “Hale, Ndrabo“. Pourtant, l'histoire ne s'invente pas. Elle ne s'écrit pas et ne se construit pas au gré et au bon vouloir des gouvernants. Elle ne s'efface pas. Elle laisse des empreintes indélébiles dans la mémoire collective, des traces orales, écrites, sonores et iconographiques que certains ont préféré mettre au bûcher sous le règne de l'Etat lycéen ou du régime issu du coup d’état du 13 mai 1978 de Bob Denard au bénéfice du Rais Ahmed Abdallah Abderemane.

Le cri d'alarme lancé il y a quelques années par un responsable des archives nationales en disait long sur la perception que les pouvoirs publics comoriens se font de la conservation de notre mémoire collective.

Peut- on oser emprunter à Francis Fukuyama, auteur de l’essai tonitruant sur « la fin de l’histoire » que l’histoire avec « H » est décrétée morte dans notre pays et rangées aux oubliettes pour le bon plaisir de nos gouvernants aveuglés par le côté clinquant et bling-bling » des nouvelles technologies

Comble du paradoxe et de cet aveuglement. Des milliards de francs comoriens sont injectés ces dernières années dans ce secteur pour satisfaire les besoins de l'infime minorité de privilégiés utilisateurs du haut débit.

Pendant ce temps, le budget de la nation ne prévoit jamais le moindre centime pour la conservation des archives de l'Etat, de ses administrations et de toutes les institutions à caractère scientifiques et culturelles du pays.

Dans un pays où nos concitoyens alignent environ plusieurs mois dans une année sans la fée électricité, Internet, Haut débit et triple-play ne sont que des mots insignifiants et creux. L'ouverture au monde et aux nouvelles technologies est une nécessité impérieuse pour le décollage économique du pays.

Mais c'est aussi un devoir pour les pouvoirs publics et l'élite pensante de préserver notre patrimoine et notre héritage culturel. Au peuple d'ouvrir les yeux et de méditer l'histoire.

MOHAMED Bakari
Paris le 13 octobre 2022
Image d'illustration : ville de Moroni ©Sur les traces de la culture comorienne

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