Perspectives économiques aux Comores
Dans un article, au titre un peu plus euphorique « ça y est : Le décollage», publié sur le blog Habarizacomores le 31 décembre 2016, Monsieur Youssouf ISMAEL MMADI a écrit ceci au sujet de la loi de finances 2017 : « Dans ses prévisions, le gouvernement parie sur une croissance économique, une hausse de la consommation des ménages et une stimulation des investissements pour les entreprises comoriennes à un rythme plus ou moins semblable de nos voisins ». L’auteur de cet article laisse entendre une croissance soutenue en 2017 pour assurer le décollage tant espéré par les Comoriens. Je me permets de rappeler la signification du concept de croissance avant de livrer mon point de vue sur les perspectives économiques aux Comores.
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La croissance économique est l’augmentation de la production des biens et des services sur une période donnée. Rêver de croissance SOUTENUE en 2017 c’est espérer une FORTE création de richesse en 2017 par rapport en 2016. Sauf que rien aujourd’hui ne permet d’être aussi euphorique que l’on souhaiterait l’être. Les exportations connaîtraient une forte hausse en 2017, dopées par l’amélioration des cours de la vanille. Par contre rien ne permet d’afficher le même optimisme en ce qui concerne les autres moteurs de la croissance que sont la consommation des ménages et l’investissement.
Le chômage est très élevé et la situation ne s’améliorera pas de sitôt. La fonction publique est saturée. Les entreprises publiques sont dans le rouge et croulent sous le poids des sureffectifs. Le secteur privé n’a jamais été un grand pourvoyeur d’emplois. Ce n’est pas en 2017 que cette tendance va s’inverser. D’autant plus que 2016 a causé de sérieux dégâts dans les comptes des entreprises privées comoriennes. En effet, le secteur privé a été sérieusement fragilisé par la crise de l’énergie et par le financement de la campagne de certains candidats. Les salariés ne pourront pas compter sur les crédits à la consommation de la SPNSF en 2017. Cet établissement public en situation de quasi-faillite a besoin de 7 milliards de francs comoriens pour apurer son passif et devrait être interdite d’accorder des prêts. La situation de la SNPSF pourrait conduire les autres banques de la place à serrer encore un peu plus la vis. Le maintien à un niveau élevé des transferts des Comoriens de la Diaspora et le paiement régulier des salaires ne suffiront pas pour soutenir la demande et assurer un pouvoir d’achat à même de porter la consommation à un niveau élevé.
L’investissement des entreprises privées comoriennes sera faible en 2017 car leur trésorerie a sérieusement pâti de la crise de l’énergie en 2015 et 2016 et du financement de la campagne de certains candidats aux élections présidentielles et gubernatoriales en 2016. Le gouvernement a pu acheter de nouveaux groupes électrogènes grâce notamment à l’avance statutaire accordée par la Banque Centrale des Comores. Malgré les bonnes rentrées douanières enregistrées au 2ème semestre 2016 et les ambitions affichées dans le domaine fiscal pour les prochaines années, le gouvernement ne pourra pas financer un programme d’investissement public d’envergure en 2017 sur fonds propres. Des entreprises à la santé fragile et des particuliers qui sont majoritairement des chômeurs ou des salariés pauvres ne pourront jamais donner à l’Etat les moyens de sa politique.
Le décollage économique nécessite de GROS MOYENS qui ne sont pas à la portée des agents économiques comoriens. Seuls des investisseurs étrangers sont capables de financer les infrastructures indispensables à l’émergence décrétée par le Président. Or BEAUCOUP reste à faire pour que des investisseurs étrangers sérieux affluent aux Comores. L’absence de tribunaux commerciaux et d’une cour arbitrale capables de juger les litiges en matière commerciale sont des facteurs d’insécurité pour les investisseurs. Le caractère aléatoire des décisions de justice et le manque d’indépendance de la justice ne favorisent pas le climat des affaires.
Le cri de colère de M. Marc ATHIEL lors de sa conférence de presse à Moroni en janvier 2015 a été entendu à 10 000 lieues des Comores. Le Directeur Général de la BDC et Président de l’Association Professionnelle des Institutions Financières et Bancaires comoriennes avait déclaré : « L’environnement judiciaire se dégrade et il est de plus en plus hostile. La Banque Centrale est alarmée par l’aggravation du taux de contentieux de 30% de toutes les banques et institutions financières et un taux de recouvrement qui est proche de 0 » Il avait ajouté qu’ « il faut qu’on se batte pour obtenir les jugements et les faire exécuter……La santé bancaire des Comores est en danger car il y a des décisions qui sont rendues en dépit du bon sens. On demande l’application du Droit et des lois » Son avocate, Me Fatoumiya MOHAMED ZEINA, fut suspendue par 1ère Présidente de la Cour d’Appel de Moroni pour avoir déclaré lors de cette conférence de presse qu’EXIM a été contrainte par la justice de prêter de l’argent à un client indélicat et que les banques étaient obligées par les tribunaux comoriens « d’encaisser des fonds dont la provenance n’a pas été justifiée » Ces errements de notre appareil judicaire nuisent gravement au climat des affaires.
Cette page sombre de la justice comorienne est-elle tournée ? D’autres handicaps se dressent sur le chemin de l’émergence. Le secteur privé a besoin d’une administration efficace or notre pays est sous-administré malgré une fonction publique pléthorique. En dehors de Moroni, le pays ressemble à un désert administratif. Par ailleurs, des considérations autres que professionnelles inspirent la plupart des nominations. Le pays manque cruellement d’ouvriers qualifiés. Le Comorien n’est pas connu pour son assiduité au travail. Nos facteurs de production sont plus élevés (travail, électricité, eau, télécommunications, transport) que ceux des pays de la région.
En définitive, notre pays est mal placé dans la compétition régionale pour attirer les investisseurs étrangers. Dans les conditions actuelles, seuls pourraient tirer leur épingle du jeu les escrocs de la trempe de Ally SALEH BALHABOU, de Bachar KIWAN ou de ASHLEY ou les investisseurs qui, en échange de pots-de-vin versés à « qui de droit », violeraient allègrement les règles du jeu. Ceux-là n’apporteraient rien aux Comores. Ne brûlons pas les étapes. Nous devons d’abord assurer les fondamentaux avant de songer à l’émergence. HAWUDJE ?
Abdourahamane Cheikh Ali (photo ci dessus)